Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Non aux bouteilles lourdes!

8 Commentaires

Chez In Vino Veritas (publicité gratuite, comme tout ce qui se passe sur ce blog), notre dernière grande dégustation était consacrée aux Minervois. Pour l’occasion, nous avons débouché pas moins de 100 flacons. Rassurez-vous, pas en une fois – nous avions réparti les travaux en trois sessions.

Lors de chacune de ces sessions, nous avons noté la présence de bon nombre de bouteilles lourdes, très lourdes même, pour certaines – quand il s’agit de passer le vin au voisin, ça se remarque, même sous une chaussette noire.

On ne peut pas dire que les vins dans ces bouteilles aient été ni meilleurs ni moins bons; le taux de sélection s’est avéré le même que pour les autres, même s’il s’agissait le plus souvent de « cuvées de prestige ». Comprenez, beaucoup de bois, beaucoup d’extrait, beaucoup de verre.

La déception est souvent proportionnelle à la surcharge pondérale

Prestige ou pas, ces bouteilles me fatiguent – et ce n’est pas qu’une question de bottle elbow.

Non seulement le contenu est souvent surfait, mais le contenant est écologiquement incorrect (pensez à la chaleur nécessaire pour fondre du verre) et logistiquement ridicule (pourquoi transporter tout ce poids mort?).

Cela va totalement à l’inverse de la démarche suivie ces derniers temps par le Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc, que je félicite au passage d’avoir demandé au verrier Verallia d’alléger sa nouvelle bouteille Languedoc, l’« Ecova ». Non seulement celle-ci passe de 550 à 490g, réduisant son bilan carbone de 16%; mais en plus, elle permet de faire des palettes de 720 bouteilles au lieu de 600.

Pourtant, certains font la fine bouche. « Une bouteille lourde, ça fait quand même plus classe ».

Je m’inscris en faux. Une bouteille lourde, ça fait totalement re-lou. Has been. Un peu comme les gros portables à antenne. Et surtout, c’est prétentieux. Bling bling. M’as-tu vu. « Matou vous », comme aurait dit notre malicieux ami Lincoln Siliakus  – paix à son âme. Si le but est de faire savoir que le vin est meilleur, alors quand la dégustation l’infirme, la déception est proportionnelle à l’attente et à la surcharge pondérale.

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Jolie bouteille légère, capsule à vis, même sur leurs Grands Crus vaudois, les Suisses ont tout compris

– comme ici, chez Alain Emery, à Aigle. Ah, qu’il était bienvenu, ce finguant Chasselas-là, par une belle soirée d’été! (Photo (c) H. Lalau)

 

Ringard comme un distributeur français

Et pour faire bonne mesure, au risque de me répéter, je me permets de réaffirmer que je préfère les capsules à vis.

Quel plaisir j’ai eu d’en avoir tout les jours à déguster, mêmes sur les Grands Crus, lors du Mondial du Chasselas, en Suisse, le mois dernier! Un tel bouchage nous aurait évité, à mes copains d’IVV et à moi, lors de nos dégustations de Minervois, de nous demander à plusieurs reprises si le vin était tout à fait net, et surtout, s’il n’était pas trop fatigué – ce qui, pour des rouges sudistes de 2013 ou 2012, avait de quoi étonner…

Difficile de comprendre que des vignerons continuent d’investir dans des bouteilles chères et lourdes, avec un bouchage technologiquement dépassé, au risque de voir le vin qu’ils ont choyé partir en couille (si vous me passez l’expression), alors que ce même argent serait tellement mieux employé dans une chaîne d’embouteillage à capsule, avec des bouteilles légères, modernes et fournies en grandes quantités par leur syndicat. Pourquoi jouer en solo quand l’interpro se décarcasse?

Certains producteurs ont à présent plusieurs lots, puisque certains marchés étrangers ne veulent plus supporter les risques du bouchon (heureux les consommateurs de ces pays-là), tandis que la distribution française tient à la ringardise (bien que la filière française importe la grande majorité de ses bouchons!).

