Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Mill Bio 2016 (3ème partie) : la Beaujolais fever !

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Parmi toutes les folies nocturnes que nous proposent les vignerons exposant à Millésime Bio, il en est une que je ne manque sous aucun prétexte. Elle est l’initiative d’un groupe de jeunes vignerons plein de dynamisme qui nous proposent dans la bonne humeur de découvrir d’étonnantes bouteilles de leur production, des vins venus de tous les horizons du Beaujolais, crus compris, en bio bien sûr, dans des millésimes improbables parfois emprisonnés en magnum depuis plusieurs années, certains dans des appellations inattendues comme Beaujolais Nouveau, par exemple, ou Beaujolais-Leynes. Généralement, la soirée étant fort prisée et animée, je m’y pointe à l’heure précise indiquée sur l’invitation quand les bouteilles n’ont pas encore toutes été vérifiées mais qu’elles sont à température parfaite. Mais surtout, j’y arrive bien avant que le flot des soiffards-bouffeurs ne débarquent en masse !

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Une partie de la bande des jeunes bios du Beaujolais. Photo©MichelSmith

Commençons par une découverte : celle du Verre à Soi, un élégant bistrot que je ne connaissais pas encore, moi le régional de l’étape, un lieu chic et cosy comme on dit de nos jours pour ne pas dire confortable, sis en plein milieu de la montée (ou de la descente) de la rue Saint-Gulhem, artère piétonne archi commerciale qui, outre quelques hôtels particuliers, cache une Vierge noire nichée au coin d’une rue. C’est dans ce bar magnifique – il a un grand frère à Grenoble – que nous avaient donné rendez-vous en fin de soirée la bande de jeunes vignerons bio présents à Millésime Bio, épaulés pour la circonstance par Mélina Condy-Benedic, la très efficace attachée de presse d’Inter Beaujolais descendue spécialement de Villefranche-sur-Saône.

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Marco, en conférence avec Mélina. Photo©MichelSmith

Première tâche de la soirée, il s’agissait pour moi d’attaquer avec efficacité un vol (un flight disent les english) de Beaujolais blanc. D’emblée, le Domaine Saint-Cyr, représenté par le très grand (et costaud) Raphaël Saint-Cyr se distingue avec son seul blanc 2013, un vin plein de sève et de retenue. Bonne double prestation ensuite du Château de Lavernette situé aux confins du Mâconnais et du Beaujolais : leur 2011 présenté en magnum était frais, dense, un chouïa plus strict que le précédent, mais d’une longueur et d’une netteté remarquables. Le 1996 Les vignes de la Roche m’a paru bon mais un peu passé. Il est vrai que, contrairement à mes habitudes, pressé par le temps, je ne suis pas revenu dessus. Mea culpa. Presque dans le même secteur, le Domaine de Lalande représenté par Romain Cornin, avait quant à lui assuré avec deux millésimes frais et dispos, 2008 et 2010, bien assis sur leur belle acidité, ce qui revient à dire prêts à boire sur un brochet, par exemple, ou – cliché d’entre tous les clichés – sur une andouillette à peine crémée.

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Photo©MichelSmith

Pas de Beaujolais rosé à se mettre sous le nez, ce qui est à mon avis dommage. Pensez-y la prochaine fois les gars ! Résultat, c’est tout naturellement, et dans un désordre le plus parfait (mais après tout j’aime quand les hiérarchies se bousculent, quand un simple Beaujolais se fait meilleur qu’un Morgon) que j’ai abordé une série de rouges plutôt récents, donc jeunes. Les voici dans mon ordre (désordonné) de dégustation. Lavernette revient avec un Beaujolais-Leynes 2011 que j’ai trouvé un peu sec et manquant d’accroche. Arrive ensuite un Juliénas La Bottière 2011 en magnum du Domaine David-Beaupère aussi connu pour ses chambres d’hôtes. Un très beau vin, un peu austère au début, mais à la matière si généreuse et doublée d’une bonne longueur.

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Photo©MichelSmith

S’en suivent trois vins décevants que je cite car si je ne le fais pas on ne manquera pas de me le reprocher : Morgon Les Charmes 2013 Bret Brothers, Beaujolais Raisin Libre 2014 Thillardon et, si je me souviens bien du même producteur qu’il me semble pourtant avoir bien aimé lors d’une autre dégustation dans un autre millésime il est vrai. Pas de chance, leur Chénas Les Vibrations 2013 ne m’a pas fait vibrer une seconde. Rebelote avec le Beaujolais-Leynes La Souffrandière 2011 des Bret Brothers goûté il est vrai en fin de parcours. En revanche, j’ai grésillé de plaisir avec le Juliénas 2013 de David-Beaupère (moins avec leur 2012, trop sec à mon goût), et plus encore avec le Morgon 2013 de Claire et Fabien Chasselay dont les jolies notes de cassis étaient flagrantes. Retour au Domaine David-Beaupère avec un Juliénas La Bottière 2011 superbe de  matière, alors que le Beaujolais Bellevue 2012 du Château de Saint-Cyr, présenté en magnum, était tout juste plaisant dans sa simplicité. Un ton au-dessus, le Regnié Le Calvaire 2011 du même domaine, également en magnum se dégustait le mieux du monde : matière dense, serrée et petite longueur pour accrocher le buveur. En dépit d’une légère amertume (bois ?), j’ai été ravi de goûter le Juliénas Saint Antoine 2011 de David-Beaupère servi en magnum surtout grâce à belle intensité de la matière. Autre magnum et autre plaisir jubilatoire qui montre que l’année 2011 restera dans les mémoires, le Fleurie des Chasselay (voir plus haut), en dépit d’un côté souple, facile et discret, s’est montré réjouissant par sa saveur toute giboyeuse et son honnête longueur.

