Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Côte de Nuits Villages: des Bourgognes plus abordables (deuxième partie)

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Voici la suite de mon article de la semaine dernière, consacré aux vins de l’appellation Côte de Nuits Villages (et alentours).

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Domaine Chevalier, à Ladoix

Après la Maison Ambroise, l’étape suivante fut le Domaine Chevalier (celui de Ladoix, pas celui de Léognan, car nous sommes bien en Bourgogne, n’est-ce pas !). Géré par Claude Chevalier, l’actuel président du BIVB, et ses filles, nous avons été reçu dans de belles caves traditionnelles, situées sous la maison à l’entrée du village. Un cadre classiquement bourguignon pour une dégustation qui a exploré quelques vins de la gamme issue de leur vignoble dont la plus grosse partie se situe sur la commune de Ladoix, mais avec des parcelles dans les appellations de Côte de Nuits Villages, d’Aloxe Corton, de Corton,  de Corton Charlemagne, de Gevrey Chambertin, ainsi que des génériques.

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Quelques-uns des vins dégustés au Domaine Chevalier

Parmi les vins rouges dégustés, j’ai aimé leur Côte de Nuits Villages 2013 pour son style vif, assez tannique mais sans excès, mais pas autant que le Ladoix 1 cru Le Clou d’Orge 2013, très fin et avec une qualité de fruit plus éclatante, claire et élancée. L’Aloxe Corton 2013 est un autre vin très stylé, avec autant de gourmandise par la qualité de son fruit, mais des tanins plus fermes. Un peu plus ferme aussi, mais également plus long est l’Aloxe Corton 1er cru Les Valozières 2013, avec ses tanins fins et son cœur ardent. Mon vin préféré de cette série (dommage que je n’ai pas ces moyens-là) était le Corton Le Rogniet 2013, aussi intense au nez qu’en bouche, avec des tanins presque enrobés par le fruit mais d’un bon niveau de maturité. Un très beau vin vinifié, comme toute cette série, avec un soin de la précision des saveurs.

Quant aux vins blancs, j’ai trouvé le Bourgogne Aligoté 2014 trop tassé par le soufre et un peu simple. Le Bourgogne Blanc 2014 souffrait aussi probablement d’une mise récente, mais le Ladoix blanc 2014 a une belle matière qui s’exprime avec finesse et précision. Un bon cran au-dessus, on trouve le Ladoix 1er Cru Les Gréchons 2013 : les 25% de bois neuf sont largement absorbés maintenant dans ce vin vibrant et acéré qui a aussi une bonne longueur. Le Corton Charlemagne 2013 est dans un style déjà accessible, très gourmand, intense et fin, avec plus de puissance et de gras que les vins blancs précédents.

Encore une bonne adresse !

Domaine Naudin-Ferrand, à Magny-les-Villiers

IMG_7219Claire Naudin vérifiant un de ses vins avant de le servir

Etape suivante: le Domaine Naudin-Ferrand, dont la base est située un peu plus haut, dans le petit village de Magny-les-Villiers dans les Hautes Côtes de Nuits. Cela faisait un moment que je voulais rencontrer Claire Naudin, ayant eu des échanges épistolaires très enrichissants avec elle, et sans être toujours en accord avec toutes ses positions. J’estime qu’il est essentiel de se confronter régulièrement à des avis différents des siens, surtout s’ils sont présentés avec intelligence et une évidente connaissance du sujet comme c’est le cas avec Claire. Il y a des paradoxes partout, du moins en apparence, et c’est probablement tant mieux pour la complexité de ce monde. Le domaine Naudin-Ferrand se présente comme faisant des vins « nature », mais ne pratique pas l’agriculture biologique. A la place, une forme très affinée d’agriculture raisonnée qui est expliquée en grand détail sur son site. J’aimerais bien que d’autres s’en inspirent et soient aussi précis, au lieu de  se contenter de nous asséner les mots magiques de « bio », ou « biodynamie » qui sont censés faire cesser tout questionnement  – tant de collègues s’étonnent que je ne gobe pas l’ensemble de préceptes de la biodynamie, même les plus farfelus !

Claire Naudin fait aussi des vins sans soufre, ou, plus exactement, sans soufre ajouté pendant la vinification, car elle en met un peu à la mise. Mais parallèlement, elle en vinifie aussi avec un sulfitage raisonnable, produisant ainsi une sorte de double gamme. Curieusement, les vins sans soufre sont vendus beaucoup plus cher que les vins avec soufre à appellation comparable, le rapport étant presque du simple au double. Cela qui me semble excessif, même si elle dit que le travail impliqué est beaucoup plus important car il fait impérativement n’employer que des raisins en parfait état sanitaire.

