Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Un sale goût dans la bouche

8 Commentaires

J’ai extrait cette image d’un billet de Jacques Berthomeau – qui n’y est pour rien.

Je ne veux d’ailleurs même pas savoir d’où elle vient – je devine qu’il s’agit de prétendus défenseurs du vin français.

Quoi qu’il en soit, on est là au degré zéro de la communication, de l’ouverture, de l’humanité.

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On est même dans une sorte de xénophobie à l’eau tiède.

Oserai-je rappeler à ces chantres du « Consommer français » que la France n’a pas toujours craché sur les jolis rouges d’Algérie, du Maroc ou de Tunisie, quand ceux-ci venaient remonter le Beaujolais, le Bordeaux ou le Côtes du Rhône? Car les vins du Maghreb ne manquaient « ni de robe, ni de caractère », pour reprendre la formulation inepte de l’affiche…

Puis ce fut l’Italie – dans les années 1970-80, les producteurs des Pouilles connaissaient très bien le port de Sète. Et puis, plus récemment, il y eut l’Espagne, qui fait toujours le bonheur de Vieux Papes ou du Jouvenceau.

Quant aux vins du Burkina Faso, il faudrait déjà qu’ils existent…

Par ailleurs, j’aimerais qu’on m’explique une fois pour toute ce qui fait la supériorité du cubi de gros rouge hexagonal sur ceux du reste du monde, purs ou assemblés. Ma petite expérience en la matière m’a appris une chose: tout en bas de l’échelle des prix, et même dans la catégorie Premium, la production française n’atteint pas forcément le niveau de qualité de ses concurrents espagnols, italiens, argentins, sud-africains ou chiliens, par exemple. Des concurrents qui bénéficient souvent de coûts de revient inférieurs et d’un marketing plus efficace. Et ne me parlez pas de terroir: je vous parle de vins de gros rendements.

Bref, cette affichette me laisse un sale goût dans la bouche: celui de la honte. Ce n’est pas digne de mon pays, ni de son patrimoine viticole.

Il serait temps que la France des vins accepte la concurrence, et qu’elle apprenne à se battre avec d’autres arguments que la caricature, la mesquinerie, la haine. Il n’y a aucune honte à faire de bons vins bas de gamme, ni des vins d’assemblage, ni des vins de marque; c’est tout l’enjeu du Vin de France… A côté du vin d’artisan, il doit y avoir pour moi en France une place pour le vin industriel – du moment qu’on ne mélange pas les genres…

C’est même une obligation que de chercher à le développer: avec un marché national en baisse, la France viticole doit se tourner vers l’exportation, et ses grands crus ne suffiront pas à nourrir tous ses vignerons. Il nous faut marcher sur nos deux pieds.

Tout le monde ne doit pas faire du « grand vin de terroir »; parce que tous les consommateurs ne sont pas prêts à en boire.

Et puis, objectivement, tous les vignerons ne sont pas capables d’en faire non plus.

Hervé Lalau

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

8 réflexions sur “Un sale goût dans la bouche

  1. Jusqu’à ce que le Portugal lui-mêrme interdise l’exportation du vin de porto en vrac, la gare de Beaujeu était le plus grand producteur de Beaujolais. Tu as raison sur tout. Je relève en plus le 17 vol% sur l’étiquette. Moi, mon record (en AOC), c’est 16,4 ° et le vin est harmonieux, excellent, et sec. Je serais très fier d’élaborer un 17 vol% ! Va falloir que j’essaie.

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    • Au temps de mon enfance (c’est donc très loin…) certains apporteurs de vendanges dans la cave de mon père avaient des vieux grenaches qui « titraient » toujours pus de 16,5 %. Deux d’entre eux faisaient une sorte de concours, chaque année, et c’était à celui qui aurait le plus fort degré. Une année, je crois qu’il s’agissait de 1952 (ou 1961), le record a été battu : 17,2 %… Ces vendanges étaient assemblées avec d’autres, sélectionnées parmi les meilleurs apports. Belles cuvées…et lumineux souvenirs.

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  2. Mille fois d’accord !

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  3. Completement d’accord c’est surtout le ton faussement ironique et autain refletant on sait ne pas trop si un complexe d’inferiorité ou de supériorité qui créé un certain mal être. Impossible de se reconnaître comme français avec cette étiquette.

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  4. Même pas drôle l’étiquette. Et d’où vient cette stupidité ?

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  5. D’ailleurs, Pinard donne d’excellents vins en Sancerre ! (rapport à mon papier de demain, pardon pour le teasing, Hervé…)

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  6. Pingback: Un sale goût dans la bouche | Wine Planet

  7. Le mépris … traitons ces abrutis par le mépris. Ignorons les.

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