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Photo©MichelSmith

Maintenant, c’est au tour des « vieux » rouges. Le Beaujolais-Villages 1996 du Château de Lavernette sent l’antiquité, c’est vrai, mais il n’est pas pour autant mort et il est même sympathique d’approche. Le Juliénas 2005 de David-Beaupère (magnum) est logiquement plus long, mais un peu étriqué. Le Morgon Vieilles vignes 2009 de Noël et Loïc Bulliat (magnum) offre une belle matière grillée et ensoleillée, de la longueur et des tannins honorables. Du même domaine, le Fleurie Les Moriers 2010 (magnum) a en réserve une fraîcheur notoire, de la densité et de la longueur. Ces deux-là peuvent encore se garder en magnum 5 à 6 ans dans une bonne cave. Surprenant, le Beaujolais Nouveau 2010 (magnum) du Domaine Chasselay dispose encore d’une fraîcheur et d’une longueur honnêtes. En dépit d’une certaine pâleur de robe, on a envie de le boire sur un poulet fermier servi avec des champignons ! Quant à leur Côte de Brouilly L’Héronde 2008 (magnum), il confirme que ce domaine du sud Beaujolais plutôt bien noté du début à la fin est d’un intérêt certain : élégant, dense, serré, ferme, voilà du beau travail !

Gamay, quand tu nous tiens !

Michel Smith

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Des copains et des livres…

Avant de terminer, je rajoute quelques lignes pour commenter les dernières parutions de deux copains journalistes. Actualité oblige – je pense au Festival de la BD d’Angoulême qui s’est achevé il y a de cela quelques jours -, le premier ouvrage reçu l’autre jour, paru chez Delcourt, s’intitule Cognac et je me suis demandé un instant s’il n’avait pas été commandité par le Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC). Outre une intrigue somme toute assez banale (une jeune journaliste retourne dans son pays pour un reportage sur l’eau-de-vie charentaise, mais la vilaine curieuse s’intéresse en parallèle à un double meurtre), c’est une bonne excuse pour se promener du côté de Jarnac et de Cognac avec au passage une incursion dans les chais de Hennessy et Frapin. Rien de plus normal quand on sait que l’un des trois co-auteurs de l’ouvrage n’est autre que mon camarade Jean-Charles Chapuzet, un saintongeais pure souche qui vit et travaille à Jonzac où son épouse est fille de tonnelier.

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Un truc me chiffonne pourtant : le véritable héros de La part des démons, ce premier épisode de Cognac, semble être une petite automobile dont la marque est omniprésente ainsi que le logo jaune d’une mutinationale bien connue de la location de voiture. Le second ouvrage, lui, ne comporte à première vue aucune pub dissimulée. Sauf quand il nous livre des noms de châteaux ou des marques d’apéritif. Cosigné Alain Bradfer et Vincent Lalu, le Dictionnaire Insolent du Vin est certes instructif, mais ce n’est pas tout à fait le brûlot que j’attendais de ces deux-là. Émaillé de citations bien senties, édité par La Vie du Rail, maison que l’on n’attendait pas dans le monde du vin, le livre se feuillette au petit bonheur avec quelques entrées saignantes et inconvenantes à l’image de celles que je reproduis volontiers ci-dessous.

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La plus mignonne : Pinocchio (Faire une pipe à), désigne, selon l’expression due à Vincent Pousson, l’ingestion et l’appréciation positive d’un vin boisé. La plus vache : Pétillant naturel, le Pet’nat, au goût indescriptible, a dû naitre d’un accident de vinification dans une cave méridionale. Fait fureur chez les bobos. La plus convenue : Mâcon (Concours de), compétition improbable délivrant des médailles servant d’attrape-gogos à usage de la grande distribution. La plus drôle : Chanau Pierre, l’un des plus grands vignerons français, présent à lui seul dans 18 appellations. Traduit du verlan : Auchan (Pierre). Mais c’est un pur effet du hasard. La plus rosse : Latour (Château), seule filiale impossible à délocaliser de l’empire industriel de François Pinault, dégageant une marge nette de 500 %.

Auteur : Les 5 du Vin

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