Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Côtes de Gascogne, le cadeau (empoisonné)

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Hervé nous a fait un très joli dossier sur les Côtes de Gascogne, très complet, bien écrit, voire fouillé.
Et puis, il balance, je ne fais pas de commentaires de dégustation, je laisse ça à Marc qui… le fera quand il voudra, comme si j’avais le choix, merci du cadeau… Certes accepté avec plaisir, mais plaisir quelque peu empoisonné parce que le temps imparti m’était compté et il y avait de quoi faire.

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Hervé en cave

Au commencement

Il y avait Alain Desprats, le directeur de l’Interpro, qui nous attendait à Toulouse. De la nouvelle capitale des régions sudistes réunifiées jusqu’à Auch, on a le temps de causer. Et dans le flot de parole, la conversation s’est logiquement portée à un moment sur les profils des vins. J’ai bien failli reprendre l’avion subito presto quand Alain nous a annoncé que la presque exigence pour être dans les clous, c’était de pousser les thiols. Je déteste les blancs tout autant que les rosés qui offrent ce parfum et ce goût de pamplemousse. J’avais faim et la promesse d’une bonne table gasconne m’a fait rester. Et j’ai bien fait, le soir à la brasserie, au centre d’Auch, la cuvée

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Auch by night

Été Gascon 2011 du Domaine Pellehaut m’a encouragé à plus d’indulgence. Tout doré, des parfums très confits certes d’agrumes, mais aussi de coing et de poire tapée ravisent le nez. La bouche onctueuse retrouve les senteurs nasales, y ajoute des épices. Le vin laisse, grâce à sa bonne acidité, la bouche fraîche.
Avec le foie gras confit, on ne va pas en Gascogne sans en manger, ce serait idiot, sauf si on n’aime pas ça, donc avec le foie c’était top.

Baroud du lendemain

Après une nuit passée au charmant Château des Charmettes,  en route pour la dégustation d’une bonne trentaine de vins blancs. Il faut savoir que le Colombard a une propension à développer ses thiols. Et en plus, on l’assemble ici, bien souvent, au Sauvignon – autre cépage tout à fait régional, certes, mais qui souvent me barbe par son expression variétale. J’ai donc entamé les hostilités avec un sourire un peu crispé.

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Dégustation syndicale à Lagraulet du Gers

Domaine Uby 2014 pour essuyer les plâtres, un assemblage de 80% de Colombard et 20% d’Ugni (qui est toujours blanc, soit dit en passant, les Italiens ne parlent pas de Trebbiano bianco). Blanc doré il hume les orties blanches, le poivre et bien entendu le pamplemousse mâtiné de mandarine, mais d’une façon modérée. La bouche croquante et vive rappelle les groseilles à maquereau et s’entoure d’un petit gras bienvenu.
Suit le même assemblage du Domaine de l’Herré 2014 aux accents d’agrumes confits, de frangipane et d’aiguilles de pin. La bouche onctueuse contrastée par une vivacité tranchante, sans doute moins aromatique mais plus dense.

Le Domaine du Rey 2014 change la donne et complète le Colombard par 30% de Sauvignon dont du gris. Il respire la rose blanche et l’orange amère, le poivre noir. En bouche, de jolies notes fruitées et florales nous font songer à la mandarine et au kumquat, à la fleur d’oranger. Richesse et densité et cette fraîcheur en leitmotiv.
Autre vin à l’assemblage similaire, Villa Dria 2014 mais un tout autre profil pour ce vin bio. La fleur de tilleul séduit le nez, vite rattrapé par la violette, le foin et le seigle. La bouche croquante à souhait aux agrumes à peine suggérés, minéral et d’une belle densité, la longueur sur les épices.

Le Classic de Tariquet 2014 fait aussi l’unanimité. Fait de 45% d’Ugni, 35% de Colombard, 10% de Sauvignon et 10% de Gros Manseng, il offre des fruits blancs comme la poire et la groseille, un rien de pomme verte et de prune. La pointe de CO2 qu’il contient apporte relief et fraîcheur supplémentaire. Le citron souligne la bouche, mais ses lèvres s’habillent de gras et le rende des plus sympas.

On change encore, et nous voici en présence d’un assemblage de 80% de Colombard qui partage la bouteille avec 20% de Gros Manseng. Le Domaine de Miselle 2014 en tire un vin très floral où se reconnaissent l’aubépine et les fleurs de troène, la fleur de vigne aussi. La bouche vive, voire très acide, se révèle sur la longueur qui note le citron jaune, la rhubarbe et le minéral de la pierre à fusil.

