Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Riesling, la paix d’Alsace (épisode 1er)

4 Commentaires

Allez, un peu de franchise ne nuit point : je ne connais pas autre cépage que le riesling qui, lorsqu’il est vinifié avec soin et sensibilité cela s’entend, laisse une telle impression de paix, de sérénité intérieure. C’est à peu de choses près la même ambiance que j’obtiens parfois lorsque je prépare mon thé vert Sencha Fukuyu bio afin qu’il me réchauffe le corps et l’esprit. Oui, en cela le riesling est bienfaisant. Et c’est encore plus le cas me semble-t-il avec le riesling vu par mes amis alsaciens. Il faut dire que c’est surtout dans cette province, patiemment découverte – un long et bénéfique apprentissage -, que j’ai appris à connaître les subtilités du cépage rhénan. J’aurais pu m’y intéresser en regardant au-delà des frontières et me laisser encore plus impressionner ? Probablement oui, sauf que le sort en a voulu autrement : l’Alsace est pour moi la terre bénie du seigneur Riesling.

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Cela faisait longtemps que, à l’instar de mes collègues de blog, je devais porter ma contribution à la passion que nous partageons tous pour le riesling. Alors, voilà quelques impressions sur des flacons récemment ouverts. Je vous assure néanmoins que j’aurais pu consulter tous mes carnets depuis les années 80 et vous sortir un livre entier tant ce cépage a su tenir une place prépondérante dans ma vie de chineur de vignobles. N’étant pas un savant érudit, je sais pertinemment qu’un tel ouvrage ne pourrait satisfaire que mon ego tout en me remémorant de délicieux souvenirs de gastronomie alsacienne et la présence de visages aujourd’hui disparus. Alors, voilà, je commence sagement et sans prétention par ma plus récente expérience. Et une pensée pour Richard Auther que j’ai perdu de vue depuis qu’il a quitté le vignoble provençal auquel il était attaché, le Domaine de La Courtade.

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Une bouteille, une seule, un cas unique dans ma cave que ce flacon de riesling millésimé 2000 ! Je le répète, pas même de deuxième bouteille à me mettre sous la main, sous le gosier devrais-je dire. Hélas ! Vous savez bien que je n’ai pas le talent de mes confrères journalistes pinardiers  et encore moins peut-être les bons mots, les mots d’esprit qu’il faut, les mots de commentateur-décortiqueur (aïe ! encore un mot qui n’est pas dans le dico !), les mots qui claquent, qui interpellent, les mots justes qui font mouche. Laissons tout cela aux experts, aux spécialistes, et buvons sagement, tel que nous l’entendons, tel que nous recevons les choses. Ce que je viens de faire un soir de blues où j’ai redécouvert ce vin enchanteur, ce vin parfaitement pacifiste, et même bouddhiste (n’ayons pas peu des mots !), de celui qui vous fait dire en votre for intérieur que tout va bien, que le calme est revenu, qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter, qu’il convient de s’apaiser, de se laisser aller.

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C’est Richard qui, il y a plus de 20 ans, m’a fait connaître le vignoble familial qu’il surveillait de très loin. Autant le dire de suite, le vin en question se boit sans retenue, donc il est bon. Mais je ne vais pas m’arrêter là. Et tandis que je regarde dans un vieux débat télévisé le beau visage de Clémentine Autain, débat ponctué de la tonalité de sa voix claire et limpide, j’éprouve une envie folle de décrire ce vin. Alors, sans sombrer dans la facilité du cliché (la digestibilité, la sapidité, la buvabilité, la minéralité, la désidérabilité…), d’un liquide jaune bouton d’or teinté de soleil, je constate, tout en le sirotant, comme une évidence propre à bien des rieslings : c’est fou ce que ce vin déjà « vieux » peut être fougueux et alerte ! Ce ne sera qu’au terme de trois jours de vidange, que le jus concèdera à s’oxyder quelque peu et perdra par la suite, petit à petit, de son élan, de sa magnitude tout en restant pourtant ancré dans sa profondeur. Tel un pur sang que l’on aurait mis au repos dans son enclos pour une retraite bien méritée.

