Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Mes 10 clichés-vins de 2015

8 Commentaires

Des clichés, certes il y en a, des idées reçues aussi. Dix choix arbitraires, dix affirmations tenaces qui s’incrustent encore trop dans l’imaginaire du vin après des décennies d’errances médiatiques à force de répétitions erronées dans les guides et les articles sur le vin. Clichés aimablement répandus au fil des ans par une cohorte de suiveurs zélés, et accentués par les journalistes (ma pomme en premier !), des sommeliers, des cavistes, dont le seul but est de démontrer qu’ils possèdent la clef de l’antichambre conduisant aux mystères du vin. Et des mystères, le vin en garde encore plus d’un que seuls les meilleurs vignerons découvriront dans les années qui viennent comme ils ont su le faire depuis que, dans les années 1960, leurs vins ont entrepris le grand virage de l’ère moderne.

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Dix clichés ? Oui, mais à y regarder de près, il y en a certainement beaucoup plus… J’en avais plein d’autres sous la main, alors je vous en prie, n’hésitez pas : rajoutez les vôtres !

1) La capsule à vis, c’est pour les petits vins !

Foutaise !, répond en substance le professeur-vigneron-latiniste Luc (Léon) Charlier dans cette excellente interview filmée. Le problème avec les goûts déviants des vins, – encore un vieux débat -, c’est que trop souvent le liège apparaît comme l’accusé principal, même lorsque sa présence au nez n’est que difficilement perceptible par le commun des mortels. Les puristes – ou traditionnalistes -, de leurs côtés, souhaitent protéger le liège comme un élément faisant partie intégrante de leur conception « historique » du vin. En réalité, ce sont de fieffés passéistes qui ne supportent pas l’idée que l’on puisse voir plus loin que le bout de leur nez. La vis en métal, le bouchon synthétique, et dans une moindre mesure le bouchon en verre, sont appelés à un grand avenir car ils protègent réellement le vin ! Je sais, j’enfonce une porte ouverte !

2) Un vin léger, ce n’est pas du vin !

En tout cas, ce ne serait pas un « vrai » vin, selon les doctes buveurs tenants de la vérité bachique qui en profitent pour vous certifier que le rosé, lui non plus, n’est pas un vrai vin. Navrant ! Laissons leur cette analyse rétrograde et rappelons-leur simplement cette lapalissade : tout jus de raisin fermenté est du vin, qu’on le veuille ou non. Or, depuis le changement de millénaire, il est clair que l’on retourne vers une notion de légèreté, du moins dans la consommation quotidienne du vin si tant est qu’elle existe encore de manière significative. J’impute cela au rajeunissement et au renouvellement des consommateurs. En effet, on se demande de plus en plus si les hautes autorités jusqu’au-boutistes qui ont décrété à partir des années 80 que le vin devait provenir de raisins entre très mûrs et archi mûrs, n’ont pas atteints des sommets difficilement supportables pour l’organisme avec des degrés excessifs, tant à Bordeaux qu’à Châteauneuf-du-Pape. Mangeriez-vous de bon cœur une pomme blette ou une prune au bord de la déliquescence ? Une orange sans acidité ou une cerise toute ridée ? La surenchère et la compétition aidant, on a vu des cuvées dépasser allègrement les 16° d’alcool, donnant parfois, il est vrai, mais dans de rares cas, des vins miraculeusement équilibrés œuvres des meilleurs vignerons. Maintenant, on revient à plus de sagesse avec des vins d’entrées de gammes titrant entre 11,5° et 12,5°. Cerise sur le gâteau, on a accusé à tort le dérèglement climatique, personnellement je ne pense pas qu’il soit la cause de cette course aux degrés, dans un sens comme dans l’autre. Et paradoxalement, ce sont les vins du Midi qui sont les principaux gagnants dans cette démarche salutaire rendant les vins beaucoup plus accessibles et ouvrant la porte à de nouveaux consommateurs.

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Du côté de Daumas Gassac. Photo©MichelSmith

3) Si c’est gros, ce n’est pas bon !