Les 100% de Gros Manseng du Domaine de Papolle 2014 et ses 40g/L de sucres nous changent le palais. Abricot, pêche jaune, mangue rafraîchit de menthe poivré, teinté d’un soupçon de truffe blanche nous font toucher du bout de la langue un monde voluptueux qui ne manque toutefois pas de vivacité. C’est ce qu’il y a de pertinent dans ces vins gascons, ce sont ces contrastes sucre acide qui parfois décoiffent, mais qui nous font déguster des équilibres peu fréquents dans le panel français.

La Goutte de Lune 2013 du Domaine des Remparts 100% Petit Manseng cette fois et 62g/L de sucre hume la feuille de tomate et la fleur d’amandier. La bouche offre ce végétal mûr qui rappelle la gelée de coing, l’abricot sec, la pâte d’amande ave cette inoubliable fraîcheur qui le rend élégant et d’une fluidité des plus agréables.

 

Ça donne faim, tout ça!

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A Larressingle, et nulle part ailleurs

En route pour le hameau médiéval de Larressingle où à l’auberge éponyme nous propose quelques bouteilles dégustées le matin, en accord avec la cuisine du jour, une côte de veau qui se voit taquiner par la franchise des vins sélectionnés.

Histoire de se dégourdir les jambes

Nous voilà au Domaine de Magnaut,   Jean-Marie Terraube nous fait visiter vignes et cave, avant de nous faire déguster quelques-unes de ses cuvées. Comme le Gros Manseng sec 2014 dans la gamme Passion. Menthol, abricot sec, pâte d’amande, gelée de poire et réglisse, ça commence bien. La bouche vive comme il sied aux vins gascons. Mais accompagnée de d’onctuosité ce qui offre beaucoup de charme. L’amertume de l’écorce de citron jaune, la longueur aux accents de cumin et de graine de coriandre.

IMG_1306Jean-Marie Terraube

 

Le même cépage en version Équilibre de Manseng aux 35g/L de sucre qui a le goût de la pâte de nèfle et de coing rafraîchis de tarte au citron, puis encore de l’abricot sec et de la pêche au sirop. Le sucre se remarque à peine vu les 5,6g d’acidité et le pH de 3,2. Un équilibre que l’on retrouve un peu partout.
Un rouge avant de partir, l’Esprit Passion Tannat 2011 qui montre que malgré une production presque essentiellement de vins blancs, les teintés n’ont pas à rougir… Pourpre violet, il a le nez en forme de petites cerises et de cynorhodon. Cassis, prunelle, et belle amertume de la réglisse en bouche.

Après la douche

Dîner entre mecs chez Bernard et Véronique Daubin à Montréal du Gers.

IMG_1342Chez Daubin, à Montréal… du Gers!

D’entrée, en apéro, Bernard nous propose le Terres Blanches 2014 du Domaine Chiroulet de Philippe Fezas. Un vin très dangereux: si on ne fait pas gaffe on se siffle la bouteille tellement elle offre une fraîcheur sapide qui mélange citron jaune, mandarine et pêche blanche. Elle semble cristalline et fait merveille sur les premières agapes proposées jambon cru, saumon fumé et œufs pochés.
Le Gros Manseng sec (7g/L de sucre) 2014 du Domaine de Sainte Lannes de Nicolas Duffour prend le relais et associe ses pommes et prunes vertes, ses fleurs mellifères et son poivre blanc, sa douce fraîcheur, à la morue tiédie.

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Arrivent les magrets cuits sur l’os et la Grande Réserve 2010 du Domaine Chiroulet qui mélange Merlot et Tannat et offre fruits rouges et tannins serrés.

Puis on goûte la version 2004, parallèlement au même millésime du Domaine de Saint Lannes. Ces deux 2004 démontrent que les Côtes de Gascogne rouges, ces méconnus, ont la capacité de vieillir quelques années et nous offrir tannins fondus, gelées de fruits bien épicées et fraîcheur pour notre plus grand bonheur. Le magret a également apprécié.

Long périple

Jusqu’au Château d’Argon, de Patrick et Victoire de Montal, près de Lectoure, en Haut Armagnac. Une très belle demeure qui respire la sérénité. L’endroit est un terroir à rouge et il est logique d’en déguster La Croix d’Argon 2013, un assemblage de 60% de Merlot, 25% de Syrah et le reste en Cabernet Sauvignon. Très fruité, le tanin soft, un rien fumé, il joue avec les épices et envoie cannelle et graine de coriandre qui viennent ombrer la rotondité des baies rouges délicates.

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La Réserve 2012 60% de Cabernet Sauvignon complété de Merlot et de Syrah offre une structure plus serrée, des tanins à peine plus stricts, mais une profondeur et e une longueur aux notes de quetsche et de cerise noire colorées de cannelle et de poivre noir qui donne envie d’en boire d’ici quelques années. Un vin gentleman farmer à l’image du vigneron propriétaire.

