Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Vins (doux) naturels : le caveau aux Trésors

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Pour une fois je vais vous inviter, vous pousser même, à la visite d’un caveau. Non pas le caveau d’une quelconque famille au cimetière – la Fête des Morts, ce n’est pas pour tout de suite, même si c’est pour bientôt -, mais d’un caveau de vente de vins. Au passage, je n’ai jamais compris pourquoi les vignerons eux-mêmes utilisent encore le terme désuet de « caveau de vente » à notre époque, alors que les mots boutiques ou magasins me semblent bien plus appropriés. Mais passons sur cette évocation de la mort pour ne retenir que l’aspect joyeux du vin qui nous intéresse bien plus ici. Au fait, c’est où « ici » ? Ici, c’est Maury, petit bourg vigneron que tout honnête homme (ou femme) devrait connaître, siège d’une appellation contrôlée aujourd’hui protégée depuis 1936, localité située grosso modo entre Perpignan et Carcassonne sur l’ancienne route de piémont qui relie toujours le Roussillon au Pays Basque, j’ai nommé la brave D.117 qui, à 30 km de Perpignan, plonge entre Fenouillèdes et Corbières jusqu’à rejoindre Quillan et la haute-vallée de l’Aude, aux portes de l’Ariège et de l’Andorre.

Photo©MichelSmith

La Vallée de l’Agly au large d’Estagel. Photo©MichelSmith

Voilà, maintenant que l’on a avancé dans cet univers minéral fait de falaises et de châteaux cathares, il est important de noter qu’en ces veilles de fêtes de fin d’année (près de deux mois) je m’adresse en priorité aux femmes et aux hommes qui s’intéressent encore aux grands vins doux que l’on dit naturels, des vins ayant fait jadis la gloire du Roussillon où j’ai le bonheur d’habiter. À ce stade, si vous faîtes encore partie de cette espèce rare en voie d’extinction, vous n’avez plus aucune excuse. D’autant que ce magasin que l’on nomme caveau, celui des Vignerons de Maury, formulation qui consiste à masquer habilement le mot coopérative, est situé pile sur la D.117, en plein cœur du village qu’aucune déviation ne permet encore d’éviter, face à l’école communale, face aussi au restaurant Le Pichenouille où l’on trouve tous les vins du cru, et juste à côté de la Poste.

Le village de Maury et son rocher de Quéribus. Photo©MichelSmith

Le village de Maury et son rocher de Quéribus. Photo©MichelSmith

La Cave Coopérative, je vous en parlais il y a peu à l’occasion de la présentation d’un de mes Carignans du Dimanche. Là, le visiteur dispose d’un confortable parking, tout juste à l’embranchement de la petite route sinueuse qui grimpe jusqu’à Cucugnan à l’ombre des ruines cathares du château de Quéribus, lieu de promenade idéal pour faire rêver les enfants et se promener les parents. Il me semble que désormais vous en savez assez et que vous n’avez plus d’excuses de passer à côté de ce lieu qui, au premier abord, va vous paraître anodin. Anodin, peut-être, sauf que vous pouvez y faire d’extraordinaires affaires. De quoi préparer quelques cadeaux… liquides.

Ça y est ? Vous y êtes ? Je vous ai ferré ? Et pourtant vous ne voyez toujours pas où je veux en venir ?

Le trio magique de la cave... Photo©MichelSmith

Le trio magique de la cave… Photo©MichelSmith

Vin naturel par ci, vin nature par là, par les temps qui courent, les choses étant sérieuses, pas question de laisser passer ça : étant de la vieille école, un vin naturel pour moi c’est avant tout un vin doux, un VDN si vous préférez. La production de Maury classiques (dits doux) en même temps que celle d’autres Vins Doux Naturels tels les Rivesaltes et Muscat de Rivesaltes, ne représente plus approximativement que 5.000 hectolitres, c’est-à-dire moins de 700.000 bouteilles, contre 50.000 hectolitres à la belle époque des VDN, il y a 40 ans. Malgré cette désaffection de la clientèle, la direction de la cave s’attache à maintenir et à valoriser un stock conséquent de millésimes anciens depuis l’année 1974, permettant ainsi de fournir en raretés quelques grandes maisons, restaurateurs et cavistes surtout. Un véritable trésor patrimonial qu’il convient de ne pas laisser filer à trop bas prix. Cela n’empêche pas le touriste de passage dans la boutique de la cave, magasin ouvert tous les jours de l’année sauf à Noël et le 1er Janvier, de faire le plein de fort belles affaires. Pour donner de la hauteur à ses fromages, à ses desserts ou à ses fins de repas, l’amateur peut encore s’offrir des flacons de collection qui permettent toujours d’épater les convives et de jouer les grands connaisseurs sans trop se ruiner.

Le paysage de Maury en hiver. Photo©MichelSmith

Le paysage de Maury en hiver. Photo©MichelSmith

Cela va des styles grenat à des prix abordables telles les cuvées Pollen, Récolte ou Vendange, cette dernière ayant un an d’élevage en barriques, toutes à moins de dix euros, à des styles plus traditionnels, comme cet Ambré 2000 à la robe rousse, long et harmonieux en bouche, ou ce Tuilé Rancio épais, droit et massif dans sa robe brou de noix et son enveloppe de figues et bigarade eux aussi à moins de dix euros. Certains de ces vins se retrouvent en Fontaine à vin de 5 litres les rendant encore plus abordables ! Mais deux autres cuvées placent le Maury traditionnel sur un piédestal.

Le Maury à l'ancienne ? Photo©MichelSmith

Le Maury à l’ancienne ? Photo©MichelSmith

La Cuvée du Centenaire de la cave joliment baptisée Un siècle d’Histoire est un flacon de collection qui rassemble les meilleurs millésimes, associant aussi différents styles dans un ensemble émouvant de fraîcheur et de complexité d’arômes. Quant au Chabert de Barbera, hommage au seigneur cathare de Quéribus mort en 1275, c’est un vin de grand millésime (actuellement le 1988 est en passe de prendre la relève du 1985) élevé plus de 20 ans en demi-muids en cave climatisée, une sorte d’invitation au calme, au repos, à la méditation. Un vin de légende que certains puristes associent volontiers aux cigares de noble origine. Les plus mordus d’entre eux ont encore en cave les premiers flacons de cette cuvée démarrée avec le millésime 1974 qui figure encore au tarif.

Michel Smith

Vers Maury, par les petites routes... Photo©MichelSmith

Vers Maury, par les petites routes… Photo©MichelSmith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

4 réflexions sur “Vins (doux) naturels : le caveau aux Trésors

  1. They are indeed national treasures and you have convinced me to call in when I’m down that way in November. ☺

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  2. A vérifier, je ne suis pas sûr que 5000 hl donnent 7000 bouteilles.

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  3. Merci, Michel pour cette note à l’attention de la coop de Maury. De passage à Lattes, à la maison des vins du Languedoc, richement dotée d’un bel assortiment qui permet à l’amateur de se faire une excellente idée de tous les vins de cette vaste région, j’ai acquis un Maury VDN 2000 ambré de la coop pour un prix un peu supérieur à 10,00 €. Il y avait, dans ce lieu, une jolie représentation des Terrasses du Larzac et de bien d’autres AOP…

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