Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Les Château9 2005 s’ouvrent-ils ?

5 Commentaires

 

Aux Printemps de Châteauneuf-du-Pape (ce sera la seule fois écrit en entier !) de cette année, l’un des ateliers mettait en scène quelques millésimes 2005. Après le catastrophique 2002, suivi de l’imbuvable 2003 et de l’ingrat 2004 (ça s’est bien arrangé depuis), le millésime suivant fut immédiatement qualifié de millésime de la décennie. Place qu’il a plus ou moins bien gardée, vu qu’il s’est assez vite fermé, cachant en son sein toutes les promesses qu’on y avait décelées.

Rhône Ch9 printemps 2015 001
Voilà ce que j’en écrivais au printemps 2006 dans In Vino Veritas…

CHATEAUNEUF-DU-PAPE

Des entrées de gamme toutes aussi abouties que les hauts de gamme. Les tanins sont onctueux et les fruités très importants. De plus, la grande fraîcheur garantit un développement aromatique hors du commun. Fruits noirs et fruits rouges se bousculent, parfumés d’iris et de violette, pour l’élégance du port, et des épices pour encore augmenter la complexité. Parmi les entrées de gamme, quelques Châteauneuf de jolie soif, des vins de plaisir plus abordables, plus ‘faciles’, sans perte d’identité. Les cuvées particulières concentrent leurs arômes, affermissent leur structure, serrent leurs tanins, sans recherche d’extraction, l’élégance reste le dénominateur commun.
Les vins sont en général très colorés avec des tons plus violacés et une fraîcheur accrue vers Orange, partie nordique du vignoble.
Analytiquement comparable au millésime 1979, c à d un millésime de grande garde. Une vendange de petits grains bien mûrs et très sains, l’appellation compte un tiers de sa superficie en confusion sexuelle, soit 1.000 ha, c’est unique au monde ! Les rendements avoisinent les 31,5 hl/ha Philippe Cambie
L’année 2005 est une année record en matière de sécheresse, comme les deux années précédentes. La moyenne des T° pour juin, juillet et août est de 23,4°C pour 46 jours de forte chaleur (+ de 30°C) contre 92 en 2003, véraison 10 jours plus tard qu’en 2003. T° nocturne juillet et août de 17°C en moyenne, avec des nuits à 9°C. La grande amplitude thermique a favorisé la photosynthèse et préservé les acidités. Le Mistral a beaucoup soufflé !
Les vignerons de Châteauneuf affirment toujours qu’à grand millésime en rouge correspond un petit en blanc, l’adage ne sera pas démenti. Beaucoup de blancs sont simples ou végétaux, d’autres encore bizarrement dilués. Heureusement, quelques-uns sauvent la mise. Sans être très expressifs, ils emportent les suffrages grâce à leurs assises minérales, leur agréable fraîcheur, leur gras et leur longueur, on en reparlera dans 10 ans…

10 ans après

Les petites bombes dégustées en primeur il y a 10 ans n’ont toujours pas explosées. Mais on y goûte toutefois l’amorce d’une ouverture prochaine, peut-être dans 2 à 5 ans pour la plupart, pour d’autres peut-être jamais (non je rigole).

En piste, les 2005 dégustés aux Printemps de Ch9 cette fois

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Et quand Céline sert, le silence se fait, plus rien ne bouge, chacun regarde couler dans le verre le nectar, hypnotisé, j’exagère, comme si une bonne cinquantaine de personnes arrivaient à se taire !

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Collection Charles Giraud 2005 Domaine Saint Préfert

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Robe grenat nuancé de marron, très épicé avec une impression nasale de suavité, cela lui donne d’emblée un air coquin et gourmand, ce n’est pas antinomique… Au deuxième nez, l’impression se renforce et nous parle de réglisse arrondie de sucre, style cachou avec des notes de café. Certains diront que le nez ne sent ni le sucre, ni l’amer, ni ni ni… J’ai parlé d’impression.
Quand il coule en bouche, les tanins bien fondus, mais encore perceptibles, caressent de leur soie les papilles, contact des plus érotiques que cette étoffe succulente à l’amertume rafraîchissante (merci Isabelle), quelques gelées viennent épicées arrondir la fin de bouche.

60% de Grenache, 40% de Mourvèdre sur galets roulés, non éraflés, élevage 18 mois en demi-muids de 3 vins.

Le Vieux Donjon 2005

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Couleur aux tons grenat légèrement carminés, le vin respire les marmelades de fruits rouges. Il semble avoir gardé une certaine jeunesse, jeunesse qui nous parle de fraîcheur et qui se vérifie en bouche. Les groseilles et les fraises croquent encore et commencent à se confire. La gorgée suivante nous emmène un peu plus dans le temps et nous fait découvrir un sous-bois tapissé d’aiguilles de pin d’où quelques notes de truffe noire s’échappent.
La différence avec le précédent, le terroir plus froid.