Gros négociant, grosse coopérative, gros domaine viticole… pas de doute, c’est forcément suspect et dégueulasse à la fois ! Ce ne sont que des balivernes. Car sans les gros, les petits n’existeraient pas. Dans de nombreux cas, des noms comme Wolfberger, Perrin, Georges Duboeuf, Gérard Bertrand, Cazes et tant d’autres brillent par leur production qui, si elle n’est pas parfois exempte de reproches, donne la plupart du temps d’excellentes surprises.

4) Pastille effervescente pour le Champagne !

Là aussi c’était trop gros pour y croire : une pastille effervescente pour un vin effervescent, et en plus chez Veuve Clicquot, c’est tellement con que certains y ont cru sans que l’on ait besoin de les prier !

5) Le vin en canette, ça pollue !

Pas certain. Ce contenant déjà utilisé dans plusieurs pays et lancé en France sans succès dans les années 80 est au contraire très écologique : comme le souligne le site de la RVF, « le contenant est léger – la moitié du poids d’un verre – idéal pour partir en excursion ou en bateau, totalement recyclable et non dangereux donc autorisé lors de manifestations sportives ou de concerts ». Pas la peine d’en rajouter !

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Photo©MichelSmith

6) Le rosé pamplemousse, quel scandale !

Certes, c’est un clin d’œil que je vous adresse. Mais essayez donc d’en faire un vous même et vous risquez fort de changer d’avis : un grand verre, quelques glaçons, 50% d’un bon rosé pas trop cher pas forcément de Provence et 50% d’un jus de pamplemousse fraîchement pressé. Une rondelle de citron, une autre d’orange et quelques chiffonnades de menthe fraîche. Plus quelques rajouts en fonction de votre fantaisie et de votre inspiration et vous verrez que ça n’a rien de répréhensible. On peut aussi s’amuser à prendre pour base un crémant rosé.

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Photo©MichelSmith

7) Tariquet, c’est trafiqué !

Le sujet qui fâche le plus en ce moment sur les réseaux sociaux, en dehors de débats animés sur le vin dit « nature », touche le Domaine Tariquet, estimable maison familiale dont les vins (lire leur histoire ici même), pourtant sans défauts, sont sans cesse raillés par les puristes qui en rajoutent des tonnes en se prenant des allures de sauveurs de l’humanité. Entre autres méfaits, on reproche à l’entreprenante famille Grassa de ré-acidifier ses cuvées. Or, si cette opération peut être légalement et parfaitement bien réalisée dans un vin qui en contient déjà naturellement, il reste à prouver que cet important domaine (900 ha) du Gers l’utilise. Personnellement j’en doute. Bien sûr, on a le droit de ne pas aimer, mais pour ma part je raffole de leur « Classic » (ugni blanc, colombard, sauvignon et gros manseng) qui fait partie des leurs meilleures ventes et que je déguste sans retenue sur des huîtres quand je vais au marché et qu’il y a un bistrot dans les parages.

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La roche, du côté des Gorges de Galamus. Photo©MichelSmith

8) La minéralité, encore elle !

