Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Liberté, égalité, poulet

8 Commentaires

Le dimanche midi, très souvent, chez les Lalau, on mange du poulet.

Pas n’importe quel poulet – toujours du Label Rouge. Je connais le réseau, j’ai visité des élevages avec la Sopexa, à Loué, il y a une dizaine d’années (salut à Vincent Bayer!). Et puis même si c’est plus cher, la vie est trop courte pour manger des volailles poussées aux hormones en 40 jours.

Toujours est-il que dimanche dernier, c’était du poulet fermier de Loué.

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Liberté, égalité, poulet de Loué

Ayant entendu naguère M. Montebourg (ou était Mme Le Pen?) nous dire qu’il fallait acheter français, je me suis dit, bravo, Hervé, tu es dans le bon, tu participes à l’effort collectif. Plus encore, même, car habitant l’étranger, je pourrais sans scrupules me dédouaner (ah-ha!) de cette impérieuse nécessité. D’autant que ma femme, elle, est Belge.

Avant de mettre mon poulet tricolore dans mon four (allemand, je le crains), je l’ai badigeonné d’huile d’olive. Hélas, c’était de la tunisienne. Elle est excellente et beaucoup moins chère que celle des Baux, et même moins cher que la Puget, dont je ne suis pas sûr qu’elle soit 100% française. Et puis en plus, elle me rappelle les amis que j’ai en Tunisie – Pilar, Belgacem, Inès, je vous dédie ce poulet.

Tiens, vous savez quoi, ces gens sont presque comme nous, ils ont deux pieds, deux mains, une tête et ils parlent même français. Ils gagnent leur vie, assez honnêtement au demeurant, en produisant d’excellents vins à partir de cépages français, espagnols ou italiens.

A ce propos, il faudra que je demande à mon coach en francitude si j’achète bien français quand je bois un Languedoc à base de grenache (pardon, garnacha), un Roussillon contenant du carignan (cariñano) ou un Côtes de Provence blanc à base de rolle (vermentino) – sans parler du gewürztraminer. Ach, das ist zu gut!

Enfer et damnation: j’oublie toujours de demander leurs extraits de naissance aux vignerons – c’est qu’il faut faire gaffe, il y a tant d’étrangers dans le vignoble hexagonal. Ils sont partout. Voila deux ans, Marc et moi, nous avons rencontré un flying winemaker suisse qui vinifiait alternativement à Leyda, au Chili, à Genève et aux Iles de Lérins. Le monde du vin est tout petit. Même qu’il y du vin espagnol dans le Vieux Papes.

Trahison

Mais revenons à mon poulet.

Une fois cuit, il est arrivé sur la table. Chez nous, on aime bien les épices; on a mis du poivre – je crois qu’il vient de Macassar, par la Porte d’Italie. Et puis mon fils a mis du Merkén. Si vous ne savez pas ce que c’est, je vous le dis: c’est un mélange d’épices fumées par les Indiens mapuches du Chili. Là encore, souvenir, souvenir, ce sont des copines qui m’ont offert ce pot, à Santiago. C’est bon comme là bas, dis!

Pour accompagner le poulet, ma femme avait fait du riz – un riz basmati du Delta – non, pas le Delta du Rhône, plutôt celui du Mékong.

Et pour arroser le tout, là, j’ai carrément dérapé. J’ai trahi la nation (pire, la Bourgogne!). J’ai servi un excellent Pinot Noir de Nouvelle-Zélande. Notez, le domaine (Brancott Estate) est la propriété d’un groupe français, Pernod-Ricard, qui possède des vignes dans la plupart des pays du Nouveau-Monde; mais curieusement, pas en France. Indirectement, donc, avec mon pinot des Kiwis, je bois quand même un peu français.

Bref, mon poulet n’est pas un poulet à la Montebourg, mais plutôt un poulet à la Valls. Ben oui, notre ministre de l’intérieur nous vient de l’extérieur. Il est né Espagnol en 1962, naturalisé Français en 1982.

