Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Quatre domaines en Côtes de Nuits Villages

6 Commentaires

De retour de la Côte de Nuits, notre invité Olivier Borneuf (Académie du Vin de Paris, B&D…) nous ouvre son carnet de dégustation… Profitons-en, c’est assez rare!

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Puisqu’on vous le dit…

D’après le CIVB, l’AOC Côte de Nuits-Villages est classée dans les appellations Villages, les communes de production de l’appellation étant : au Sud, Comblanchien, Corgoloin et Prémeaux-Prissey ; au nord, Brochon et Fixin.

Un terroir délimité donc, qui n’a rien en commun avec l’AOC Côte de Beaune-Villages, appellation de repli pour les 14 villages de la Côte de Beaune. Bien qu’il existe certainement de bons vins en Côte de Beaune-Villages, je ne crois pas que l’analogie profite aux vins de l’appellation Côte de Nuits-Villages dont la définition est clairement territoriale. Cette appellation communale qui n’en porte pas le nom trouve son explication dans un passé récent, d’après Damien Gachot, président du syndicat de défense de l’AOC Côte de Nuits-Villages et vigneron à Corgoloin. Si son village compte aujourd’hui beaucoup de vignerons, la production de cassis est longtemps restée l’activité importante de la commune, jusque dans les années 1970 ; reléguant au second plan les problèmes de délimitation d’appellation entre Nuits Saint-Georges et la Côte de Nuits-Village. Il en a été de même pour Comblanchien, dont la pierre fait encore de l’ombre à ses vins. Cette thèse tient la route et les exemples de délimitation/dénomination d’AOC discutables sont nombreux. D’ailleurs, en se promenant dans le vignoble de Comblanchien, non loin des Grandes Vignes, l’on comprend vite que l’idée de classer ce village en AOC Nuits Saint-Georges n’est pas absurde.

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Les terroiristes ou auto-proclamés héritiers d’Henri Gouges soutiendront mordicus qu’il s’agit de terroirs très différents. Au-delà des subtilités géologiques (je ne nie pas leur influence) notons l’importante surface de l’AOC Nuits Saint-Georges: 306,84 hectares. Je doute sincèrement qu’un si grand terroir puisse être parfaitement homogène et d’ailleurs, les plus fins observateurs divisent le terroir de cette appellation en quatre zones: au nord, dans le prolongement de Vosne, la combe de Meuzin, la route de Chaux et au sud le finage de Prémeaux-Prissey. Prolonger cette AOC d’une zone qui s’étendrait du Clos de la Maréchale jusqu’au Clos des Langres ajouterait grosso modo une centaine d’hectares, ce qui correspondrait à la surface actuelle de l’AOC Beaune… Reste à savoir si les vins méritent ce débat.

J’ai eu la chance de participer à une dégustation dans le magnifique Clos des Langres d’une quarantaine d’échantillons de Côte de Nuits-Villages dans le difficile millésime 2013 ; nous avons pu ensuite rendre visites aux vignerons dont les cuvées avaient retenu notre attention. Sélection non exhaustive certes mais suffisamment représentative (Aux dires de Damien Gachot une cinquantaine de vignerons mettent en bouteille) pour tirer au moins deux conclusions. La première sur la bonne qualité des vins, dignes des célèbres communes de la Côte de Nuits à l’instar de la cuvée « Le Vaucrain » de Louis Jadot. La deuxième sur les prix attractifs de l’appellation, sans commune mesure avec leurs illustres voisins. J’imagine que la moindre réputation de l’AOC ne laisse que peu d’alternative aux vignerons sinon celle d’une production de qualité pour rester compétitifs. Les grands classiques sont « sortis » (L’Arlot, René Bouvier, Louis Jadot) mais quelques domaines familiaux m’ont particulièrement séduit. Je ne parle ici que des Côtes de Nuits-Villages mais les autres cuvées de ces domaines sont aussi de qualité.

Domaine Bonnardot

Danielle Bonnardot est vigneronne sur les Hautes-Côtes dans le village de Villers-la-Faye. Après une carrière dans l’informatique financière à Londres puis à Boston, elle revient sur le domaine aider son frère gravement malade. Depuis sa disparition, elle gère toute seule un vignoble de 20 hectares. J’ai beaucoup aimé l’intensité, la pureté et la complexité aromatique de ses vins. En bonne intelligence, elle reconnaît que ses fins de bouches manquent encore un peu de velouté et de finesse de tannins ; l’avouer c’est déjà le corriger et j’ai hâte de suivre les futurs millésimes de cette vigneronne attachante. Son Hautes Côtes de Nuits et son Beaune 1er Cru Bellissand sont aussi de très bonne facture. Côte de Nuits-Villages rouge 2013 : floral, réglisse, cerise au nez, la bouche est pulpeuse, bonne allonge malgré la fluidité de fin de bouche qui signe le millésime. Un vrai style à 11 €. Le 2012 est plus concentré avec une finale structurée.