L’autre débat quelque peu enfiévré – on l’a vu une fois de plus Lundi dernier sur nos lignes -, concerne l’abus de certains mots dans le vocabulaire servant à la description d’un vin. Cela fait bien 30 ans que ce débat dure et il commence à m’échauffer les oreilles ! Au début, certains dégustateurs professionnels, sommeliers et journalistes entre autres, parlaient de l’aspect minéral que pouvaient afficher certains vins, blancs en particulier. Un avis que je partageais en toute bonne foi (après tout, je suis le seul récepteur de l’effet que procure sur moi un vin…), et que j’approuve aujourd’hui en toute logique quand je dis d’un Reuilly, par exemple, qu’il peut avoir un petit goût de silex, goût sur lequel on pourrait disserter des heures vu que l’on n’a pas tous la même sensibilité, encore moins la même perception. De minéral, les dégustateurs ignorants que nous sommes tous un peu ont inventé le mot « minéralité » qui n’est pas encore entré dans le dictionnaire mais qui, prenons-en le pari, le sera bel et bien un jour tôt ou tard tant notre langue évolue fort heureusement. Je suis le premier à dénigrer les emplois abusifs de mots se terminant en « ité » (sapidité, salinité, digestibilité, buvabilité, pissabilité, j’en passe…), mais de là à nous empêcher de nous exprimer sur le vin chacun à notre manière, il y a un pas que je ne me vois pas franchir. Sachez pourtant que désormais, pour être dans une ligne bien-pensante dans vos commentaires de dégustation, il conviendra à l’avenir d’être de plus en plus précis, moins pédant et moins scientifique. Lorsque vous vous adressez au peuple, vous pouvez à la rigueur vous autoriser quelques lignes sur le minéral décelé dans un vin : mieux, vous pouvez relever comme je l’ai fait avec d’autres depuis belle lurette, l’aspect granuleux d’un vin qui ferait penser au granit, la rondeur d’un jus qui évoquerait le schiste, la finesse du sable, la lourdeur de l’argile ou la droiture du calcaire, que sais-je encore. L’essentiel étant de se laisser aller et de se lâcher, tout en esquivant le débat. Dans la mesure où l’on se fait bien comprendre. C’est clair ? Prière de ne pas répondre « clair comme de l’eau de roche » !

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Dans les Corbières… Photo©MichelSmith

9) Nature, c’est aussi du soufre !

Il en aura fallu des guéguerres, des insultes et des débats stériles pour admettre finalement cette année que le vin dit « nature » (on préfère désormais le qualificatif de « naturel ») n’a rien à voir avec le vin dit « sans soufre » (on devrait dire « sans soufre ajouté »), que c’est un vin bio à la base, ce qui me paraît logique, traité par des vignerons dont la philosophie est d’exclure tout (ou presque…) intrant autre que du jus de raisin. Parmi eux, il y a de grands talents. Reste que l’ambiguïté demeure puisque la phrase « Il n’y a pas d’ajout de sulfites, ni de quelque autre intrant » demeure toujours en bonne place d’un « engagement » que je vous propose de lire en accédant directement au site de l’AVN (Association des Vins Naturels), engagement résumé assez clairement jusqu’à cette phrase citée plus haut. Agriculture biologique (ou biodynamique), vendanges manuelles, levures indigènes, pas de techniques brutales pendant les vinifications sont quelques unes des actions clairement revendiquées, mais l’emploi du soufre reste une question sulfureuse. J’en déduis qu’un vigneron adhérant à l’association pourra mettre du soufre dans la majorité de ses vins afin de le protéger, mais que les bouteilles qui porteront sur l’étiquette la mention AVN seront garanties sans ajout de soufre. Bref, si tout cela est naturel, ce n’est pas encore d’une grande limpidité. Et il est vrai que si l’on excluait tous les vignerons qui peu ou prou mettent du soufre dans leurs vins, l’association ne compterait plus beaucoup d’adhérents !

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Rafraîchir, et non glacer… Photo©MichelSmith

10) Le rosé se boit glacé !

Peut-être, mais pas trop pour moi ! « S’il vous plaît, juste un seau avec beaucoup d’eau et un peu de glace » est le leitmotiv que je ne cesse de répéter lorsque je suis attablé au restaurant. Idem pour le blanc qu’il est coutumier de servir trop glacé. Pareil pour le rouge qui lui est encore servi trop chaud malgré toute la technologie du contrôle de la température offerte aux restaurateurs. A l’approche de 2016, la lutte contre l’attitude bornée de la plupart des établissements, y compris ceux spécialisés dans le jus de la treille, continue !

Michel Smith

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Ne pas se prendre au sérieux : le journaliste belge, Patrick Fiévez imitant Dali. Photo©MichelSmith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

8 réflexions sur “Mes 10 clichés-vins de 2015

  1. un ou deux autres clichés qui me viennent assez spontanément :
    – le bio c’est forcément bon, ou dans un registre assez proche la Nature est bonne et aimable, il faut la laisser faire
    – les vins du Midi sont (encore) de petits vins, et surtout, ils ne doivent pas être (trop) chers

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  2. « Pissabilite’, j’adore le mot, je l’adopte. Je vais tacher de le caser dans un maximum de commentaires de degustation.
    Joyeux Noel Michel!

