Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Dégustation : comment prendre de bonnes notes ?

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Un petit exercice de rentrée pour rester dans le coup, ça vous dit ? Il aura fallu une chronique récente d’Andrew Jefford, sur Decanter, pour que je revienne à ma façon très personnelle sur l’art et la manière de déguster, ou plutôt sur le moyen idéal de prendre des notes en cours de dégustation, y compris dans les cas les plus périlleux où les prétendants champions vous bousculent et lâchent leurs appréciations à haute voix incapables qu’ils sont de prendre des notes. Bon, vous allez me dire que ce qui compte le plus, c’est un carnet de notes et un crayon. Bien vu, mais je vous affirme portant que cela ne suffit pas. Non que je me prenne pour un crack dans ce genre d’exercice que je pratique de moins en moins d’ailleurs, mais plus parce qu’il me paraît manquer quelques éléments d’importance dans le court exposé d’Andrew Jefford, je me permettrai d’ajouter mon grain de sel au plat servi de manière compilée mais efficace par ce distingué journaliste britannique qui a la chance d’habiter dans l’Hérault.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour ceux qui ne lisent pas le shakespearien (nul n’est parfait !), je résume ce qu’il nous dit à propos de la pratique qu’il conviendrait d’avoir dans la rédaction de notes de dégustations. En premier lieu, pas de « salade de fruit », ou du moins pas trop. En cela il n’a pas tort : se limiter à une demi douzaine de fruits et (ou) d’épices par vin, cela suffit amplement. Il ne s’agit pas de compiler. En seconde position, Jefford aborde la structure qu’il recommande de ne pas négliger. Là, je suis aussi d’accord. Troisième aspect, l’équilibre et l’harmonie. Idem, nous sommes bien sur la même longueur d’onde. Ensuite, Andrew nous conseille de prendre position. Et de dire pourquoi nous aimons ce vin, ou pourquoi on le déteste. C’est vrai, c’est capital. Soyez compréhensif, nous invite-t-il par la suite, expliquant qu’il faut prendre le temps de comparer le vin à d’autres, de parler de son avenir. Et pour finir, il nous demande de nous surprendre, d’en dire plus en quelque sorte, de se laisser aller vers la poésie du vin. Pourquoi pas, c’est une agréable façon de voir le vin, non ?

L'équipe de la RVF au boulot ! Photo©MichelSmith

L’équipe de la RVF au boulot ! Photo©MichelSmith

Tout cela est parfait, mais en tant que Français, donc passablement doté d’un esprit cartésien, je me dois d’intervenir et d’ajouter mon grain de sel : et je le fais sans aucune prétention, car, si je déguste volontiers, je me refuse de passer pour un de ces horribles experts qui hantent la winosphère. En effet, j’ai peut-être mal lu, mais il manque un distinguo de taille dans l’énoncé de Jefford. Car, prendre des notes sur un vin, c’est un peu comme si un médecin tâtait le pouls d’un malade à un moment donné, matin ou soir, bon ou mauvais. Du gris dehors, une pression psychologique à l’intérieur de vos murs, des pensées noires ou roses qui vous turlupinent le ciboulot, le banquier que vous avez envie de zigouiller, le nouvel amour de votre vie que vous rêvez d’honorer, un courant d’air froid ou chaud qui traverse la table, un parfum de produit d’entretien ou une overdose de patchouli vulgaris, tout est fait lors d’une dégustation pour vous mettre des bâtons dans les roues, vous pourrir la vie et vous bousiller le peu de jugeote que vous pourriez encore avoir en réserve.

Prises de notes codifiées dans les concours...Photo©MichelSmith

Prises de notes codifiées dans les concours… Pas de place pour la poésie ! Photo©MichelSmith

Tout cet encombrement d’esprit, il conviendrait de le noter, non pour chaque vin, mais en tête de dégustation en même temps que la date, l’heure de la journée et le lieu. Par exemple, de la sorte : « Circonstances défavorables en ce matin du 10 Décembre 2020 : il fait moins douze dehors. En plus, ma femme m’annonce qu’elle demande le divorce et qu’elle exige la garde de ma nouvelle Ferrari. J’ai appris qu’elle me trompait avec le plombier… ou le facteur, je ne sais plus. Mon voisin de dégustation est l’horrible Nestor Boideleau qui pue du bec et s’est arrosé de Fleur de Chablis de Dior ». Nanti de cette observation, vous pouvez certes vous en remettre aux directives d’Andrew Jefford. Tout en puisant un peu dans ce qui suit.

