Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Le Rasteau selon son sol

8 Commentaires

Rasteau, c’est un peu la force tranquille; entre élégance énergique et puissance réservée. Une dualité particulière qui offre aux aficionados de l’un ou l’autre caractère une réponse à leur attente; mais qui rend perplexe celui qui perçoit les deux à la fois. Et si c’était une question de sol?

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Pour le savoir

Rien de tel que de déguster plusieurs vins issus de sols différents, en tentant bien évidemment de limiter le nombre de paramètres : un seul cépage, le Grenache avant assemblage ou en cuvée pure, élevé en cuve ou en futailles usagées. Commençons par les apports de l’ère tertiaire qui occupent les collines creusées de ravins.

TERTIAIRE

Sols aux argiles ocre et à galets calcaires du Miocène supérieur (- 11,3 Ma à – 5.3 Ma)

1cailloutis Miocène supérieur haut des collines

1Escaravailles haut des collines

1EscaravaillesDerriere Cave congomérats sur marrnes rouges miocène sup                                                         Photos (c) Georges Truc

Tout d’abord, les robes offrent une belle couleur pourpre aux reflets veloutés.

Ensuite, l’impression de fumé, de silex frottés, de garrigue, se répète tout au long des nez du Domaine de la Combe Julière comme dans la cuvée Héritage du Domaine des Escaravailles, voire dans la Cros du Cornu du Domaine de Trapadis ainsi que dans La Montagne du Domaine de Beaurenard, tous du millésime 2014.

Quant à la bouche, en reprenant les mêmes domaines, on est frappé par la grande fraîcheur, soutenue par une assise minérale. Les tannins sont fins et moyennement serrés, leurs grains adoptent une forme sphérique. Ils se teintent de fruits essentiellement noirs rehaussés d’herbes aromatiques et d’une saveur de garrigue. La longueur s’avère très épicée. La structure est aérienne.

Quand on décline les millésimes, des nuances apparaissent, mais les caractéristiques précitées se répercutent d’une année à l’autre. Les 2012, malgré leur texture un peu plus lâche, ressemblent aux 2014 décrits ci-dessus. Les 2013 plus léger, moins de cohérence structurelle, enrobent les effets aromatiques, l’amertume du romarin renforce l’impression de garrigue. Les 2011 se situent entre les deux.

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Sols à marnes jaunes du Miocène supérieur (- 11,3 Ma à – 5.3 Ma)

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Les robes offrent ce ton violacé nuancé d’améthyste, ce qui donne du brillant et plaît d’emblée à l’œil.

Les nez offre cette odeur particulière de goudron résineux qu’on respire quand on frotte entre les doigts les feuilles d’une Psoralée bitumineuse. Impression encore renforcée par une tendance à la réduction. Les fruits rouges et noirs s’expriment discrètement à la suite.

La bouche, c’est tout autre chose, l’acidité peu marquée mais très ample génère une atmosphère fraîche qui rend le vin presque vif.
Les tanins très fins, petits grains bien sphériques, et bien serrés donnent une impression d’ensemble lisse, d’une texture grasse.
Le fruité fort délicat se dessine sur la structure aérienne.
Les vins sont élégants et rafraîchissants.
Indices les plus remarquables dans la cuvée Girard du Domaine de Trapadis et une cuve avant assemblage de la gamme Ortas de la Cave de Rasteau.

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Sols de marnes bleues du Pliocène (- 3,6 Ma à -1.8 Ma)

marnes bleues falaises rive droite Ouvèze IMG-9232

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Le sol le plus emblématique de l’appellation que l’on peut très bien apercevoir depuis l’Ouvèze qui y a creusé une falaise.

Les robes sont mates colorées de cramoisi sombre.

Le nez exprime avec intensité les marmelades de fruits noirs avec en leitmotiv le parfum de la chair d’une olive noire mêlée de terre humide et de senteurs de garrigue.
En bouche, la fraîcheur croquante apporte de la légèreté à la structure relativement compacte. Les tanins légèrement rugueux semblent se tisser en épaisseur ce qui donne une texture gaufrée comme un boutis à la trame serrée. Un ensemble tannique qui donne une impression de densité avec un côté terrien bien marqué.
Des notes aillées (comme perçues dans les marnes bleues du Jura) et chocolatées viennent entourer les arômes de fruits noirs.
Des vins plutôt puissants mais qui restent toutefois gourmands grâce à leur texture pleine et onctueuse.
Traits de caractère relevés dans les 2014 du Fond de Bouzon du Domaine du Grand Nicolet, dans la cuvée Malalongue du Domaine de Trapadis, dans les bruts des cuves C452 et C2 futur Pisan d’Ortas de la Cave, et enfin dans la bien nommée Les Argiles Bleues du Domaine de Beaurenard.