Et puis il y a autre chose. Je ne peux détacher mon regard de l’étiquette que je trouve assez proche du style du vin : une simplicité et un dépouillement affichés, tout juste agrémentée d’une cigogne dessinée également sur le liège qui protège le vin depuis sa mise en bouteille. J’ai toujours félicité Richard pour la justesse de son étiquette exempte de fioritures. Oui, il faut parfois illustrer le vin ! Ici quelque chose symbolisant l’Alsace et la prédominance de ses grands crus. L’appellation, justement, ne l’oublions pas : Alsace Grand Cru Winzenberg juste au dessus du clocher de Blienschwiller, un sol granitique à deux micas. Quant au millésime 2000, il est quelque part mythique… Je ne sais ce qu’est devenu le Domaine Auther dont je ne trouve aucune trace sur la toile. Revendu ? Amis alsaciens, à vos claviers…

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Un après-midi de chien. Dehors, il vente et par intermittence il pleut. On a la désagréable impression que la maison tremble, bref, il fait un temps à ne pas mettre chats et chiens dehors. Tandis que les parfums de l’osso buco de Brigitte achèvent de me réchauffer le corps et d’exciter mon esprit, je me dis qu’il n’y a qu’un blanc qui puisse suivre le plat avec honneur. Je n’ai qu’à plonger mon bras au hasard de ma collection de rieslings pour tomber pile sur le 1997 de Marc Kreydenweiss. Bonne ou mauvaise pioche, je ne peux m’empêcher un moment d’hésitation avant l’ouverture. D’autant que je remarque, presque cachée, la mention Vendanges Tardives. On ne va tout de même pas boire ça sur un osso buco ? Puis je me dis que peu importe, qu’après tout un grand riesling est toujours capable de prouesses inattendues. En outre, il s’agit du superbe millésime 1997 ! Plus question de l’oublier : en vieux conservateur égoïste que je suis devenu avec l’âge, cette bouteille sera ouverte sur le champ ! J’avoue que j’ai déjà hâte de revisiter l’atmosphère médiévale du village des Kreydenweiss, mais j’ai en tête cette lancinante question d’amoureux transi : que peut donc bien donner ce vin dans ce millésime mythique sur les fortes pentes de ce très vosgien grand cru d’Andlau, le Wiebelsberg (12 ha, bénéficiant en moyenne de 1.637 heures d’ensoleillement par an), dans sa version riesling choisie qui plus est en VT chez un vigneron fort, déjà à l’époque, d’une bonne expérience de la biodynamie ?

Blondeur presque vénitienne, est-ce sol de grès sableux qui en serait la cause ? Mais dès l’attaque, on sent une forme de rondeur inattendue très rapidement contrée par des notes éclatantes de fraîcheur mêlée à la douceur d’un miel de pâturages et de fruits blancs en compote, de pomme caramélisée aussi. La longueur est certes au rendez-vous, mais sans excès. Aucune impression de sucre, ou alors très peu, une légère sensation tannique proche de la peau fripée du raisin et cet incomparable sensation d’un bon « nettoyage » de bouche qui fait de ce vin, après l’osso buco, un parfait compagnon de cigare. C’est ainsi que j’ai achevé la bouteille : en compagnie de mon dernier Siglo IV Cohiba acheté au temps où je gagnais assez d’argent pour me l’offrir (à l’unité, je précise !), à temps pour entamer un long match gustatif qui se déroulera tout en finesse. Le vin m’accompagnera pendant quatre ou cinq jours par la suite, sans cesser de frapper ma curiosité.

Je pourrais m’arrêter là, m’en tenir à ces deux exemples. Et je ne manque pas de munitions. Alors, la suite au prochain numéro, comme on dit dans les feuilletons…

Michel Smith

Photos ©MichelSmith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

4 réflexions sur “Riesling, la paix d’Alsace (épisode 1er)

  1. Merci Beau Ténébreux, pour cette magnifique déclaration d’amour. Un jour, quand tu auras passé la phase de prime jeunesse qui est la tienne, tu iras en Allemagne pour taster les rieslings qui ont une autre définition, que ce soit chez Loosen, Dönnhoff, Wassmer, Huber, Prüm, Kesselstadt, Müller, Von Volxem.

    Aimé par 1 personne

  2. Magnifique, rien à rajouter! La journée a bien comencé.

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  3. Pingback: Riesling d’Alsace, fichez-lui la paix ! (3eme et dernier volet) | Les 5 du Vin

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