75% de Grenache, 10% de Syrah et de Mourvèdre, 5% de Cinsault, sur 80% de galets et 20% de sable, éraflage à 50% et élevage en foudre.

Les Hautes Brusquières 2005 Domaine de la Charbonnière en magnum

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Grenat légèrement tuilé, on sent tout de suite que c’est un peu tôt et qu’on dérange… Salpêtre et odeur de vieille aimeraient nous décourager, c’est oublier notre détermination, récompensée d’ailleurs l’instant suivant. Enfin, à peine, quelques effluves délicats de gelées de fruits noirs s’en échappent, du poivre blanc, du cumin et de la réglisse, pour le reste revenez dans quelques années… Heureusement la bouche, sans être plus explicite, nous offre l’onctuosité de sa texture, l’élégance de son port. Le magnum joue bien son rôle de gardien.

60% de Grenache et 40% de Syrah, galets et argiles, élevage en barriques et foudres.

Les Deux Chênes 2005 Mas de Boislauzon

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Grenat aux nuances marrons, le nez épicé et grillé, minéral de calcaire chauffé au soleil matinal (ça c’est précis !). Bouche très amère, ce qui lui donne et on ne s’en serait pas douté, une élégance folle. Parce que ce bitter l’envoie dans les airs et du coup, aérien, il déploie sa dentelle minérale colorée de fruits secs et confits teintés de cardamome dans toute l’étendue de notre palais.

85% Grenache, 10% Mourvèdre, 5% Syrah, galets roulés et calcaire, élevage en foudre et cuve béton

Château Mont-Redon 2005

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Grenat teinté de carmin, nez de confiture de fruits rouges et d’autres couleurs qui se mélangent en un tourbillon parfumé. Il nous emporte, pas tout de suite, il faut bien l’agiter pour bien le rallumer, puis c’est l’étincelle et le déclenchement d’une suite, le tourbillon, séquentiel, il évolue en staccatos abricot, framboise, orange, prune, … perceptions olfactives qui s’étirent puis se condensent, bien dynamique. Très minéral, il tend la bouche avec grâce. Les tanins très fins n’offrent aucune résistance au jus qui s’en écoule.

60% Grenache, 30% Syrah, 8% Mourvèdre, 2% Cinsault, Counoise, Muscardin et Vaccarèse, galets sur argile, 100% éraflé, élevage 50% en pièces dont ¼ neuves, 50% en cuve pendant 18 mois.

Cuvée des Cadettes 2005 Château La Nerthe

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Grenat carminé, nez de pâtes de fruits rouges et noirs doté d’une élégance remarquable, celle d’un joli caractère qui évolue dans le raffinement avec un côté très droit presque austère, un autre généreux et pleins d’attentions gourmandes pour nos papilles. Le bouche suit le même propos, se rafraîchit de menthe, tisse sa soie tannique, la pare des fruits sentis, y ajoute du menthol et poursuit par quelques épices douces qui génèrent un confort buccal des plus agréables.

43% Grenache, 36% Syrah, 21% Mourvèdre, vieilles vignes de 90 à 110 ans, galets roulés à matrice d’argile sableuse, élevage de 12 mois en fûts neufs.
Quand ces bombes à très gros retardement exploseront, elles emporteront nos palais et nous feront entrevoir un petit morceau de nirvana.
Ce fut un plaisir

Ciao

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Marco

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

5 réflexions sur “Les Château9 2005 s’ouvrent-ils ?

  1. Je veux bien croire en la qualité de ces vins, mais, vu les exemples que tu nous montres Marc, qu’est-ce qu’elles sont moches les étiquettes ! On se croirait dans un concours de laideur des années 1950. Plus c’est cher et prestigieux, plus il faut faire vilain serait la ligne de conduite des graphistes du coin ? Je sais bien que l’habit ne fait pas le moine, mais il y a des limites !

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  2. Pingback: Les Château9 2005 s’ouvrent-ils ? | Wine Planet

  3. Eh oui, vieux papes, vieux donjon, vieux chemin, vieux télégraphe, vieux lazaret… tout peut paraître vieux à Châto9 !

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  4. Les étiquettes, tout un débat. Y en a qui aime ça, même des jeûûûneeeeess
    Marco

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  5. On entend tout et son contraire sur les étiquettes. Plus sérieusement, la vraie question demeure: est-ce qu’un CNP – j’aime cette abbréviation – est fait pour s’ouvrir au bout de 10 ans seulement? David répondra qu’il veut qu’un vin soit bon d’emblée et qu’économiquement cela a un sens. Michel vous dira qu’il aime bien qu’un vin se développe au bout de 20 ans …
    Moi, je bois mes 1981 (lents à venir), le petit peu de 1978 (splendidissimes) que j’ai encore, les 1988 et les 1990 (chauds, chauds, chauds … « and I like iiiiit »).

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