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Autre aspect de la prise de notes lors des dégustations, ce bougre d’Andrew, à mon grand étonnement, ne parle pas de notations sur 20 ou sur 100, ni même d’attributions d’étoiles que je pratique de mon côté. Il aurait pu au moins se prononcer là-dessus de manière catégorique, voire recommander un autre système. Comment s’y prend-il lui ? Pour ma part, le système d’étoiles (de un à cinq) me permet d’avoir une vision globale de la dégustation et de repérer rapidement, même plusieurs années après, le ou les vins ayant retenu mon attention. Et puis, s’il y a une autre chose qu’il me paraît important de noter, c’est bien la sensation de fraîcheur désaltérante qui se dégage d’un vin même rouge. Peut-être le journaliste, contraint au raccourci, à la synthétisation si commune dans les rédactions de sites Internet, voulait-il mettre cela sous le registre de l’équilibre ? Allez savoir…

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Difficile de noter avec un risotto à la truffe… Photo©MichelSmith

Bien sûr, il convient aussi d’analyser la qualité des tannins, et surtout la netteté de la matière. Ne pas oublier non plus la sacro-sainte persistance en bouche, ce temps bref réservé aux caudalies (on l’évalue mentalement en secondes) où le goût du vin, surtout s’il vous paraît bon ou intéressant, va mettre plus ou moins de temps à s’évanouir dans votre palais. Moi, ce truc là, en dehors du plaisir plus ou moins intense ressenti, j’y tiens énormément lorsque je sens que je suis confronté à un grand vin. C’est à ce moment-là qu’un Terrasses du Larzac peut en remontrer à un Pomerol, ou qu’un Collioure peut-être plus spectaculaire qu’un Bandol. Là enfin où l’on peut se hasarder à envisager une durée de vie optimum pour le vin et même oser la quantifier.

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Le journaliste allemand André Dominé au travail. Photo©MichelSmith

Merci quand même au journaliste anglais de nous avoir donné un aperçu de ce qu’il convient de relever et de noter en goûtant un vin. Mais peut-être avez-vous, vous aussi, un point de vue sur ce sujet ? Peut-être avez vous une observation à faire sur la prise de notes la plus efficace lors des dégustations ? À moins que vous ne fassiez partie des quelques amateurs qui s’en passent volontiers ! Ne prenant pas de notes, peuvent-ils être considérés dès lors comme étant de vrais amateurs ?

Michel Smith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

9 réflexions sur “Dégustation : comment prendre de bonnes notes ?

  1. Beau Ténébreux : et si on partait du but final qu’on peut définir ainsi : « donner à l’amateur un type, un style d’informations qui puisse l’aider dans sa décision : acheter ou pas le cru dégusté » ?
    Donc, la discussion à mener : quoi faire, que mettre en place pour aboutir à ce but : donner au lecteur des notes lui permettant de décider achat ou pas.

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  2. Je dois te contredire sur un point, Michel. Au bout de 10 ans de présence continue en France, je suis en mesure d’affirmer que Français et cartésien constitue un oxymoron de première. C’était peut-être vrai du temps des Lumières, et ce l’est certainement encore pour des individus isolés (toi, sans doute), mais vous êtes la nation d’Europe où les légendes, les foutaises, les pratiques fumeuses (naturopathes, ostéopathes, homéopathes …), les « para-quekque chose » fleurissent le plus. Cette déclaration ne constitue pas une pure provoc’. C’est un ressenti sincère.
    Et on va me répondre, comme tjs: ce n’est pas mieux en Belgique. D’une part, je m’en moque, je suis internationaliste. D’autre part, ce pays ne revendique pas cette « qualité ». Enfin, la différence Wallonie/Flandre est si marquée au niveau de l’approche des problèmes qu’il est impossible de mettre les deux dans le même sac.
    Je te souhaite un très bon marché sur la Place de Belgique ce matin. Nous, on file à Narbonne pour une dégustation avec Jérémy, le sommelier BELGE qui est revenu chez son ancien employeur, pour le bonheur de tout le monde (il est impeccable).
    Et maintenant, PUB: Christine va notamment lui faire déguster notre Rivesaltes (grenat) 2011, qui vient d’être retenu par le Guide Hachette 2016 (sorti hier): mon premier VDN dans le guide! C’est Dirk Niepoort qui va être fier de son élève. Pour la petite histoire, ce vin est aussi le seul de mes VDN qui ait été … retoqué à la dégustation d’agrément (en premier passage). Je ne l’en aime que plus.
    Avec nos commentaires, on va essayer qu’il y ait une … commande! La Loute et notre blanc figurent généralement à la carte.