Le domaine Naudin-Ferrand couvre environ 22 hectares de vignes, dont quelques crus comme Echezeaux, Aloxe, Ladoix, Nuit-Saint-Georges, mais 80% se trouvent dans des appellations régionales comme les Hautes Côtes de Nuits ou la Côte de Nuits Villages. Le domaine s’est développé suite à la naissance de l’appellation Hautes Côtes, en 1961.

Carte Parcellaire du Domaine Naudin

La production actuelle est de l’ordre de 130.000 à 150 000 bouteilles par an et les vins sont vendus en France et, surtout, à l’export comme beaucoup de domaines de Bourgogne: Belgique, Allemagne, Royaume-Uni, Luxembourg, Italie, Hollande, Danemark mais aussi Australie, Canada, États-Unis et Japon, ce dernier marché étant, je crois, leur client le plus important en ce moment.

Dégustation: avec ou sans soufre ?

Après un joli Crémant de Bourgogne, bien équilibré et qui associe chardonnay, pinot noir et aligoté, nous avons entamé une série de comparaisons entre vins vinifiés avec un dosage en soufre « normal » et d’autres, des mêmes appellations, sans soufre pendant la vinification, mais juste un peu à la mise. Je déteste les vins trop soufrés, mais je ne suis pas pour autant un fanatique des « sans soufre », cette approche me semblant trop souvent une affaire d’ordre idéologique, sans parler des très nombreux déboires que j’ai pu avoir avec ce type de vin qui se transporte et se conserve difficilement, à moins de prendre pas mal de précautions.

IMG_7221Avec ou sans soufre ? Il n’y a pas que l’étiquette qui change, il y a le plaisir qui augmente mais également le prix qui double ! 

Je dois dire que cette dégustation m’a convaincu que les vins du Domaine Naudin-Ferrand avec le moins de soufre (et non-filtrés) étaient les meilleurs dans toutes ces comparaisons; avec soit davantage d’éclat, soit plus de complexité et de profondeur, soit un fruité plus vivace qui accompagnait mieux les tanins. Je ne pense pas, en revanche, que je serais prêt à payer, par exemple, le Côte de Nuits Villages 2013 (version très peu soufrée) 37 euros au lieu de 20 euros pour la version « normale ». Je ne conteste pas le bien fondé de cet exercice, surtout pour des gens qui sont particulièrement sensibles au soufre dans leurs vins. Je conteste juste le surcoût pour le consommateur. Pourtant, ce domaine ne roule pas sur de l’or t et, aux dires de Claire, n’est pas d’une grande rentabilité, tant le travail accompli est méticuleusement fait. Les meilleurs vins de la série dégustée, pour moi, étaient les Hautes Côtes de Nuits 2007 et 2013, et le Côte de Nuits Villages 2013.

Claire Naudin nous a fait part d’un constat technique intéressant concernant les degrés d’alcool des vins qu’elle vinifie avec présence de rafle. La rafle a la capacité d’absorber une partie de l’alcool produit par la fermentation, et les vins finis ont des degrés inférieurs d’entre 0,5 et 1 degré d’alcool par rapport à une vinification avec égrappage. De plus, la rafle apporte du potassium qui a un effet désacidifiant.

Voila en tout cas une vigneronne très consciencieuse et d’une grande honnêteté, qui n’a jamais cessé de se poser des questions ni d’expérimenter avec toutes sortes de techniques. Nous avons ensuite déjeuné ensemble dans la cuisine/salle à manger de la maison familiale, autour d’un excellent poulet aux coings, certainement sans soufre, et j’ai aussi dégusté un remarquable vinaigre de vin de paille, de la production d’une des connaissances de Claire.

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David Cobbold

(texte et photos)

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

2 réflexions sur “Côte de Nuits Villages: des Bourgognes plus abordables (deuxième partie)

  1. « Claire Naudin nous a fait part d’un constat technique intéressant concernant les degrés d’alcool des vins qu’elle vinifie avec présence de rafle. Le rafle a la capacité d’absorber une partie de l’alcool produit par la fermentation, et les vins finis ont des degrés inférieurs d’entre 0,5 et 1 degré d’alcool par rapport à une vinification avec égrappage. De plus, le rafle apporte du potassium qui a un effet désacidifiant. »

    Voilà une information intéressante ! Est-ce une raison essentielle pour décider de vinification avec ou sans rafle ?

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  2. Cela peut y contribuer, certainement, mais je pense qu’il doit y avoir d’autres raisons. L’abaissement de l’acidité est certainement utile dans certains millésimes. Certains parlent aussi de structure tannique mais je doute un peu de cela. Je vais lui poser la question François.

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