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  3. Nos dégustations nous amènent régulièrement leur lot de vins bouchonnés, petits ou grands vins, d’ailleurs. Et pire encore, de vins fatigués pour lesquels on se demande si le bouchon est responsable ou bien le vigneron. Rien que ce doute est préjudiciable au vigneron qui, en définitive, est le responsable du produit.
    Merci, Michel, pour ce bel article et Joyeux Noël!

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  4. Le colombard étant naturellement acide, et l’ugni aussi, on se demande où serait l’intérêt de réacidifier en Côtes de Gascogne. Cela me semble un problème bien moins d’actualité que l’usage des levures sélectionnées, qui standardisent le goût.

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  5. On ne va pas trop s’énerver en cette veille de Noel, mais je vois pas beaucoup de problème avec les levures sélectionnées. J’en vois davantage avec les levures indigènes surtout dans certaines cave où l’hygiène semble remisée au placard et dans lesquelles la fermentation démarre ou ne démarre pas, selon de bon vouloir de dame Nature.

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  6. Le problème? Que tous les vins finissent par se ressembler! Quand on lit les promesses de certaines marques, on est en droit de se poser la question. Un exemple (www.laffort.com):
    Souche: ZYMAFLORE® X5
    Applications: Levure pour la production de vins blancs et rosés technologiques à forte intensité aromatique (arômes variétaux de type thiols, arômes fermentaires).
    Affinité cépage: Riesling, Sauvignon, Colombard, Rolle, Manseng.
    Le plus rigolo, c’est la revendication de « vin technologique ». Nous, les dégustateurs, l’utilisons comme un terme péjoratif, mais finalement, pour certains, c’est juste un type de vin comme un autre…
    Par ailleurs, je vous rejoins sur le fait que les levures indigènes sont parfois poussives. Il faut juste trouver un équilibre…

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  7. Patrick Fiévez et ego dormivimus in ipso cubile, Michel, mais PAS en même temps. Nos amis du domaine Le Galantin sur l’appellation Bandol nous prêtent en effet régulièrement leur gîte. Patrick et moi – c’est un collègue très aimable et le seul (un des seuls) en Belgique à vivre intégralement de sa plume – devons donc choisir des moments différents pour nous y rendre. Une seule exception, fin d’année 1999 (l’année des tempêtes de neige) ou Virginie (la Loute) et moi avons bénéficié d’un lit de fortune devant le feu ouvert monumental du salon de la Famille Pascal, autour de Noël-Nouvel An. Magique.
    L’interview que tu montres – véridique elle et à laquelle je ne retire pas un iota – a été systématiquement et sciemment détournée par Antonin et son entourage dans les commentaires qui en ont été faits ainsi que dans les citations sorties de leur contexte et tronquées. Antonin, Eva et son mari … etc sont adorables dans le privé, aiment le vin, font preuve d’un vrai enthousiasme mais sont prêts à tout pour créer le binz et n’ont aucune objectivité journalistique. C’est dommage. Quant aux gens (des centaines) qui évoluent dans cette sphère, certains sont capables de commentaires qui dépassent l’entendement par leur ignorance, leur mauvaise foi, leurs préjugés, leur aveuglement, leur esprit partisan. Je ne dis pas qu’ils sont tous comme cela mais j’ai lu des choses ahurissantes: le bobo parigot obtus dans toute son horreur. Cela ne se rencontre NULLE PART ailleurs dans le monde en dehors de l’Île de France.
    Alors qu’eux sont réellement sympas à côtoyer, je conseille à tous les collègues de faire TRES attention à la présentation sectaire qu’ils font des commentaires qu’on leur confie.

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  8. Pingback: Mes 10 clichés-vins de 2015 | Wine Planet

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