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  3. Tu as raison Léon de mettre les points sur les « i »… Mais la journée commence mal pour moi : plus d’un millier de tracteurs, dont beaucoup coûtent plus de 100.000 € pièce, vont paralyser la Capitale tandis que nos autorités, poussées à bout par un Front qui se dit « national », tentent désespérément de se débarrasser de « migrants » réfugiés dont certains enfants vont finir échoués sur nos plages européennes. Le maire de Dieppe se plaint du dérangement causé par une cinquantaine d’Afghans ou d’Albanais quand les journaux français ignorent ceci : http://www.europe1.fr/international/migrants-la-photo-qui-bouleverse-leurope-2509101 Oui, la France des paradoxes. Et en plus, il pleut sur mes raisins !

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  4. Bon resume de ce que doivent etre des notes de degustation. Il y a un critere de plus que je note souvent: c’est la texture, la sensation physique/materielle sur la langue et en bouche.
    Les pros l’oublient souvent, mais c’est en general parmi les premieres sensations commentees par les debutants. Par exemple ‘il est rapeux’ ou ‘il glisse bien’. Puis en apprennant un peu plus le jargon on parle de velour, de soie, de terre ou de cailloux (le meilleur moyen de distinguer la mineralite de l’acidite, c’est cette sensation de sucer des cailloux), etc.

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  5. Pingback: Dégustation : comment prendre de bonnes notes ? | Wine Planet

  6. Restons dans le domaine du vin, Michel : chacun a sa propre conscience et agit en conséquence sur ce qui se passe actuellement dans le monde. Il y a aussi, en France, chaque jour, deux enfants assassinés par maltraitance. Mais leurs photos ne font pas la une du Daily Mail. Ce que je veux dire : si maintenant on a besoin d’une photo pour réagir à des situations qu’on ne peut admettre, c’est plus que grave.
    Bref : tout cela est très complexe et ne peut être traité sur un blog de vin.

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    • Sage réaction, François. Pour ma part, c’est tout le contraire : j’agis selon mon âme et conscience là où j’en ai la liberté. Je suis pour le moins outré de constater que nous ne faisons rien – ou si peu – pour accueillir les réfugiés, qu’ils soient Musulmans ou Chrétiens. Et comme c’est mon humeur du jour que j’exprime, que je suis en rage, je crie mon désespoir là où je peux. Cette photo devrait être affichée dans toutes les écoles de France et nos gouvernements européens devraient décréter l’état d’urgence. Mais qu’on se rassure : j’ai poussé ma gueulante, je ne vais pas monopoliser avec mes états d’âmes le débat sur la dégustation.

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  7. On vient de rentrer. Michel, pour la première fois, nous avons goûté (dans son établissement à Treilles) à la cuisine du père de Lionel Giraud (qui avait créé le Réverbère ** et ensuite La Table de Saint-Crescent *) et à l’accueil de son « équipe » (sa compagne, je crois). Impeccable. Tu vois, je reste un peu dans la gastronomie.
    Quant à l’importance que la presse doit donner à tel ou tel événement … Je reste quant à moi un disciple de Michel Rocard sur bcp de points. Sa sortie sur la mission de la France p/r à « toute la misère du monde » avait été sévèrement jugée et, il me semble, mal comprise. Je la soutiens toujours.
    Enfin, lorsqu’une communauté (qu’on appelle par hypocrisie « gens du voyage » ou « évangélistes ») fout le feu aux autoroutes pour faire sortir PAR LA VIOLENCE ET LE CHANTAGE un repris de justice de prison, ta république laisse faire. Quant des centaines de milliers d’agriculteurs crèvent sous le travail pour des revenus de misère, il me semble normal qu’ils protestent (au même titre que les taxis ou … les enseignants).
    Quand les Pays-Bas, puis les Autrichiens, puis Napoléon ont mis la Belgique à feu et à sang, on a fini par vous foutre tous dehors. Heureusement qu’il est resté des Français en France, en ’40 (en dehors des pétinistes, bien sûr). L’exil est une décision difficile, souvent courageuse, mais c’est aussi un abandon.
    Sujet épineux, j’en conviens, mais les chantres bêlants de la générosité payée par les autres ne m’emballent pas.
    Je pense que, en incidente, on peut parler de ça AUSSI sur un blog de vin, en tout cas dans les commentaires. Et les lecteurs ont le droit de sauter ces paragraphes-là.
    Allez, j’ose: « On peut être vigneron, on n’en est pas moins homme ».

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