Déjeuner chez Tariquet

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Après la visite des installations, vastes et bien équipées, on passe à table, histoire de déguster à bâtons rompus, comme dans une belle conversation, les vins du domaine et ceux d’un autre invité, le Domaine de Séailles.

Une jolie joute qui a d’abord mis en lumière, à nouveau, le Classic de Tariquet 2014 -mais cette fois en magnum, puis le Presto rouge 2011 des Séailles, fait de Cabernet Franc et Sauvignon et de Merlot juteux et fruité; et un cran au-dessus, l’Orfeo 2011 (100% Cabernet Sauvignon) qui, bien mûr, arrondit ses tanins et poudre ses confitures de fruits rouges de poivre et de cardamome.

Après ces deux rouges, le magnum de Premières Grives 2014 made by Tariquet nous conduit aux fromages. Croquant avec sa pointe de CO2, ce 100% Manseng plaît par sa fraîcheur onctueuse. Suit l’Orfeo doux 2014 qui joue les douceurs intermédiaires pour arriver au Dernières Grives 2012 au 110g de sucre, à la texture onctueuse qui offre un confort buccal délicieux agrémenté comme il se doit d’une fraîcheur plus qu’équilibrante, désaltérante.

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En route pour Cassaigne

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Après une courte visite du proche vignoble qui ceint l’ancienne abbaye (le domaine viticole est aujourd’hui exploité par les coopérateurs de Plaimont), place à la dégustation où le Grand Vin 2014 Domaine de Cassaigne fait de 80% de Gros Manseng et 20% de Colombard se parfume de pomme à cidre, de poire mûre, de poivre noir, à la bouche ample au goût d’angélique confite et de guimauve, puis vient le vif rappel acidulé. On passe au rouge avec le Moonseng 2014 assemblage de 80% de Merlot et de 20% de l’oublié Manseng Noir. Vivement qu’on puisse en déguster déguster pur et sans le bois, de ce Manseng Noir, car déjà, dans cet assemblage, rond et aromatique, le Manseng noir, malgré sa jeunesse, semble déjà sublimer le Merlot. Sa texture charnue, un rien rustique, a le goût de la prunelle, de la griotte et de la mûre avec une amertume élégante qui renforce la fraîcheur. Cassis et fraise vient enchanter la longueur.
La cerise confite du Labyrinthe 2014 Domaine de Cassaigne enrobé de tanins fins et soyeux semble tout indiqué pour une viande rouge à l’hémoglobine bien présente.

Au Domaine Guillaman

Nous sommes bluffés par Les Pierres Blanches 2014 de Stéphanie et Dominique Ferret au Colombard majoritaire, cet exemplaire issu des 650.000 bouteilles (!)  ciselle les zestes d’agrumes confits, les écorces d’orange amère, son croquant nous fait mordre dans la chair fraîche d’u pamplemousse. En rouge, Hervé a préféré la cuvée domaine, Merlot et Cabernet Sauvignon, juteux et épicé. Moi, Les Hauts de Guillaman 2012 une cuvée plus ambitieuse élevée en barriques pendant 1 an, aux tanins très serrés mais bien juteux qui détient un beau potentiel de vieillissement.

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Dernier soir au féminin

Menu poisson au Moulin du Pouy à Eauze pour accompagner les blancs apportés par les domaines de Millet, de Laurence Dèche, de Cassagnoles (Laure Baumann) et de Maubet (Nadège Fontan). Un bel enchainement de fraîcheur et de saveurs délicates où l’abricot, la pêche de vigne, la violette, parfois l’iris, le coing pour les plus doux, nous ont définitivement convaincu du potentiel des Gros et Petit Manseng. Ils ont tout aussi bien accompagné le repas que les conversations. J’ai toutefois apprécié le Sauvignon Sélection 2014 du Domaine de Millet, tout arrive, il n’était pas bêtement variétal.

Le lendemain

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A regret, nous avons quitté notre havre, le Castel Pierre à Lagraulet, une agréable bâtisse aux allures toscanes, rénovée avec goût, c’est à dire assez épurée, et son couple de jeunes propriétaires qui assurent un accueil des plus sympathiques. Et sommes rentrés chez nous.

Ciao

IMG_1322et n’oubliez pas

http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/bulles-a-waterloo

Marco

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

4 réflexions sur “Côtes de Gascogne, le cadeau (empoisonné)

  1. Mission bien remplie Marco ! C’est pas pour les photos (fort belles au demeurant), mais j’aurais aimé passer un moment avec vous… et le magret ! 😉

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  2. Quel marathon ! Je suis impressionné par votre endurance. Vous étiez tout près de mon deuxième chez moi quand vous êtes passé à Arton (et non pas Argon).

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  3. Et le JOY alors ?!

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  4. Ni Marc ni moi ne l’avons sélectionné cette fois-ci, désolé. Un autre fois, peut-être…

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