La profondeur et la densité des vins nuancent à peine leurs paramètres dans les millésimes proches, même le chaud 2009 garde cette fraicheur croquante tellement agréable.

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Sols calcaires (colluvions finement caillouteuses sur versants marneux)

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Les robes brillantes nuancées de cramoisi et de pourpre luisent comme des gemmes dans les verres.

Les nez apparaissent plus végétaux, un végétal noble qui se parfume de plantes de garrigue, de sauge et thym. Que ce soit le Domaine des Banquettes Saint Martin 2014 ou les Blauvac et Ponchonnières 2012 du Domaine de Trapadis ou encore la parcelle des Esqueirons du Domaine du Grand Nicolet, toutes offrent cet accent prononcé de garrigue.

En bouche, la fraîcheur n’est guère excessive, voire l’inverse, ce qui donne presque une impression de douceur, d’acidité un peu en retrait.
La structure plus lâche se tisse de tanins plus irréguliers aux grains plus grossiers parsemés de petites aspérités.
Ces vins restent légers, voire plus maigres, mais demeurent agréables et d’une consommation plus rapide.

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Terrasse de l’Ouvèze (alluvions quaternaires anciennes)

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Un seul domaine présentait une cuvée issue d’un sol de ce type, Domaine Grange Blanche au vin issu de la terrasse du Crapon.

Robe pourpre violet clair

Le nez grillé fumé qui donne une impression solaire.

Une acidité peu importante mais très bien incorporée à la structure ce qui donne une impression de fraîcheur à tous les étages.
Des tanins fins, plutôt délicats à la maille assez serrée.
Un vin qui donne une impression de légèreté mais avec une accroche terrienne non négligeable et de la gourmandise.

Les facteurs géo-pédologiques

Mon partenaire, lors de ce reportage très engagé, n’était autre que Georges Truc. Il nous éclaire sur les propriétés des différents sols de l’appellation Rasteau.

ZONE-_News5_Photo-G.TRUC_                                                                                                                photo blog Rasteau

« Marnes et cailloutis du Miocène : terroir essentiel de Rasteau, localisé dans les collines ; les versants des ravins et des ruisseaux (le Rieu) qui ont sculpté ces masses imposantes offrent à la vigne un substratum de très grande qualité. Des argiles complexes, constituant les marnes à 50 % de leur volume, assurent la réserve hydrique et portent dans leurs feuillets des éléments chimiques indispensables à la vigne, le potassium, le magnésium, le fer, le manganèse et de nombreux oligo-éléments métalliques. Des galets et des graviers leur sont associés. Les radicelles puisent dans ces coffres – forts généreux ce dont la plante a besoin. Les galets et les graviers assurent un bon drainage. La vigne est souvent installée de façon directe sur les marnes et les cailloutis du Miocène.

Climatiquement, on note la fraîcheur incontestable apportée par l’altitude et par certaines orientations nord-est et est.

Marnes finement sableuses du Pliocène : terroir discret, mais présent partout sous les colluvions du Crapon et de la terrasse de Bellerive. Leur rôle est beaucoup plus important que l’examen direct du sol ne le laisse supposer. La vigne trouve dans ces matériaux très fins une excellente réserve hydrique et une importante source d’éléments chimiques. Le « grain du vin » s’en trouve affiné, épaulé par une fraîcheur étonnante. Élégance et finesse sont les marqueurs des vins élaborés à partir des vendanges collectées sur ces terres. À noter des espaces viticoles directement sur «argiles bleues », en direction de Roaix.

Alluvions des terrasses quaternaires : la terrasse du Crapon et celle de Bellerive ont en commun leur nature caillouteuse. Celle du Crapon possède un matériau grossier plus épais et plus sableux, tandis de celle de Bellerive est globalement plus riche en argile. La vigne bénéficie d’une excellente faculté d’implantation ; les racines et radicelles n’ont aucun mal à explorer ces masses alluvionnaires.

Colluvions installées sur les versants des reliefs : que ce soit dans les collines miocènes ou sur la colline du Crapon, coiffée de sa belle terrasse, l’érosion interpelle les matériaux en place, les collecte et les dispose sur les versants, où ce « nappage » est omniprésent. La redistribution des cailloutis et des marnes offre à la vigne une association plus facile à explorer, gage de stress amoindri et de maturité accomplie.

