Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

En vin, rien ne vaut un spécialiste… même à l’AFP

5 Commentaires

Vous avez sans doute entendu parler de ce classement des vins les plus chers du monde, abondamment relayé par les radios et les gazettes.

Faut-il que l’intérêt de la presse généraliste pour le vin soit superficiel – ou la période bien calme! – pour qu’elle mette en avant ce genre d’infos!

Car elle ne concerne que très peu de gens, et très peu de vrais amateurs de vin – non, il ne suffit pas d’être un investisseur friqué pour entrer dans cette catégorie. C’est un peu comme si moi, je me faisais une idée de la Femme (je met une majuscule autant par respect que par affection) à travers la vie de kim kardashian ou de paris hilton (tiens, mon clavier n’a temporairement plus que des minuscules).

Bref, tout semble être parti – en Francophonie, du moins, d’une dépêche AFP.

Je l’ai lue sur le site du Monde, mais elle figure aussi sur le site du Figaro, ce qui prouve que ce genre de nouvelles n’a rien de politiquement clivant.

Malheureusement, les lecteurs des deux journaux, qu’ils soient de droite, de gauche, du centre ou d’ailleurs ont tous été induits en erreur par cet article. Equitablement, en quelque sorte.

En effet, on y lit la chose suivante:

« A noter que deux vignerons allemands, tous deux mosellans, Egon Müller et M. Prüm, figurent chacun à deux reprises : Egon Müller à la 4e place pour son Scharzhofberger Riesling Trockenbeerenauslese (vin blanc demi-sec, à 6 060 euros) et aussi en 34e pour un vin de glace (Eiswein), Prüm en 7e position pour son Wehlener Sonnenuhr Riesling Trockenbeerenauslese (4 301 euros) et également au 44e rang, pour un Beerenauslese ».

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Or, qualifier un TBA de demi-sec est une ânerie digne d’un échotier de quartier, dont la connaissance intime des vins allemands est à peu près la même que ma connaissance intime de la bumiputra. Pour ceux que ça intéresse, il s’agit une sorte de préférence nationale, institutionnelle, basée sur la race et la religion. On en parle peu, bien, que cela donne une nouvelle et intéressante acception au mot… malaise.

Mais revenons au TBA. La réglementation allemande, qui aime la précision, prévoit cinq mentions (prédicats) pour les vins QMP; elles découlent de la maturité du raisin. On partant de la maturité normale, et en montant sur l’échelle de la suramaturité, on a:

Kabinett, Spätlese, Auslese, Beerenauslese et Trockenbeerenauslese (TBA pour la famille).

Les vins de cette dernière catégorie sont issus de raisins passerillés et le plus souvent botrytisés, dont le degré Oeschle est supérieur à 150 (plus de 35% de sucre dans un gramme du moût!). Il s’agit donc de la catégorie de vins présentant le plus de sucre de toute la production allemande.

Le degré Oechsle est une mesure de la teneur en sucre dans le moût, et non dans le produit final, fermenté. Mais 150° Oechsle correspond à plus de 19 Baumé, soit un alcool potentiel (théorique) de plus de 21, et un niveau de sucre de plus de 360g/litre.

Dans le vin fini, compte tenu de la difficulté de la fermentation dans de telles conditions, la teneur en alcool peut être très basse (on rencontre assez fréquemment des TBA à 6% alc. vol). Mais la teneur en  sucre, jamais (un niveau de 200g par litre n’est pas rare).

Les meilleurs ont cependant une belle tenue, et même de la finesse, grâce à un bon niveau d’acidité.

Bref, ce type de vin n’a rien à voir avec un Demi-Sec, dont la définition européenne, rappelons-le à nos confrères de l’AFP (ou à ceux des journaux qui publient leurs dépêches, avec les vérifications d’usage), va de 4 à 12 grammes de sucre (avec une extension 18g/l si l’acidité totale exprimée en acide tartrique n’est pas inférieure de plus de 10g à la teneur en sucre résiduel).

Ensuite, de 12 à 45, on entre dans la catégorie des Moelleux. Enfin, au dessus de 45g (et il y a donc encore de la marge jusqu’à notre TBA), cela s’appelle un Liquoreux ou un Doux.

Personne, dans le milieu viticole, ne confondrait un Cabernet d’Anjou et un Sauternes ou une Sélection de Grains Nobles.

Ce n’est pas parce qu’il s’agit de vins allemands (fridolins, boches, frisés…), bref, ne répondant pas aux critères de la préférence nationale, que cela excuse la méprise, même pour l’Agence France Presse. Quand on ne sait pas, on se renseigne.

Hervé Lalau

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

5 réflexions sur “En vin, rien ne vaut un spécialiste… même à l’AFP

  1. Eternelle discussion. Mon fils aîné a fait une école de journalisme (Erasmusschool) où on leur apprend qu’un jpurnaliste doit être un GENERALISTE capable d’aller glaner l’information, la vérifier (?) et ensuite la mettre à la portée de son lectorat. Je ne partage évidemment pas cette vue, qui n’est qu’un dogme. Mais, même ainsi, bien peu appliquent cette méthode. Dans le monde de la chronique (gourmande, sportive, artistique, touristique …), le reporter se contente le plus souvent de se faire plaisir, de se faire bichonner et ensuite de pondre un papier quelconque, sorte de copié-collé même pas resucé, avec les bribes de ce qu’il a retenu, je ne dis même pas compris.
    Je précise que ledit fils exerce à présent un métier honnête et qu’il n’a jamais été pigiste.
    Avec des opinions pareilles, comment voulez-vous que jamais l’un d’eux ne ponde un papier sur Coume Majou? On s’en passe.

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  2. Bien dit Hervé. Quand on voit le nombre d’âneries ou idées reçues répétées ad nauseum dans la presse généralisée à propos du vin, on n’est plus très surpris d’entendre ces choses répétées par le public.

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  3. Pingback: En vin, rien ne vaut un spécialiste… même à l’AFP | Wine Planet

  4. les qualification de demi sec sont lié aux vins effervescent et pas aux autres si je ne dis pas de bêtise ce doit meme être determine très précisément par un décret européen

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  5. Merci Boris. Il faut distinguer la mention brut, sec, demi-sec ou doux, qui n’est obligatoire que pour les effervescents et la catégorie technique – on trouve des Côtes de Gascogne, des Cabernets d’Anjou, des Gaillac qui sont techniquement des demi-secs, mais cela ne figure pas sur l’étiquette. De plus, les seuils sont différents pour les effervescents. Un demi-sec en bulles est plus doux qu’en vin tranquille.

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