Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

VIK, un nouveau Grand du Chili

6 Commentaires

En mai 2011, Marc et moi visitions au Chili un tout jeune domaine: VIK, dans la région d’Apalta/Millahue.

Les premières vinifications nous avaient été présentées, mais pas le produit fini, qui devait encore être élevé et assemblé (la cave était en cours de construction). Et ces éléments séparés, les jeunes vins issus de différentes parcelles de Carménère, de Cabernet et de Syrah, notamment, nous semblaient plus que prometteurs.

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Vik, la vigne (Photo (c) H. Lalau 2011)

Gonzague de Lambert, qui nous  recevait au domaine, nous avait mis la puce à l’oreille: pour Alexander Vik (très bien entouré), VIK devait un jour produire « le meilleur vin du monde ».

D’aucuns y verraient de la mégalomanie, j’y vois plutôt une saine ambition: ce qui mérite d’être fait mérite d’être bien fait, il faut viser haut pour arriver le plus haut possible. Le site de VIK parle d’holistique, de fusion entre l’homme, l’expérience, la terre, la vigne et la technologie. C’est le genre de choses qui me dépassent un peu. Mais je n’en dégoûte personne. Après, c’est le vin qui compte.

Quatre ans après…

Quatre ans après, le voici, ce vin fini. Gonzague m’en a fait envoyer une bouteille.

Nous l’avons dégusté à trois, avec Marc, et un autre ami d’In Vino Veritas, Daniel Marcil. Un Français, un Belge, un Québécois. La Francophonie en action…

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Vik, le vin (Photo (c) H. Lalau 2015)

Voici mon commentaire – mes collègues étaient à peu près d’accord sur l’analyse.

La robe très sombre nous prépare visuellement à un vin concentré.

Le nez confirme: il est très saucé, le menthol, le bois des îles, le fruit noir se révèlent doucement; on est presque surpris qu’ils puissent sortir d’un vin si dense.

En bouche, ce qui frappe, c’est la fraîcheur et la jeunesse de ce vin, l’étendue de sa palette de saveurs – réglisse, plantes médicinales, robe sombre et très jeune, épices, fraîcheur (la Syrah, ou le Carménère?). Le boisé est marqué, mais la matière est là pour l’absorber. Nous restons sur une belle impression.

Le meilleur vin du monde? Non. D’abord, cela n’existe pas. Ou ça ne devrait pas, quoi qu’en disent les concours. Mais un très beau vin, certainement. Les efforts, les investissements ont payé, l’ambition aussi.

Quant à moi, ce vin m’évoque pas mal de choses – un merveilleux endroit, tout d’abord – je me rappelle encore des feuilles rouges des Carménères au soleil couchant, sur un fond de montagnes bleutées; et puis l’accueil chaleureux d’une équipe de passionnés qui voulait tellement bien faire… Alors, ce 2011, c’est un peu de tout ça. Mais comprenons-nous bien: ces souvenirs ne me feraient pas dire que le vin est bon si je ne le pensais pas. Holistique ou pas, l’expérience de VIK, c’est au dégustateur de la faire.

Et la buvabilité?

Pour terminer, un bémol qui nous vient de l’ami Daniel, à qui nous avons laissé la bouteille et qui, après l’avoir dégustée avec nous, l’a bue. Ou du moins, a essayé. Voici son commentaire:

« J’ai regoûté le soir même la bouteille de VIK (cette fois sans frictionner), pour accompagner le repas. J’ai tout de suite constaté que le vin faisait complètement bande à part, refusant toute forme de liaison avec les aliments; aucune alliance possible, le caractère boisé faisant « carapace ». De plus, l’expression fruitée prenait la tangente « cassis boosté », comme c’est régulièrement le cas avec les vins chiliens à fort extrait. Donc, en définitive je crois avec le recul que ce vin se trompe de cible : à vouloir être le meilleur il oublie d’être simplement bon. Mais je reconnais qu’en dégustation seule, il donne le change et pourra se distinguer dans les concours. Il s’inscrit dans un style »international » où la structure prime sur la sensualité. Au fait, mon épouse ne l’a pas du tout aimé parce qu’il ne possédait pas l’accessibilité qu’elle apprécie dans un vin et que nous appelons la « buvabilité ». Voilà !

Hervé Lalau

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

6 réflexions sur “VIK, un nouveau Grand du Chili

  1. Très intéressant papier, Hervé. Il « interpelle »: quelle est la finalité d’un vin, d’un vignoble, du boisage ? A quoi sert d’être un nouveau propriétaire « très bien entouré »? Comment se fait-il qu’on fait venir (invite?) une paire de journaleux à l’autre bout du monde pour un vin qui n’est encore qu’en élevage? Dans une mesure plus modeste (à hauteur du budget disponible), je me suis posé ces questions aussi, il y a 10-12 ans. Après, un projet ambitieux, dans un domaine qui n’est quasiment jamais « rentable » au sens financier du terme, mérite certainement notre estime.
    Il existe des « guitar heroes ». Je me demande si certains – qui souvent se contentent de diriger une équipe d’ailleurs, ce qui n’est pas dénué de mérite mais ne correspond pas réellement à ma conception du « vigneron » – n’essaient pas d’être des « winery heroes ». On se souvient des lyrics de Bowie: « Making love with his ego ». N’est pas Ziggy qui veut.

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  2. On ne peut pas dire que VIK nous ait invité, il n’était qu’une étape sur un voyage de 10 jours au Chili et en Argentine.
    Je n’ai pas rencontré M. VIK, mais son équipe m’a semblé animée des meilleures intentions – et puis, pour un pays comme le Chili, c’est important d’avoir des vins à image ajoutée…

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  3. J’ai eu la chance de déguster ce vin durant Vinexpo et je dois dire que j’ai été pas mal surpris. Cela change des vins conventionnels du Chili que l’on a l’habitude de voir en Europe. En visitant la page web on ne peut être que stupéfié par la beauté du site. En espérant pouvoir avoir la chance de le visiter un jour.

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  4. Avoir l’ancien propriétaire de Pavie comme conseil, ça aide sacrément au schmilblick ! Bravo pour cette présentation.

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  5. Je me souviens de Pavie, qui pourtant se déroula en 1525. Faut dire que j’ai fait mon « école moyenne » dans une rue qui faisait intersection avec la … rue de Pavie. Charles de Bourbon (héros pourtant à Marignan, 10 ans plus tôt, au service du roi de France) infligea une solide déculottée aux troupes de François 1er, qui y perdit peut-être 10.000 hommes (!), pour la plus grande gloire de son nouveau maître … le Flamand Charles-Quint, natif de Gand je le rappelle et qui n’a jamais très bien parlé l’espagnol.
    Juste retour des choses, 450 ans plus tard, Fabiola de Mora y Aragon, n’a jamais maîtrisé correctement ni le français, ni le néerlandais, alors qu’elle a régné sur le pays pendant plusieurs décennies. Ils méritent vraiment leur boulot, tous ces monarques ! Même le DRH d’Air France peut faire mieux … si on lui laisse sa chemise.
    Pour peu qu’on ait le goût de la digression, le vin mène à tout. D’ailleurs, l’équivalent du « boeuf bourguignon » en Italie, c’est le « Stufato alla Pavese », une daube au vin rouge. Comme quoi.

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