En résumé, on a plus de chance de tomber sur un mauvais échantillon du même grand vin en France qu’en Suède, en Australie ou au Canada. Surréaliste, non? On parle parfois de vins de tonneliers, pour décrire l’influence (bonne ou moins bonne) que peut revêtir le choix du bois (origine, dimension, chauffe) sur le résultat final. Il faudrait aussi parler de vins de bouchonniers. Même si je pense qu’aucun producteur n’a jamais choisi délibérément de niquer son vin, ou même de le fatiguer prématurément, et de manière totalement aléatoire, avec un système de bouchage notoirement imparfait.

Bref, j’espère que la prochaine bouteille CIVL sera non seulement légère, mais capsulée. On peut rêver, non?

Hervé Lalau

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

8 réflexions sur “Non aux bouteilles lourdes!

  1. Je crois que oui, tu peux rêver…

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  2. Totalement d’accord avec toi Hervé sur ces deux points. La bouteille lourde est, au mieux, inutile et prétentieuse, au pire un gâchis absurde. Quant au bouchon en liège massif, cela fait longtemps que je peste contre lui et ses multiples méfaits. Le jour ou quelques « leaders », en opinion et en image, décident de sauter le pas (de vis), le public français et les quelques professionnels aussi ignorants que bornés, qui pensent encore que la beauté d’un vin tient à un bruit de « plop », suivront. Je mettrait quand même un bon mot pour le bouchon Diam en liège traité et aggloméré qui n’a pas les inconvénients du l’autre.

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  3. Très bon article et entièrement d’accord avec vous.

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  4. Tu t’attaques à deux grandes références de valeur!!! L’épaisseur du verre et la nature du bouchage. Certes, tu as raison, ces éléments du d’emballage ne change rien à la qualité du contenu. Mais que fais-tu du marketing qui définit le packaging comme le principal argument de vente d’un vin? Tout le monde n’a pas le privilège de déguster avant d’acheter et très peu ont la chance de savoir se faire leur propre jugement en dégustant. Et tout le monde ne lit pas l’excellente revue IVV. A part ça je te rejoins sur le choix du CIVL.

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  5. Pingback: Non aux bouteilles lourdes! | Wine Planet

  6. Bonsoir,
    En tout cas, j’ai abandonné les écova qui me séduisait sur le principe.
    La raison , : Il y a plus de casse pendant le transport… et c’est désagréable pour le client de recevoir 5 bouteilles sur 6 …et pour le vigneron de recevoir un coup de fil (réclamatif à juste titre) du client… et au bout du compte de facturer 5 bouteilles sur les 6 expédiées !!!
    A force de rogner sur l’épaisseur on ne peut pas s’attendre à autre chose que de la casse… et le bilan carbone est dans ce cas catastrophique (si on calcule bien).
    Après, dans le principe, je suis d’accord : Pas la peine d’exagérer dans l’autre sens non plus et d’avoir des bouteilles hyper-lourdes… même si ça a de la gueule

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  7. On en revient TOUJOURS au même point. Les consommateurs ne sont pas assez avertis pour faire le meilleur choix: celui du vin qui est DANS la bouteille. C’est ça qui doit leur plaire et c’est pour cela qu’ils devraient payer (ou alors aller voir plus loin). Mais tous les PARASITES qui vivent sur le dos des producteurs (pas uniquement pour le vin, c’est vrai dans tous les domaines agricoles) ne l’entendent pas de cette oreille. Que feraient-ils d’autre? Ils ne savent RIEN faire (ou bien sont trop fainéants).
    Donc, tant que le monde sera monde, il y aura des « efforts » de faits sur le marketing, le packaging, le merchandising et tous les mother fuckers du secteur tertiaire s’engraissseront sur le dos de ceux qui bossent (de la vigne à la vente ou au restaurant, les trois seuls pôles « actifs »).

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