Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Un brin de Bourgogne, selon les Roux…

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Pour des raisons trop longues ici à expliquer, vous avez sans doute remarqué que ce n’est pas souvent que j’évoque la Bourgogne dans mes chroniques. Sauf à la suite de rares moments de folies avec mes amis qui me poussent, pour mon plus grand bonheur, à consommer quelques grands noms du vignoble… à moins d’une découverte ou deux dans le Mâconnais ou le Chablisien, ou encore lors d’un salon, j’ai peu l’occasion de goûter une série de vins de cette région d’un même producteur. Je le regrette, mais le fait de ne plus vivre en la Capitale est sans doute la cause de cet éloignement forcé semblable à une retraite imposée. Croyez-moi, je le vis fort mal, car j’aime cette Bourgogne. De toute mon âme.

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Car c’est bien par cette Bourgogne (aussi un peu par Bordeaux, je l’avoue…), celle de la Côte d’Or et accessoirement celle de la Saône et Loire, que j’ai effectué mes premières armes, que j’ai connu mes premiers émois d’amoureux du vin, mes premiers héros vignerons. J’avais beau être novice en la matière – en tout cas, je n’en menais pas large… -, mon mentor et ami, Christian Flacelière, Bourguignon pure souche, a tout fait pour me convaincre. Faut croire que le bougre a réussi son coup, avec l’aide il est vrai de quelques vignerons dont les noms restent à jamais gravés dans mon crâne. Entre autres patronymes de renommée mondiale, il y en avait qui me paraissaient moins aristocratiques, moins intellectuels, mais qui pour Christian et moi valaient tout l’or du monde en ce sens qu’ils étaient authetiques, qu’ils n’avaient pas la langue dans leur poche, qu’ils avaient du vin à vendre et que leurs vins étaient bons tout en restant abordables. C’est ainsi qu’au sud de Beaune, à Pommard, j’ai pu rencontrer le « père » Pothier, Virgile de son prénom, dont l’accent à lui seul valait le déplacement. Et plus au sud encore, à Saint-Aubin, entre Puligny et Chassagne, Marcel Roux, un homme un peu moins pittoresque, peut-être, mais qui, venant de reprendre la succession de son père, Fernand, n’en restait pas moins très ouvert sur ce qui faisait progresser le vin en cette fin des années 80.

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Mais c’est surtout son fils ainé, Christian, qui a marqué mon esprit. Aidé de ses frères, et sans rien renier de son passé viticole, le gars n’éprouvait aucune gêne à s’ouvrir sur le monde extérieur, à communiquer comme on dit communément de nos jours, allant jusqu’à bâtir une cuverie moderne à l’extérieur du village de Saint-Aubin dans les années 90. Aujourd’hui, le Domaine Roux Père et Fils (on attend avec impatience l’ouverture d’un vrai site Internet à leur nom), c’est en gros près de 70 ha de vignes, ce qui n’est pas mal en Bourgogne, avec une quarantaine de références au tarif, génériques, lieux-dits, premiers crus et grands crus confondus dont 7 étiquettes en Saint-Aubin (trois 1ers crus en blancs), 3 à Chassagne-Montrachet, 3 à Santenay, 2 en Aloxe-Corton, 2 à Chambolle-Musigny, et quelques bijoux de famille éparpillés dont un fameux Meursault 1er cru Clos des Poruzots en monopole, un Vougeot et un Puligny. Ce sont maintenant Mathieu et Emmanuel qui sont aux commandes du domaine.

