Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Qu’est-ce qui pousse le mieux dans un champ d’intérêt?

14 Commentaires

J’ai rencontré un jour un type très intelligent – la preuve, c’est qu’il dirigeait une grande agence de pub – et qui m’a expliqué sa théorie des champs d’intérêt.

Il paraît que nous avons tous des champs d’intérêt et ou de compétence particuliers, des sujets qui nous interpellent, où on ne nous la fait pas, et pour lesquels souvent, nos nerfs sont plus à vif.

Moi par exemple, c’est le vin, la musique et l’histoire – sans oublier ce que je qualifierai de littérature digeste et intelligible – vous pouvez donc retirer Proust et Joyce.

Mais comme vous le diront certains collègues et néanmoins amis, en cuisine, je suis une bille.

En sciences aussi.

IMG_1434Le soleil est dans le champ (Photo © H. Lalau 2012)

Cette longue et paresseuse intro (écoutez donc Lazy, par le groupe qui porte le nom d’une robe de vin), cette longue et paresseuse intro, donc, pour vous expliquer que, comme tout un chacun, je ne m’indigne ou ne m’enthousiasme que pour ce qui m’intéresse vraiment; et ce que je comprends un minimum.

Ainsi, quand on annonce que Pluton est rétrogradé au rang de planète naine, je sourcille à peine; quand je lis que la Peugeot 308 est voiture de l’année, je me dis « ça doit être une bonne voiture »; quand je découvre que le fil de terre est vert et jaune dans les faisceaux électriques, je me dis: « il doit y avoir une bonne raison ». Quand j’entends dire que Froome est dopé, ou pas, je ne me prononce pas: je n’ai pas d’éléments pour trancher.

Par contre, quand je lis que 2013 a permis aux Grands Crus de Bordeaux de faire des vins gourmands sur le fruit, d’une grande buvabilité et à boire jeune, ou quand je lis que des coopératives du Languedoc veulent pouvoir utiliser du moût concentré pour contourner l’interdiction de chaptaliser dans le Sud de l’Europe, je sors de mes gonds.

Ce genre de sainte colère ne vous touche peut-être pas, ami lecteur, parce que tout buveur que vous êtes, votre sphère de compétence ou d’intérêt particulier est peut-être ailleurs – dans l’étude comparée des coléoptères, dans la résolution des équations du degré que vous voulez, ou dans celle du mystère de l’éternel féminin, dans l’orientation scolaire, ou dans la mise en place d’une société sans classes, que sais-je?

Alors je me dis qu’on pourrait s’entraider. Que j’ai besoin de vous pour résoudre les gros problèmes de robinets de la planète que je ne soupçonne même pas; mais que vous pouvez me déléguer un peu de l’information viticole – oh, pas à moi tout seul, il y en a d’autres et c’est notre diversité qui fait notre intérêt. Est-ce trop demander?

Parfois, à remuer toute la boue qu’on lance sur notre profession, même parmi nos chers collègues de la presse généraliste, sans parler des vertueux blogueurs, j’ai l’impression que oui.

A force de lire que nous sommes tous pourris, tous ringards, tous à la solde des puissants, des conventionnels, des riches ou des gros, je me dis qu’il y a du boulot pour redorer notre blason.

Mais le jeu en vaut-il la chandelle? Quel argument pourrait-il bien convaincre les théoriciens du grand complot viticole?

IMG_6670

Tout ça ne nous rendra pas le Congo, ni les comptoirs des Indes. Tout ça ne vaut pas un bon verre de vin. En voici un qui devrait réunir tous les buveurs de bonne foi: la Cuvée Khazan 2013, du Mas de Libian. Une cuvée qu’on ne devrait pas revoir de sitôt: cette année-là, faute de grenache, victime de la coulure, les Thibon ont dû miser sur la Syrah à 90%. D’un mal peut parfois naître un bien: le vin est vif, épicé, presque primesautier malgré sa corpulence. J’aime le retour du fruit noir en arrière bouche, comme le point final d’une belle tirade.

IMG_1398Après la moisson (Photo © H. Lalau 2012)

Oui, d’un mal peut naître un bien. Plutôt que de perdre mon temps à polémiquer sur le bio, sur le bon, sur le nature ou sur le sexe des levures, j’en suis revenu au goût du vin.

Hervé Lalau

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

14 réflexions sur “Qu’est-ce qui pousse le mieux dans un champ d’intérêt?

  1. Pingback: Qu’est-ce qui pousse le mieux dans un champ d’intérêt? | Wine Planet

  2. Joli et sage retour que de revenir au gout du vin. Sans fard, rien que pour l’instant magique qu’il délivre mais pas toujours. C’est curieux qu’au gré des dégust il apparaisse sous autant de facettes mais c’est le gout du vin à la fois capricieux et merveilleux. Un peu comme l’Homme d’ailleurs.

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  3. Hervé, ces deux photos bucoliques me rappellent quelque chose..

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  4. Elles sont belles en tout cas ces photos. Ton texte aussi, Hervé, qui nous ramène aux fondamentaux.

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  5. Je pense que quand tu écris « je qualifieraiT », c’est pour insisTER sur la force de ta description ! Mais tu as raison: « Lazy, I just stay in bed, I don’t want no money, I don’t want no bread » appartient bien au groupe qui se nomme « Tawny ». Il a bercé mon adolescence et fait enrager mes parents. Eux, c’était plutôt Götterdämmerung ou bien Die Walküre. Mais ils n’ont jamais envahi la Pologne, je te rassure.

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  6. Merci beaucoup pour ce billet, et quand-même les petites ballades en grottes avaient presque un air de vacances, presque….. Revenez, vous savez,dans le sud, on est toujours un peu en vacances….

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    • Et hop, on est reparti pour un tour. Dans le sud, pays des ménestrels et autres troubadours, il s’est en effet composé pas mal de baLLades (des morceaux musicaux qui incitent à la rêverie, voire à la danse en elle-même). C’est une chanson populaire, lente et mélodieuse. Par contre, le fait de se promener ou « d’envoyer balader » quelqu’un ne prend qu’un « l ».
      Ah, l’orthographe, la science des imbéciles ….

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  7. Charlier, qui vous dit que Hélène n’a pas chanté des ballades à la gloire du vin qu’elle a fait déguster aux amis Marc et Hervé ? Et cela pouvait avoir un air de vacances…d’autant que le lieu est « envoûtant », n’est-ce pas (d’accord, c’est un peu facile…). De plus, elle ne les a pas baladés ; les vins étaient excellents.
    Au fait, venons-en au sujet sur lequel Hervé a terminé son billet, après avoir écrit plusieurs paragraphes très pessimistes : le goût du vin. Oui, cher Hervé, les valeurs fondamentales auxquelles nous sommes tous attachés, que dis-je, accrochés comme à une bouée, sont en grande partie séquestrées, mais prêtes à prendre leur envol, s’agissant du vin, dans ce verre dont le contenu est chargé d’émotions à transmettre.
    Cette après-midi, visite au domaine de Coste-Chaude, perché au sommet des collines, dans mon petit village de Visan. Maîtresse et maître des lieux ont ouvert un superbe 2011 -Dieu les bénisse- que nous avons dégusté alors que la ligne d’horizon déployée sous nos yeux était constituée par le Mont-Ventoux et les ciselures gracieuses des Dentelles de Montmirail, sous un ciel devenu lumineux malgré les nuages qui l’encombraient. Instant magique, exalté par le vin. Belle communion. Hervé, nous avons tant de belle choses à partager !!

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