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Drapeau français, européen… je ne vois pas l’espagnol?

Nobody’s perfect.

Pendant que je trahis mon pays avec tous ces produits étrangers, heureusement, bon nombre de mes amis étrangers mangent, conduisent ou boivent français… ma femme, par exemple.

Alors, amis protectionnistes, réfléchissez… consommer français, pourquoi pas, mais pas au détriment des bons produits d’ailleurs. Ne vexons pas inutilement nos clients étrangers…

Hervé Lalau

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

8 réflexions sur “Liberté, égalité, poulet

  1. Pingback: Liberté, égalité, poulet | Wine Planet

  2. Belles réflexions, Hervé. Un petit bémol: la Sopexa, on fait mieux comme chaperon, non?
    Je te rappelle que moi j’ai une bouteille de Le Gay 1985 à te faire visiter. Elle fut achetée en direct aux soeurs Robin, sans passer par la case Moueix et je suis allé payer les frais directement à la perception locale. Je ne suis pas sûr qu’elle se bonifie encore (bouchon de liège). On se recontacte « hors antenne ».

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  3. Merci pour cette belle leçon, Herr Professor. Peux-tu indiquer à un pauvre anglais égaré dans l’hexagone ce qu’il doit faire pour être francitudinalement correct aux yeux des Montebourg et Le Pen de ce monde ? J’ai du mal à trouver une moto français, par exemple, mais j’ai mis de pneus français sur ma machine italienne. Seul petit problème : ils sont « Made in Spain » (c’est marqué dessus). Je ne sais plus où donner de la tête. Signé Perplexe de Bort-les-Orgues

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  4. Pas compris l’histoire des clients étrangers qui pourraient être vexés… par qui ? Par quoi ??

    Ici en Allemagne, les gens achètent allemand parce que… c’est allemand tout simplement (par soutien logique et naturel à l’économie locale/nationale). Il n’y a pas et jamais eu de vision « internationaliste » ou même « européaniste » de leur pays. Les politiques n’ont pas besoin d’en rajouter car c’est culturellement et populairement un fait acquis…

    J’aimerais bien que les Français dé-politise un peu.
    La caricature c’est chouette mais comme pour ce que je viens de dire, la réalité est bien plus complexe…

    J’achète français (ou plutôt « made in France » : une Clio faite en Espagne est moins « française » qu’une Toyota faite à Valenciennes et enrichir Renault dont le siège fiscal euh social est aux Pays-Bas ne m’intéresse pas) si j’estime que le RQP est bon (l’huile des Baux peut attendre, il y a mieux et moins cher ailleurs) ou si le produit me plait et surtout si l’on arrête de me prendre pour un c… comme c’est trop souvent le cas en France au niveau commercial).
    Pas par principe et je pense que c’est le message du billet… 🙂

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    • M. Sauvage

      Ici en Belgique francophone où les chaînes françaises sont plus regardées que les chaînes belges, on peut s’irriter d’entendre que les Français doivent forcément acheter français; car si le voisin français arrête d’acheter les tomates belges, les bières belges, les chocolats belges, alors pourquoi les Belges devraient-ils continuer à acheter son vin, ses fromages, ses voitures???
      Et si on ajoute la question logistique, je rappelle que Mons, Bruxelles, liège ou et Anvers sont beaucoup plus proche de Paris que Marseille, Toulouse ou Lyon.

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      • Enfin, quitte à choisir selon la qualité, tout le monde, en France… comme en Belgique, a fortement intérêt de cesser d’acheter des tomates belges. C’est la cata absolue.
        Pour la bière non, bien sûr, mais j’ai jamais entendu un Français dire préférer la bière française à la belge ; la caricature c’est chouette, parfois, mais faut pas tomber dans le fantasme limite parano (Montebourg a quitté le gouvernement il y a un an)… peut-être qu’il faut regarder moins la télé française et plus la télé belge ?
        A moins qu’on y voit trop souvent les excités « du Nord » (=les non-francophones) se draper dans leur politique ethnocentrique bas-du-front et planifier la fin du pays… je comprends.

