Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Soif d’Ailleurs

7 Commentaires

Le goût d’un ailleurs, ou des ailleurs, est un trait commun à bon nombre d’amateurs de vin. Qui voudrait ne boire que des vins de Bourgogne, du Languedoc, ou de Bordeaux pendant toute sa vie ? Mais les cavistes français qui permettent d’apaiser temporairement une telle soif, une telle curiosité des autres, ne sont pas légion. Oui, à Paris, il y a le pionnier Lavinia, mais ses prix peuvent former une barrière pour certains, même si la sélection est de qualité. Ailleurs, ici et là, des cavistes à l’esprit ouvert et qui possèdent un rayon des vins qui sortent un peu de l’Hexagone existent, et heureusement. Mais une boutique qui vend exclusivement des vins d’autres pays que la France, ce doit être à peu près unique.

1

 

 

 

 

 

 

 

Soif d’Ailleurs est le nom bien à-propos de cet établissement. Il existe depuis un an dans une petite rue du 3ème arrondissement de Paris : au 38 Rue Pastourelle pour être précis. Le fondateur, Mathieu Wehrung, ne vient pas de la filière vin car il était auparavant directeur de la trésorerie chez Europcar. La façade extérieure de la boutique ne vous donne pas immédiatement une idée des trésors qui vous attendent dedans : une vitrine discrète, des tons sobres, une façade étroite. Mais, une fois à l’intérieur, tout devient lumineux : les bouteilles bien exposés sur des étagères en bois ou sur un mur translucide, une machine qui conserve les bouteilles en dégustation, et une grande salle très claire au fond avec tables et bancs qui accueillent séances de dégustation et soirées pour groupes avec un bar fermant un des côtés. C’est beau et c’est très bien pensé.

3

 

 

 

 

 

 

 

La fiche du produit Soif d’Ailleurs est assez éloquente : 450 références, issues de 41 pays et de 156 cépages différents. Bien entendu, les principaux pays producteurs (hors France) sont représentés, mais aussi des plus rares, comme le Japon, La Chine, les Pays-Bas ou la Grande-Bretagne. En un an s’existence la petite équipe de Mathieu Wehrung a vendu 14,000 bouteilles. Leur plus grosse vente ? Vous allez me dire qu’il doit s’agir d’un Sauvignon de Nouvelle Zélande, d’un Chenin d’Afrique du Sud ou d’un Rioja, peut-être ? Non, il s’agit d’un effervescent de Brazil signé Miollo et dont les ventes  dans la boutique totalisent plus de 4.600 bouteilles à ce jour. La deuxième vente est un vin de Croatie et le troisième un Alvarinho du Portugal.

IMG_6896

Mathieu confirme le dicton «on vend bien ce qu’on aime», mais il fait découvrir tous ses vins à tour de rôle en se servant de deux appareils Enomatic qui lui permettent de proposer à une clientèle curieuse mais indécise de petits verres d’une sélection de 8 vins rouges et 8 vins blancs qui tournent en permanence.  Cet outil l’aide à mieux cerner le goût de ses clients et à les aider à sortir des sentiers battus. Parmi les références, la plupart très peu connues en France et souvent importés directement par lui, il y a aussi quelques grands classiques très connus, comme le Sauvignon Blanc de Cloudy Bay. Cela est du à la demande de sa clientèle. Mais la très grande majorité des vins que j’ai aperçu ici m’étaient inconnus.  Des dégustations thématiques en soirée aident à faire découvrir les vins d’un producteur ou d’un pays. Au cours des derniers mois, j’ai pu assister à une belle dégustation de vins croates et à une autre de vins japonais étonnants, organisée par un vigneron japonais ayant fait ses classes en Bourgogne mais qui travaille avec des variétés japonaises (le blanc Koshu et un hybride rouge, développé au Japon dans les années 1920, le Muscat Bailey A).

 

Un établissement comme Soif d’Ailleurs nous aide bien, nous professionnels du vin vivant heureux en France mais qui avons tant de mal à trouver autre chose que des vins français à déguster. Car si votre regard sur le monde dépasse les horizons immédiats, il faut bien réaliser que la France, grand producteur de vin certes, ne pèse que pour 17% dans la production mondiale et qu’il est essentiel de déguster les autres aussi régulièrement que possible. Pour un amateur, l’existence de tels cavistes, à l’esprit ouvert et preneurs de risques, constitue un terrain de découverte formidable et une amorce de voyages à venir, ou bien un rappel de parcours réalisés.

David Cobbold

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

7 réflexions sur “Soif d’Ailleurs

  1. Bien vu, bien dit.
    Je rappelle que beaucoup de Catalans considèrent que le Roussillon n’appartient pas à la France !
    Au-delà d’un soutien massif à la démarche consistant à montrer des beaux vins d’ailleurs – en Belgique francophone, les vins non-français (!) sont appelés « étrangers » – il existe toutefois un danger (éthique) à ce que la source d’info d’un journaliste soit un commerçant, surtout s’il est unique (ou presque) en son genre.
    Mais les « 5 du vin » sont des … vieux briscards (comme Marie) qui sauront déjouer ce piège.

