Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Le pari des blancs du Midi

2 Commentaires

Et si on pariait un peu ? Un pari en forme de défi, pourquoi pas ? Si l’on rêvait aussi. Si l’on se disait une fois pour toutes que ce ne sont pas que les rouges et les rosés qui comptent dans la vie. Si l’on misait sur l’avenir, sur une affirmation péremptoire, une certitude de vieux con qui a goûté plus d’un cru et qui n’a pas encore le gosier sec. Si l’on prenait le parti des blancs ? On y va ? Vous entrez dans mon pari fou ?

Photo©MichelSmith

La pêche à l’huître dans l’étang de Thau. Photo©MichelSmith

Bon, eh bien je vous parie ma collection de carignan, en gros je vous fiche mon billet, que d’ici 10 à 20 ans les vins blancs du Sud, en particulier ceux du Languedoc et du Roussillon réunis, auront achevé de confirmer ce qui est en train de se finaliser en ce moment et qui a pris un temps certain : mettre enfin dans les crânes obtus des soit disant leaders d’opinion que la région précitée est, sinon l’égale des Bourgogne, Alsace, Rhône et Bordeaux sur le plan des grands vins rouges, mais aussi et surtout la terre qui enfante le plus grands vins blancs de France, et on peut rêver, du monde. Voilà ! C’est dit et affirmé sans trop de circonvolutions mais avec force conviction : les plus grands blancs, on les trouve par chez moi, dans le Midi, et nulle part ailleurs ! Cela signifie qu’il faut oublier les préjudices, ignorer cette sottise qui voudrait que le Midi ne puisse avoir de grands blancs, oser les boire et les saluer. Profitions-en dès maintenant car ils sont déjà très demandés !

Photo©MichelSmith

Les couteaux du marché de Sète pour accompagner les blancs du Midi. Photo©MichelSmith

Qu’est-ce qui me fait me lancer dans une telle affirmation mêlée a autant d’excitation ? Franchement, entre nous, cela fait longtemps que j’en suis convaincu et, si vous me suivez un tant soit peu, vous savez déjà quels sont mes goûts en la matière : Gauby, Parcé, Bantlin, Roque, Horat, Fadat, Reder, Guibert, Chabanon… D’abord, avant d’en arriver à la conclusion que les blancs avaient une place de choix dans le Midi, j’y ai mis de l’observation : suffit de voir nos collines grimper en un arc des Pyrénées aux Cévennes pour constater que nous avons de l’altitude (jusqu’à 500/600 mètres et plus) et quantité d’expositions possibles avec des vignobles menés sur une multitude de sols bouleversés par les événements géologiques, des strates de composants parfois empilés les uns sur les autres quand ils ne sont pas broyés ou charriés tous ensemble. Mais nous avons aussi une diversité de cépages. Je ne vais pas vous faire l’affront de vous énumérer et de vous décrire la totalité des cépages blancs de chez nous qui rendent verts de jalousie nos concurrents éminents, mais en voici quelques-uns : macabeu, grenache (gris ou blanc), terret, piquepoul, malvoisie, muscat à petits grains, clairette, bourboulenc, carignan… On pourrait encore aller plus loin avec les cultivars venus récemment d’ailleurs, les viognier, vermentino, chenin, petit manseng, petite arvine, roussanne, pour ceux des vignerons qui aiment apporter un supplément de complexité. En résumé, on pourrait dire qu’il y a quelques années les blancs du Midi étaient capables d’avoir du corps, alors que maintenant ils ont de l’âme. Et même un supplément d’âme.

Photo©MichelSmith

L’oxydation ménagée et forcée chez Noilly Prat, à Marseillan, joli port sur l’étang. Photo©MichelSmith

Alors que dire de plus qui soit intelligible et intéressant lorsque deux grands blancs du Languedoc archi connus et reconnus de surcroît sont servis comme pour s’affronter à la manière d’un Djokovic face à un Nadal et ce à quelques minutes d’intervalle, à la même table ? Cela se passait il y a peu, invités que nous étions par la sympathique bande de Thau Agglo qui, dans une tentative désespérée afin de prouver que l’œnotourisme était possible dans ce Languedoc lagunaire où les huîtres sont si craquantes et le bois des Aresquiers si poétique, laissait au patron des lieux, Bruno Henri, le soin de nous arroser. Nous étions donc sagement attablés dans la partie cave de La Taverne du Port, quai Antonin Gros à Marseillan, face aux chais de Noilly Prat (visite à ne pas manquer), et je n’avais d’autre souci que de me concentrer pour humer et goûter chaque vin. Très vite, sentant que j’avais deux monstres à portée de nez et de bouche, je me refusais de les départager. À chaque gorgée, je sentais la matière du vin m’emplir puis monter en moi telle une puissance contenue. J’avais dans mes verres un jeu égal de finesse et d’exemplarité. Bien sûr la droiture, mais surtout la précision, la netteté, la majesté, sans parler de la longueur, autant de qualités qui vous font penser que vous êtes privilégié, comblé, assis à la table des anges. Deux vins à savourer les yeux fermés.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Les deux vins ont été conçus dans une grande année : année chaude pour le 2009 et année équilibrée pour le 2011. Les deux sont guidés ou influencés par la biodynamie (non revendiquée dans le cas du Mas Jullien). Les deux, si mes souvenirs sont bons, ont été élevé sous bois, mais pas à proprement-dit en barriques, plus en contenants genre demi-muids et pas forcément neufs. Les deux vins servis sont encore – et pour quelques années – des vins de garde. Le blanc de Basile Saint-Germain (Aurelles) était jadis assez marqué par les vieilles vignes de clairette et, plus récemment, par la roussanne plantée sur les terrasses sablo graveleuses du Villafranchien. Le vin d’Olivier Jullien est un assemblage de plusieurs cépages : carignan (majoritaire), grenache, chenin, viognier, clairette, roussanne sur des terres alluvionnaires et caillouteuses.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Cela manque quelque peu d’élégance de ma part, étant invité, mais un rapide coup d’œil sur la carte m’a permis de noter les prix très doux de ces grands seigneurs blancs dorés de robe. La cuvée Aurel 2009 du Domaine des Aurelles, dans le secteur de Pézenas, est à 49 € à emporter, tandis que le blanc du Mas Jullien (pas de site internet), plus proche du Larzac, est à 32 €. En ajoutant 10 € de « droit de bouchon » par bouteille, vous pourrez comme moi les consommer à la table de la Taverne du Port. À ce tarif-là, en imaginant que j’ai des amis amateurs de blancs qui me demandent conseil, j’ai très envie de leur dire : « Oubliez les poncifs et portez plus souvent votre regard vers le Sud ».

Michel Smith

NB La semaine prochaine, retour en pays de Thau, au pays des grands vins.

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

2 réflexions sur “Le pari des blancs du Midi

  1. Pingback: Le pari des blancs du Midi | Wine Planet

  2. Pingback: #Carignan Story # 277 : Blanc, encore… et en route pour le C Day | Les 5 du Vin

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s