Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

#Carignan Story # 289 : Précieuses Grands-Mères !

3 Commentaires

J’aime cette idée que de vouloir dédier ainsi un vin aux grands-mères. Dans ce cas précis, le Côtes du Roussillon Villages Les grands-mères signifie beaucoup de choses chères à mon cœur, un monticule de symboles. Bien évidemment, il y a l’âge canonique de ces vieilles vignes de Carignan parfois centenaires implantées dans le cirque aride de Vingrau qui s’ouvre sur les Corbières. De précieuses et merveilleuses grands-mères encore bien utiles dans les assemblages puisqu’elles donnent toute leur sève aux vins du coin pour autant qu’on les prenne respectueusement en considération. Mais j’aime ces grands-mères pour une autre raison tout aussi évidente : elles symbolisent la présence des femmes. Présence dans les vignes, certes, mais aussi au sein des exploitations viticoles (je n’aime pas trop ce mot là, mais enfin…), des domaines que souvent, durant les guerres notamment, elles dirigeaient avec poigne et efficacité, sans pour autant chercher de reconnaissance particulière.

Photo©MichelSmith

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Comptabilité, gestion, taille, vendange, lessive, ménage, cuisine, jardinage, nos grands-mères des vignes assumaient leur part (gigantesque) de travail parfois dans l’ombre, sans rien demander d’autre en remerciement que la satisfaction du travail bien fait. Elles étaient utiles et rendaient service jusqu’au dernier souffle de leur vie. Alors, quand Alain Razungles, donnant à l’époque un coup de mains à ses parents au Domaine des Chênes, à Vingrau, a décidé il y a une décennie déjà de baptiser une cuvée majoritairement Carignan de ce joli et simple nom, Les grands-mères, j’étais aux anges, réalisant ô combien ce que cette cuvée pouvait représenter de sens dans une région où l’on a tout fait pour éradiquer ce cépage. À mes yeux, la cuvée est celle de l’hommage. C’est le vin de la mémoire, des années de travail harassant de génération en génération, le respect du passé autant que de la confiance en l’avenir.

Photo©MichelSmith

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J’ai déjà consacré il y a peu un article à Alain Razungles et à son village de Vingrau, ici même. L’homme, qui aime préciser qu’il n’est pas « passéiste, encore moins intégriste« , est très satisfait de ses 6 ha de Carignan qu’il refuse toujours d’arracher. La moitié des raisins sont traités en macération carbonique et le vin est élevé en cuves sans fréquenter le bois, « comme on le faisait autrefois », précise Alain, faisant probablement référence aux années 50, lorsque le vin d’ici avait l’appellation Corbières du Roussillon. Il y a effectivement un style Corbières dans ce 2011, un goût épicé aux parfums de garrigue difficilement définissable qui marquait les meilleurs vins lorsque j’atterrissais en Languedoc-Roussillon la première fois à la fin des années 80. On pourrait croire ce goût ancien ou passé de mode. Pas pour moi en tout cas, car la fraîcheur est toujours au rendez-vous quand bien même la matière dense et serrée donne envie de le conserver encore quelques années.

Photo©MichelSmith

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Attention, je ne dis pas que c’est le meilleur Carignan du Roussillon. Ce qui est certain, c’est que c’est l’un des plus civilisés que je puisse trouver, un des meilleurs rapports qualité-prix (moins de 10 €) dans la catégorie super vin de grillade que je viens d’inventer pour l’occasion, notamment sur des côtelettes de mouton saisies sur un feu apaisé de sarments de vignes. Cela tombe plutôt bien en cette période bénie où les vendanges rythment encore quelque peu la vie de nos campagnes du Sud.

Michel Smith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

3 réflexions sur “#Carignan Story # 289 : Précieuses Grands-Mères !

  1. Michel, comme tu le sais, j’ai été élevé par ma grand-mère, excellente cuisinière et fondue de vin, jusqu’à la fin de l’école primaire. J’habitais chez elle et ai dormi avec elle pendant une partie de mon enfance. Ca ne choquait pas les psychologues coincés à l’époque.
    La fille de Christine (31 ans), jolie grande femme sportive, mettra au monde un fils peu après les vendanges. C’est donc la première fois depuis plus de 50 ans … que je coucherai avec une grand-mère!
    Je ferai un blog à ce sujet en temps voulu. Attention, le côté « vécu psycvhologique » bien sûr. Le reste, tout ce qui tient de l’alcôve, je pense comme Brassens qu’il ne faut pas le porter sur la place publique.

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