    J'aime

  2. Le Roussillon est français depuis le traité des Pyrénées, ce qui remonte quand même à 1659. Bien sûr que tout peut être toujours remis en question; en cas d’indépendance catalane au nord et au sud, il faudra non seulement aplanir la montagne, apurer le passé des camps de la guerre civile, mais aussi régler le sort du Fenouillèdes occitan… sans parler de la dette (il n’y a pas que les Grecs).Mais qu’en dit l’internationaliste multilingue? Ne sommes-nous pas déjà assez ringards dans la galaxie avec notre anthropomorphisme?

    PS. Beaucoup de Corneillans considèrent que Léon n’appartient à personne.
    PS 2. https://www.youtube.com/watch?v=65xTnnfD0HE

    Aimé par 1 personne

    • Fun, Hervé. Ce qui différencie le + un Roussillonnais ( avec deux « n ») – pas un Cerdan – d’un Barcelonais (avec un « n » ?), c’est la langue. Jamais un péquenot de la Salanque ne passera pour un « vrai  » dans la pena du Barça ! Jamais un Texan ne fera croire qu’il sort d’Eton.

      J'aime

  3. Luc, je ne suis pas dupe de la « comm » d’un commerçant et mon enthousiasme pour ce lieu est fondé sur la qualité et la diversité de sa sélection, en plus de son principe innovateur. Mais ça, tu les sais bien !

    J'aime

    • C’est ce que ma dernière phrase précisait, car j’avais « anticipé » cette remarque (compréhensible). Il y eut un temps en Belgique 3 marchands de vins qui possédaient une expèce de monopole: l’un sur le vin hongrois (et tous les tokaji), l’autre sur le vin bulgare et le troisième sur le vin roumain (bcp plus discret). Ils furent la SEULE source de dégustation … et de papiers de la presse spécialisée pdt longtemps.
      Je parlais (écrivais en fait) en termes bcp plus généraux, comme toujours. Avec l’âge, qui apporte la sagesse, je fais des efforts démesurés pour m’élever au-dessus du cas particulier.
      Il semble que je doive encore faire des efforts plus importants pour que ma prose maladroite ne portât point à confusion et n’offensât point ceux pour qui j’éprouve – au-delà de mes petites taquineries – de la sympathie.

      J'aime

  4. petit retour d’expérience d’un petit caviste dans une petite ville en pays viticole.
    Monsieur Cobbold, je voudrais bien proposer plus de vins étrangers mais encore faudrait-il que cela se vende.
    Car en la matière il faut bien faire la part des choses. Une boutique comme soif d’ailleurs ne peut exister que dans une mégalopole comme Paris. Mais difficilement dans une autre ville de France et encore moins dans une grande ville et pas du tout dès lors que l’on se rapproche des vignes…
    Sur 200 références de vins, j’ai en permanence une petite dizaine de références de vins étrangers, italiens pour l’essentiel et espagnols. Et c’est déjà énorme pour les rotations de stocks…
    Car ici, à chaque fois que je propose un vin étranger alors que je juge que l’accord mets et vins demandé est idéal je me heurte à une réaction quasi physique de la clientèle qui marque alors un mouvement de recul et déclare tout de go, « non pas de vins étrangers »

    Imaginez une commande de 36 col qui met plus d’un an à être écoulée, ce n’est pas économiquement viable…
    Ce n’est donc pas forcément une histoire d’ouverture d’esprit des cavistes.

    Alors je résiste, je propose toujours mes 8 à 10 bouteilles italiennes et espagnoles. Mais ce n’est que de la vente ultra occasionnelle.

    Dommage …

    J'aime

    • Matthieu a raison et son expérience n’est pas isolée.
      Je suis moi-même producteur dans une appellation qui ne bénéficie pas – quoiqu’en disent les caciques locaux et les amateurs hyper-pointus – des faveurs du grand public. J’ai été référencé par BEAUCOUP de cavistes Outre-Quiévrain, convaincus par la qualité du vin. Mais, au bout d’un certain temps, si la demande spontanée de la clientèle est nulle (je veux dire inexistante), ils finissent par se lasser. De même, le très sympathique fils du Domaine Clemens Busch (Pünderich sur la Moselle) est venu présenter ses vins ici à la demande de Gilles Trouillet . Ils sont excellents. Le caviste qui accueillait la soirée en a rentré un peu mais … le succès n’est pas venu.
      Je comprends la frustration de David devant l’unicité et l’uniformité de l’offre, mais elle ne fait que refléter la demande.
      By and large, le Français est CONVAINCU que le meilleur blanc au monde ne peut-être qu’un Montrachet et que, en moins célèbre, il aura un meilleur rapport qualité/prix s’il boit du Sancerre plutôt que du Rueda, du GV autrichien, du Frascati (là, il n’aura pas tjs tort, car les bons sont rares et peu exportés).
      Enfin, pire encore (pour moi), le même phénomène s’observe au restaurant. Souvent, un/une propriétaire enthousiaste met un vin moins connu à la carte. Si, au bout de quelques mois, la niche ne s’est pas vidée, en l’absence d’un « prescripteur » en salle, c’est terminé.
      Un formidable vigneron comme A. Chabanon, moins connu en Belgique que par ici, a fait la même expérience que moi: de nombreux restaurants haut de gamme l’avaient référencé, à très juste titre, mais cela n’a pas tourné plus que ça.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s