Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Deux jours chez Nicole et John en Minervois… Pas plus !

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Deux jours seulement. Quarante huit heures pour partager les fruits d’un amour. Dérisoire ! Ridicule ! Un affront fait à Cupidon ! Autant pisser sur un feu de forêt !

Photo©MichelSmith

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C’est un peu ce que je me disais cet été lorsque je me trouvais face au flot d’invitations qui inondait au quotidien ma boîte mail, sans compter les réseaux sociaux auxquels j’ai eu la curiosité, ou la naïveté, de croire. Quand ce n’était pas via ma classique boîte aux lettres que m’arrivaient les suggestions de piques niques, découvertes tous frais compris (pas toujours remboursés d’ailleurs) d’un terroir, soirées débats sur les cépages autochtones, festivités en tous genres, feux de bois, fêtes à neuneu avec trucks gourmandes, lectures ou concerts au clair de lune, grillades, inaugurations de sentiers viticoles, salons du vin… Que faire d’un tel flot ? Choisir au hasard ? Tout refuser en bloc ? Y aller et s’emmerder ? Risquer sa vie entre les camping cars des juilletistes et aoutiens ? Ne favoriser que ceux dont on aime le vin à coup sûr ? Tirer l’heureux élu à la courte-paille ? Les initiatives pleuvent et le monde du vin me semble quelque peu détraqué tant il a soif de communication, de faire-boire et de faire-part.

Photo©MichelSmith

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Tout mettre en œuvre pour attirer le chaland. Et pourtant, je ne vends pas de vin, je ne suis plus qu’un journaliste dit honoraire et je me plais à croire que je n’ai pas la science infuse, quand bien même je m’autorise à donner mon avis ici et là. Merchandising, affichettes, flyers comme on dit de nos jours, du vigneron au caviste en passant par l’attaché de presse, journaliste de pacotille ou écrivaillon de blogs, tout est fait pour t’attirer dans les mailles du filet jusqu’à l’overdose. Beaucoup penseront en me lisant que j’ai une chance inouïe d’être ainsi sollicité. Peut-être, mais qu’attendent tous ces gens de mon éventuelle participation ? Se posent-ils au moins la question de savoir ce qu’un pauvre type comme moi, désabusé et retraité, va pouvoir transmettre comme message efficace dans l’opinion ? En réalité, il n’y a plus d’opinion. Reste un dévidoir inépuisable d’idées mâchées à la sauce bobo, idées largement reprises par nos ténors médiatiques. À l’instar d’un amour de 48 heures à peine, le temps du vigneron est furtif.

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Que de certitude préfabriquée par ouïe dire, que de prétention affichée, que d’exhibition ! On veut du gratuit, du cheap, de l’esbroufe, du tape-à-l’œil ! Les cavistes ou prétendus tels vendent du pâté, des chips aromatisées et des biscuits à l’eau de rose aux côtés de leurs vins « naturels » ou similis. À l’inverse, les bouchers, charcutiers (quand il en reste…), pâtissiers, stations services, poissonniers, vendent du vin afin de compléter nos offres nous disent-ils en prenant le ton d’un diplômé en école de commerce. Et d’ailleurs, on n’achète plus du vin mais des quilles. On ne savoure plus, on boit – ou plutôt on glougloute – et on commente comme s’il s’agissait du son d’une vidéo porno.

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Fort de ces démoralisantes constatations, j’ai sorti le grand jeu l’autre jour. Je me suis dit : « Allez hop ! Je plaque tout pendant deux jours et je vais m’immerger dans un vignoble en implorant un vigneron pour lequel j’ai de l’estime de m’inviter chez lui ». Oui, je reconnais : de ma part, c’est ignoble ! Force est de reconnaître cependant que ça marche presque à tous les coups. En Angleterre, je me souviens que l’on faisait du gate crashing pour rentrer dans les boîtes ou les parties privées. C’est un peu pareil. Même si, comme je m’en épanchais au début, la chose a un aspect frustrant. À la manière d’une histoire d’amour qui ne durerait que deux jours, on repart le cœur gros en se disant que l’on aurait aimé en vivre plus. Donc, profitant lâchement d’une randonnée festive et estivale sur le sol tout blanc de Saint-Jean-de-Minervois, j’ai demandé à mon ami Jean-Luc Bonnin de lancer un SOS Vignerons, un appel au peuple de la vigne et du vin. Nicole et John, du Clos du Gravillas, comme je l’escomptais, n’ont pas refusé et ont répondu présents.