Domaine Didier Fornerol

Après une quinzaine d’années passées comme chef de vignoble au domaine de l’Arlot sous l’ère « Jean-Pierre de Smet » Didier Fornerol revient sur l’exploitation familiale de 6,50 hectares située à Corgoloin, dont 1,50 hectares en blanc. Didier Fornerol est peu bavard mais ses vins parlent pour lui. Adepte de la vinification en grappes entières (son passage à l’Arlot n’y est pas étranger) il produit des vins structurés, fermes, mais avec de la finesse et un sens inné de l’équilibre. La Rue des Foins est un beau moment de dégustation. Côte de Nuits-Villages blanc 2012 : nez réducteur sur le citron et la fleur jaune. Bouche dense, texture veloutée, équilibrée et de bonne allonge. 14,80 € Côte de Nuits-Villages rouge 2012 : nez réducteur, floral, bouche structurée, veloutée, tannins intégrés prolongeant une finale assez longue et rafraichissante. Bien pour 14 € Côte de Nuits-Villages « La Rue des Foins » 2011 : Nez complexe, concentré, floral, cerise, framboise. Superbe touché de bouche, tannins fins et très bonne allonge. Très joli vin pour 16,80 € Jean-Pierre Smet collabore avec Didier Fornerol sur cette cuvée.

Domaine Desertaux-Ferrand

Fondé en 1899, le domaine est aujourd’hui entre les mains de la quatrième génération Christine, son frère Vincent et sa femme Geneviève. Le domaine basé à Corgoloin compte aujourd’hui 14 hectares avec des crus comme Beaune 1er Cru, Pommard, Meursault et Ladoix. Le vinificateur Vincent Desertaux est une personnalité délicieuse dotée d’un véritable talent pour réaliser des cuvées tout en finesse, parfois au détriment de la puissance mais c’est un style que j’affectionne et qui sied si bien au pinot ! Côte de Nuits-Villages blanc 2014: très citronné, intense, acidité rafraichissante prolongeant la finale harmonieusement. Un vin tonique, aidé par ses 20% de pinot blanc. 13,10 €. Côte de Nuits-Villages rouge « Le Creux de Sobron » 2014 (en fût) : vin charmeur et souple. Fruit précis, bouche équilibrée de bonne densité. Rien à dire à 13,30 € Côte de Nuits-Villages rouge « Les Perrières » 2013 : de corps moyen, la bouche est ciselée, la texture soyeuse. Les tannins sont mûrs et aromatiques. Un vin très élégant à 12,20 €. Le 2014 a plus de densité et de fond.

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Olivier dans la vigne (Photo (c) H. Lalau)

Domaine Chevalier

C’est à partir de 1994 que Claude Chevalier prend en charge la vinification du domaine. Les six années qui suivent font l’objet d’une remise en question brutale tant à la vigne qu’au chai ; les vins sont aujourd’hui harmonieux (j’aime bien piquer aux Anglais l’adjectif « poised » pour ce style de vin. David a peut-être son équivalent en français ?), glissants, élégamment construits. Des vins subtils avec beaucoup de personnalité, à l’image du vigneron ! Côte de Nuits-Villages 2013 : nez réducteur, floral, élevage intégré, texture soyeuse, longue finale juteuse, de bonne tenue, tannins fins très légère dilution en arrière-goût qui caractérise une nouvelle fois l’année. Sans équivoque un joli vin à 18€.

Olivier Borneuf

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

6 réflexions sur “Quatre domaines en Côtes de Nuits Villages

  1. Pour traduire « poised », je dirais « équilibré » pour finir. Plus litteralement, on pourrait aussi traduire cela par « posé », qui a le même racine, mais je ne suis pas sur que cette version en donnerait tout le sens.
    Bonjour de Bulgarie, pays envahi par les cépages dites « internationales » (en réalité surtout français plus riesling et traminer), mais qui ses propres variété intéressantes trop rarement montrés dans les boutiques et cartes de restaurants. J’en reparlerai lundi.