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  5. Revenons au poulet (les bagnoles et tous les produits manufacturés comportent entre 1 et 90 % de composants « étrangers », c’est ainsi.). Point n’est besoin de chercher pour acheter un très bon poulet né, élevé, nourri en France avec des céréales locales ; les marchés de nos villages et de nos villes en offrent des quantités considérables et à des prix très accessibles.
    Au temps de mon enfance, le poulet constituait le plat dominical, tout comme dans votre famille, Hervé. Il avait été tué la veille par mon père, plumé et vidé par ma mère et mis à cuire avec des ingrédients ad hoc (fleurs de thym séchées, huile d’olive, sel) par ma grand’mère. Un régal absolu. Notre basse-cour était alimentée avec des céréales acquises chez nos voisins et toutes les épluchures allaient « chez les poules »… Révolu, ce temps-là. Cependant, nous régalons toujours nos petits enfants avec des poulets provenant de fermes proches. Le « made in France très local » existe partout ; Dieu nous garde que cela disparaisse.

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  6. Huile d’olives : que de choses pas très nettes dans ce monde-là !!
    Petite « aventure » vécue il y a quelques années : mon épouse revient d’un marché avec, entre autres denrées, une bouteille d’huile d’olives sans étiquette, trouble, brute et prétendue « nature non filtrée » ; l’étiquette était fournie mais non posée sur la bouteille. Surprise, il s’agissait d’un « producteur » d’huile situé à Dieulefit (sud de la Drôme) ; or, pas d’oliviers dans ce beau pays et encore moins de moulins à huile destinés à triturer des olives locales. Je pars aux informations, par téléphone, et obtient, de la part d’une personne dont le timbre de voix indiquait un âge avancé, les données suivantes « c’est une très bonne huile, faite par mon fils avec des olives d’Andalousie ; attention ! il n’achète pas l’huile, mais les olives et les confie à un ami moulinier »… Me voici au même marché une semaine plus tard ; repérage du banc du producteur qui baratinait des touristes avec son huile trouble, réputée locale, nature etc. etc. Évidemment, je l’interpelle à haute voix et lui signale que sa « maman » vient de l’indiquer l’origine andalouse de son huile. Réponse embarrassée « mais non, elle s’est trompée, c’est un mélange d’olives du Gard, du sud de l’Ardèche et des Bouches-du-Rhône ». le cercle des acheteurs potentiels se dissout, conscient d’être passé tout près de se faire berner. Fin de l’épisode en lui signalant que j’allais signaler ses produits au syndicat de l’olive de Nyons et à l’AFIDOL-IMO (institut du monde de l’olivier, siège à Nyons). Pas content du tout, le garçon.
    Même marché, étal de produits de maraîchage, amandes, figues de Turquie, olives du Maroc, et des bouteilles d’huile assez singulières comportant une sur-étiquette format bandeau collée en travers de la première avec la mention « huile AOC » en grandes capitales de 1 cm de hauteur. Je demande quelle AOC. Réponse : « Mais monsieur, c’est de l’AOC !! vous savez ce que ça veut dire AOC ? un produit contrôlé de grande qualité ». Insistance : oui, mais quelle AOC ? « Monsieur cette étiquette est tout à fait légale ; d’ailleurs mon mari est douanier, il connaît la question ! » Toute ressemblance avec un sketch célèbre serait pure coïncidence. Même menace et, la semaine suivante, plus de sur-étiquette ! Alors, madame, qu’a dit votre mari douanier ? « Vous m’embêtez, si on ne peut plus faire ce qu’on veut… »
    Comme quoi, s’il est vrai que nos marchés offrent de superbes produits, la méfiance reste de mise et il vaut mieux se lier à des producteurs fiables et sérieux.

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