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Nicole & John/Photo©MichelSmith

Je me retrouve donc chez les Bojanowski qui vivent en plein cœur du village, non loin de la distillerie artisanale. Ils m’ont installé dans l’ancien café qu’ils ont aménagé en gite. C’est peut-être mon côté voyeur, mais j’adore surprendre les vignerons ainsi, dans leur univers, simplement, en famille, les questionner plus intimement que si je le faisais pour une revue spécialisée. J’aime revivre leurs histoires qui, dans ma tête, deviennent matières à roman. Je me plais à les questionner sur tout et n’importe quoi. Toujours en dehors des repas, si possible tôt le matin, je demande à mes hôtes de me concocter une dégustation de tout ce qu’ils vendent… et plus si affinités. Le faire chez John et Nicole, tout juste 8 ha de vignes, rend l’exercice encore plus excitant car ces deux-là respirent le bonheur. Cela se remarque rien qu’en jetant un œil sur le croissant de lune qui chez eux devient symbole, ou sur la contre-étiquette : Nicole et John écrit en gros caractères, ou encore nous travaillons avec amour sur un terroir calcaire très caillouteux. J’aime cette spontanéité, cette décontraction et à la fois cette application, cette volonté affichée de bien faire.

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John Bojanwski/Photo©MichelSmith

J’attaque par les blancs…

IGP Côtes du Brian 2014. C’est du vieux Terret gris, copieux, opulent, vif, charnu (10 € départ cave). Emmenez-moi au bout… dit l’étiquette : je veux bien. Pas en deux jours cependant !

Minervois L’Inattendu 2014. Assez épicé au nez, ample, vivace, riche en matière et long, sur une finale très fraîche. Grenache blanc et Macabeu (17 € départ).

Côtes du Brian Mademoiselle Lilly 2013. De la vigne la plus haute du domaine, en souvenir d’un labrador décédé en 2007. Positionnement souple en attaque, puis dense et serré au point qu’il se goûtera mieux d’ici 2 à 3 ans (10 €). Roussanne et Viogner avec pointe de Grenache blanc, le tout vinifié et élevé en demi-muids autrichiens (Stockinger).

Muscat de Saint-Jean-de-Minervois 2013. Fin, dans la fraîcheur et la tendresse, c’est l’un des plus équilibrés et réguliers de l’appellation.

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Puis les rouges….

Côtes du Brian Sous les cailloux des grillons 2014. Notes de pain grillé, encore un peu bousculé par une mise récente, mais sympathique évolution en bouche avec de la fraîcheur en finale (9 €). Huit cépages, dont Syrah, Carignan, Terret noir, Cabernet Sauvignon, Cinsault, Mourvèdre

Minervois Rendez-vous sur la lune 2013. Carignan et Syrah réconciliés. Belle finesse au nez, fruité élancé en bouche, plaisir affirmé, droiture et structure, jolie finale (13 €). On est sur les cailloux, par sur la lune, et ça se boit frais !

Côtes du Brian Lo Vièlh 2013. C’est la cuvée spéciale du domaine, à partir de vignes centenaires. Un Carignan pur maintes fois évoqué dans mon Carignan Story, par exemple ici même en 2013, toujours assez fermé et austère au nez lors de sa prime jeunesse, que l’on sent dense et ferme en bouche en plus d’une fort jolie longueur sur une matière immense !

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Michel Smith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

7 réflexions sur “Deux jours chez Nicole et John en Minervois… Pas plus !

  1. Je n’avais jamais compris pourquoi certains de tes amis te surnommaient « le Canadair ». Maintenant, je saisis la portée (terme choisi) de cette appellation.

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  2. Ne rajoute pas d’huile sur le feu, Léon ! 😉

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  3. Très bon souvenir d’une bouteille de Gravillas dégustée à Montpellier ce printemps à l’occasion de millésime en Languedoc. Mais lors de notre grande dégustation Minervois, chez IVV, en juillet (plus de 100 cuvées), le domaine n’est pas sorti. Marc pourra dire si les produits de Gravillas faisaient partie des vins présentés ou pas.

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  4. Pas grave, quelques fois les dégustations à l’aveugle ne mènent à rien. Je fréquente les vins de ce domaine depuis des années et je suis, pour une fois, de parti pris : j’aime ! Combien de vins goûtés à un moment donné se sont trouvés différents lors d’une autre dégustation ?

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  5. « le domaine n’est pas sorti »……. Ce n’est ni le domaine ni les vins qui sortent, mais les dégustateurs, dans leur grande modestie, qui n’ont pas mis en évidence ce domaine et leurs vins. D’aucuns utiliseront l’affreuse expression « ils se goûtaient mal ce jour-là » comme si le vin allait à eux…. Ou alors si l’ordre de dégustation ou l’humeur des dégustateurs n’étaient pas favorables aux vins ce jour-là?…. Va savoir….

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  6. Michel, il manque le Muscat on The rocks, un muscat sec dont l’exubérance est tout entière tenue par une belle minéralité. C’est élégant, ce qui est rare quand même sur les muscats secs.
    Quant au vieux Carignan, c’est vrai qu’au premier abord il a les épaules larges. Mais si on reste modeste, il nous prend avec lui et la lune brille même sur Portiragnes à midi pile.

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