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  2. Toute l’intro, pourtant intelligemment présentée, montre l’absconse absurdité de ces « classements » ou « délimitations ». A part pour les initiés locaux très impliqués, tout le monde s’en fout et cela n’a aucun intérêt. Heureusement, de bons vins existent et les commentaires de dégustation le montrent. Les Bourguignons persistent dans leur nombrilisme aveugle et … ça marche. Pourquoi le public se laisse-t-il attraper? Mystère. On me répondra que c’est moi qui n’y comprend rien et j’accepte cette objection, souriant dans mon for intérieur. Attention, les plus réussis des vins de Bourgogne procurent des sensations inégalées et j’en suis un INCONDITIONNEL. Mes 3 plus belles expériences récentes sont un Puligny de Carillon, et deux vins de Gevrey (Lavaux St J de Dugat, Chambertin de Mortet). Mais pour la majorité, que des vinasses diluées,, acides, trop volatiles (même pour moi qui supporte cela bien), boisées à outrance et sulfitées comme un sirop de menthe industriel.
    Quand les Allemands où les Alsaciens (c’est la même culture) fragmentent leur vignoble, ils le font a beaucoup plus grande échelle. On parle généralement en dizaines d’hectares, rarement moins. La parcellisation bourguignonne va parfois jusqu’au niveau du déciare! Et les Allemands sont en train de faire marche-arrière (Grosses Gewâchs etc), sous la pression commerciale des « vendeurs », pas pour des raisons pédologiques.
    L’obscur premier cru situé à l’extrême limite de Flagey, si différent de son voisin de l’autre côté du petit ruisseau qui mêne à la parcelle du vieux Jean, vous savez celui qui avait épousé la fille du Maire de …. Que du pipeau, que de la poudre aux yeux, destinés à flatter l’ego de connaisseurs auto-proclamés.
    C’est juste un avis, bien sûr.

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    • Luc Charlier, vous qui aimez relever fautes, erreurs syntaxiques, barbarismes, inadaptations, etc., vous vous êtes laissé piéger par la question des échelles. Sur une carte quelconque, une grande échelle désigne une surface précise d’un espace peu étendu (par exemple une parcelle, à l’échelle du 1/250°). La petite échelle, au contraire, s’applique à de vastes surfaces, très étendues (une carte topographique à 1/25 000° par exemple). Il s’agit de l’une des nombreuses difficultés de la langue française…
      Et j’en profite pour relever l’exemple même d’un mauvaise utilisation du concept de terroir ; juste après la carte, une phrase : « notons l’importante surface de l’AOC Nuits Saint-Georges: 306,84 hectares. Je doute sincèrement qu’un si grand terroir puisse être parfaitement homogène ». Ce n’est pas d’un terroir qu’il s’agit, mais d’un territoire. Et voilà comment le concept « terroir » prête le flanc aux critiques. Ce mot est utilisé à tort et à travers, hélas.
      Au fait, les vignes de la Coume Majou ont-elles bénéficié d’un peu de pluie bienfaisante au cours de ces dernières heures ? Je vous le souhaite. Chez nous, dans le Haut Vaucluse, enfin quelques millimètres d’eau sont tombés sur un sol qui commençait à devenir vraiment très sec.

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      • Merci pour le commentaire sémantique, que je n’ai pas encore complètement « débrouillé ». Au-delà de mes très rares défauts – mais je les étale sans pudeur, ce qui les rend plus évidents – je possède une particularité moins criticable: une énorme curiosité, un désir perpétuel d’apprendre, malgré l’âge qui avance. Je vais donc voir comment tirer profit de cette nuance pour réaliser une économie de mon énergie mentale; une économie … d’échelle bien entendu!
        Quant à l’eau: il est tombé 16 mm vendredi soir. C’est mieux que rien mais ce n’est pas beaucoup. Par contre, Estagel est passé entre les grelons, heureusement. Malheureusement, les vergers de Vinça et un peu plus haut sur le flanc du Canigou , à Finestret p.e., ce qui restait de pêches sur les arbres a été décimé.
        Enfin en dépit des affirmations trompeuses de la télé publique, les estivants ne dépensent quasiment RIEN ni sur la côte, ni sur les hauts cantons. Ils développent leurs mélanocytes, c’est tout. Les Galeries Lafayette réalisent un bon chiffre: une « descente » de Russes constituent 25 % de leur chiffre d’affaires en produits de luxe et « de marque ». Le flan mou a bien fait de conclure le marché militaire avec Vladimir. Et pour terminer en beauté, une formule concise du frère de Christine (ma compagne), décrivant l’arrivée des sports d’hiver à Font-Romeu, bourse peu déliée: « Ils montent skier avec des pneus lisses ». Pas entièrement faux.

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  3. J’ai bien aimé ton approche Olivier, une lecture sympa qui donne envie de goûter à quelques-uns de ces flacons.
    Et deuzio, quand on te voit sur la photo prise par notre illustre confrère, on se demande vraiment si c’est toi avec ta gueule de malfrat qui a écrit tout ça!
    Marco

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  4. Merci Marco, tes mots me font plaisir. Je suis du côté d’Avignon les prochaines semaines. Luc, Marco and Co si vous êtes dans les parages… Pour la gueule de malfrat je ne vois qu’un seul responsable : Hervé !

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