Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

#Carignan Story # 295 : le patience des Pères

3 Commentaires

Ce que j’aime à Narbonne, chez Xavier Plégades, outre l’accent et la gouaille du personnage, c’est le malin plaisir qu’il éprouve à me sortir de ses casiers un Carignan inconnu, ce goût qu’il a pour le partage et cette cuisine d’instinct qui semble partir d’un coin de plaque de feu, cette simple disposition des produits sur l’ardoise, ce jaillissement d’idées à partir de quelques anchois ou de coquillages qu’il s’est procuré avec d’autres trouvailles aux Halles toutes proches. Pas de science ni d’école, encore moins de chichi. Même quand ce n’est pas son jour officiel d’ouverture, le bougre arrive à me délecter sur le pouce ne serait-ce qu’avec une salade ou de simples croquettes. Pour vous faire une idée, relisez ce que j’ai pu écrire sur Xavier par le passé en suivant ce lien.

Photo©MichelSmith

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Ne vous méprenez pas, mais le Célestin que je cite si souvent dans cette série de chroniques n’est en rien un restaurant branché ou un énième bar pour noctambules épris de boissons à la mode, de bières et d’artifices liés à la mixologie ambiante. Mis à part le fait que le gars se range sans ambiguïté dans le camp des naturistes, ce lieu particulier n’est qu’une enseigne gourmande de plus, une adresse de base à rajouter à la liste déjà bien fournie en bonnes tables qu’offre le registre gourmand de la sous-préfecture de l’Aude.

Photo©MichelSmith

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Que l’on emporte le flacon ou qu’on le boive sur place, nous sommes ici dans un lieu dédié au vin dans un cadre presque minimaliste fait de murs blancs, de quelques affiches cinématographiques et de belles tables en bois blond. Mais surtout, si je reviens toujours et encore au Célestin, c’est parce que son patron, Xavier, est un suiveur de cépages rares et que son goût avéré pour le jus de la treille le pousse, comme en cuisine, à sortir des sentiers battus, à aiguiser sa curiosité, à fouiner dans sa région pour accueillir dans ses murs des vins peu habituels et si peu conventionnels.

Photo©MichelSmith

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J’en ai eu l’exemple encore l’autre midi avec ce pur Carignan 2014 venu de La Livinière, en Minervois, mais estampillé Vin de France, Les Clos des Pères, une cuvée La Borio qu’il m’a conseillé de goûter pour une somme raisonnable, 14 € à emporter (départ propriété, la bouteille est à 9 €). Les raisins de cette vieille vigne sauvée par un tout jeune couple Anne-Laure et Julien Gieules sont cueillis à la main, puis rangés en cagettes avant d’être vidés et vinifiés dans une cuve en inox.

Photo©MichelSmith

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Ce qui séduit d’abord ici, c’est l’étiquette qui est du meilleur goût. Elle sied parfaitement au style du vin. Visiblement les raisins sont assez concentrés en maturité et l’extraction est bien poussée si l’on se fie à l’intensité pourpre de la robe. Et le vin a besoin d’un décantage en règle si j’en juge par la retenue du nez où l’on devine quand bien même toutes sortes de parfums d’épices, de laurier, de fruits noirs et de garrigue. Cette élégante concentration se ressent nettement en bouche avec des accents de fruits chocolatés et des notes de café. Pourtant, on ressent que ce vin n’est pas tout à fait prêt, qu’il a besoin de patience. D’ici deux ans, à mon avis, il sera parfaitement apte à servir une pintade aux champignons ou pour un petit gibier à plumes.

Michel Smith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

3 réflexions sur “#Carignan Story # 295 : le patience des Pères

  1. Belle étiquette en effet ; comportant une Huppe, très bel oiseau devenu rare en raison de son régime alimentaire constitué d’insectes…empoisonnés par les insecticides. En Provence, on la surnomme « la Boube », onomatopée qui rappelle son chant. Son nid est puant (les parents ne le débarrassent jamais des déjections).
    La figurer sur une souche est singulier. On la voit sur des arbres de taille moyenne et au sol, où elle prélève les insectes.
    Je vais demander aux Gieules pourquoi ils ont opté pour la représentation d’une Huppe sur cette étiquette (symbole, admiration pour cet oiseau ?).

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  2. « Elle avait sur la tête la couronne de la vérité » (La conférence des oiseaux – Farid Al-Din Attar)
    Bel oiseau, protégeant du mal, du mauvais oeil en Afrique de l’Ouest, souvent en visite dans le Minervois y trouvant une saine nourriture pour sa couvée.
    Appelée houdhoud en arabe (oiseau messager du roi Salomon), kukupha en grec, etc.
    Mais aussi drôle d’oiseau qui « pupute »(c’est d’ailleurs son nom en occitan), dénommée hoppe en Lorraine elle serait à l’origine du mot salope (sale hoppe).
    Il y a de la controverse dans cet oiseau hiéroglyphé !

    Aimé par 1 personne

    • Merci Georges et Christophe de vos commentaires érudits et poétiques à la fois… Si j’avais su, ou plutôt si j’avais pris la peine de me documenter avant (il faut dire que je suis distrait en ce moment), j’aurais pu changer radicalement mon titre et mon intro !

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