CONCLUSIONS : de façon insistante, revient dans l’examen des affleurements ou des tranchées de reconnaissance, en association plus ou moins importante avec les cailloutis, la présence des argiles, aussi bien dans les reliefs que sur les versants colluvionnés, ainsi que dans les terrasses ou leur substratum. Ces minéraux offrent à la vigne, exception faite de la matière organique, l’eau et les éléments chimiques qui vont servir à construire la structure du vin, à lui donner un « grain » particulier et à favoriser l’expression de la fraîcheur.

Georges Truc
Le sol a une incidence sur différents paramètres du vin et ajoute dès lors sa «marque territoriale» à son profil. Il est également évident qu’il est loin d’être le seul acteur constitutif du vin et vient seulement ajouter son grain à l’édifice, grain qui toutefois sait se faire ressentir…

Ciao

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Marco

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

8 réflexions sur “Le Rasteau selon son sol

  1. Un très bel article net et précis … et qui donne envie de confronter tes analyses avec une dégustation
    Je vais me préparer une petite dégustation en me procurant quelques vins cités.
    Avec un tel article on progresse véritablement sur ces notions de terroir parfois utilisées à d’uniques fins marketing
    Merci Georges et Marc

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    • Et nous serions heureux de vous conduire à travers vignes et chemins dans ces belles collines de Rasteau, si votre route favorise une escapade en vallée du Rhône méridionale.

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      • Georges, on se connait un peu… n’empêche que ça serait un très grand plaisir de partager une escapade dans les vignes.
        On s’est rencontré il y a 7/8 ans lors d’une de tes conférences à Bagnols et vite fait il y a 1 an à Découverte en vallée du Rhône… je suis « petit » vigneron vers Laudun… domaine OLiBRiUS
        On peut dialoguer en dehors de ce blog contact@olibriuswine.com

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  2. Je suis frappé par le mauvais état apparent de la vigne, avec beaucoup de manquants, dans une des photos. Est-ce un autre effet du « terroir » ?

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  3. Marco, le problème de cet exposé est que tu introduit trop d’éléments anecdotiques dans le machin. L’âge des structures géologiques par exemple. Quel impact différent entre un sous-sol (car le sol , là où se trouve l’essentiel des racines de la vigne, évolue tout le temps en fonction des cultures, de la pente, etc, et donc il n’a pas vraiment d’âge) qui a 1 million d’années et un autre qui a 10 millions d’années? Probablement aucun et, de toute façon, on n’en saura jamais rien. Donc c’est hors sujet. L’état du vignoble, en revanche, ne l’est pas. Des vignes malades, des manquants, de différences de porte-greffe, ou de méthodes de culture (sans même aborder la date des vendanges ou des techniques de vinification) auront plus d’influence sur le goût d’un vin que des nuances d’origine géologiques. C’est le gagne-pain des géologues, certes, et en tant que tel c’est respectable. Cela peut aussi intéresser d’autres personnes, à titre théorique.
    Pour ma part je n’arrive pas à croire que c’est très important dans la compréhension du goût d’un vin et je crois qu’il s’agit plutôt d’une construction a postériori pour tenter d’expliquer des différences de goût qui sont parfois réelles, bien qu’issues de perceptions subjectives, mais qui peuvent surtout avoir bien d’autres causes.

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    • Tellement merci David d’avoir de tels propos ! Je donne des enseignements dans les lycées hôteliers et dans des clubs œnologiques, et beaucoup sont friands de certitudes et de grandes lignes pédagogiques. On peut leur en donner quelques unes…mais le nombre de facteurs donnant le résultat final est…GRAND. Comme la grandeur du vin.

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  4. Marco a utilisé un cadre qui permet de mieux positionner les différents terroirs, en plan et verticalement. Ceci étant, les minéraux argileux peuvent entre très différents selon que l’on se trouve dans un matériau d’âge miocène, pliocène ou quaternaire. Leur surface interne peut être très variable, ce qui a une forte influence sur les échanges radicellaires. J’ajoute que cette dissociation que l’on fait ordinairement entre le sol et le sous-sol, autrement dit la roche-mère, est artificielle. Les deux sont intimement liés. Un sol sur granite n’a rien à voir avec un sol sur calcaire, et ainsi de suite…
    David, surtout restez sur vos positions, cela m’ennuierait de ne plus avoir d’interlocuteur opposant dans le domaine des terroirs…

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