Grâce au hasard et à la bienveillance de Jean-Pierre Rudelle, marchand de vins à Perpignan, j’ai pu goûter 6 vins récents du Domaine Roux qui tente une percée chez nous, en Roussillon. Dès le premier vin, je me suis senti invité de manière assez forte à renouer avec la Bourgogne que j’ai fréquenté et son cépage Chardonnay qui nulle part ailleurs ne donne cette dimension et cet éclat de pureté. Le Bourgogne Les Murelles 2013 est un exemple parfait de ce que l’on attend d’un vin de cette appellation : élégance, amande fraîche, netteté, belle acidité et longueur plus qu’honorable pour la modique somme de 10 € départ cave pour un vin a de quoi tenir 3 à 5 ans… Le Hautes-Côtes de Beaune 2014, avec lequel nous aurions dû attaquer la dégustation, est d’un ton en dessous, mais d’une sacrée belle franchise tout de même, une acidité à laquelle on aimerait inclure une crème de cassis locale histoire de l’arrondir. Mais c’est oublier que les Roux font aussi un excellent Bourgogne Aligoté (7 €) que ne renierait pas le bon vieux chanoine Kir… si mes souvenirs sont bons. Pour en revenir au Hautes-Côtes, on est donc sur un registre solide qui mériterait un domptage de 2 ou 3 ans dans une bonne cave, alors que le générique est prêt à atteindre son objectif sur une poularde.

En matière de Saint-Aubin, j’avoue que j’aurais bien aimé goûter La Pucelle (19 €), un lieu-dit qui a enchanté mes joutes vineuses débutantes, influencé que j’étais probablement par ce nom si évocateur. Tous ces noms toponymiques aux accents savoureux, c’est ce qui me plaît aussi et me pousse dans l’envie de découvrir la Bourgogne. Et Saint-Aubin, si on inclut les 1ers crus, n’est certes pas la commune qui en compte le moins ! Ce que je goûte-là, un lieu-dit Champ-Tirant 2014 (on l’écrit aussi en un mot), a bel et bien la trempe du premier cru qu’il n’est pas. Bizarrement, il ne figure pas non plus au tarif que les Roux m’ont fait parvenir, pas même dans un autre millésime, à moins que ce ne soit une autre étiquette réservée aux cavistes. Toutefois, je suppose que son prix tourne autour de 20 €, rejoignant celui de La Pucelle. D’ailleurs, je ne serais pas surpris d’apprendre qu’il s’agit d’une même cuvée. Certains me diront aussi qu’il n’est pas à la hauteur d’un autre Champ-Tirant plus en vue et plus coté, tel celui de Gérard Thomas. Pourtant, bien que taillé pour une honnête garde de 5 à 6 ans, il fait preuve d’une structure minérale épatante, d’une longueur et d’une fraîcheur persistantes, gages d’un très beau blanc que je rentrerais volontiers en cave. Un Rully 2013 Clos des Mollepierres (16 €) est venu se glisser en fin de fournée : il s’agit d’un blanc un peu plus rondouillard, au nez de mousse de chêne, légèrement beurré en bouche que l’on a envie de boire bientôt sur un pâté de gibier pistaché en croûte.

Deux rouges ont complété ma dégustation. Le Saint-Aubin L’Ebaupin 2014 (17 €) possède un nez juste, fin, précis, en plein dans la délicatesse feutrée du Pinot noir. Son caractère s’affirme plutôt en retrait, ce qui est pour moi un bon signe. Quand l’ouvrir reste un mystère : pour ma part, j’aimerais bien le faire dans l’année qui s’annonce et le carafer illico deux heures avant le repas en le conservant à la cave avant de le servir. Plus énigmatique encore, l’Aloxe Corton 2012 Les Boutières (29 €) me propose un nez de griotte des plus séduisants, nez sur lequel on s’attarderait volontiers. En bouche, la puissance est contenue et, comme le précédent, le vin a lui aussi besoin de s’aérer tant il paraît replié sur lui-même. J’aurais bien subtilisé la bouteille entamée pour voir le résultat à l’heure du dîner. Ainsi s’achève cette rencontre quelque peu furtive avec la Bourgogne de mon cœur. J’en garde le souvenir d’une amante oubliée que j’aimerais bien revoir avant que ce ne soit trop tard.

Michel Smith

NB – Pour en savoir plus sur l’appellation Saint-Aubin et sa trentaine de premiers crus, rendez vous sur l’excellent site des Vins de Bourgogne ici même. En profiter aussi pour visiter le site de l’appellation en suivant ce lien.

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

Une réflexion sur “Un brin de Bourgogne, selon les Roux…

  1. The village which taught me to appreciate and love Burgundy. As a young teacher Gérard Thomas and Domaine Roux offered mean affordable introduction but also gave me a loyalty to St. Aubin. Thanks Michel for reminding me of one of my first wine coups de coeur.

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