Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Nature mais «civilisé» !

11 Commentaires

Il est actuellement impossible de passer à coté des vins dits Naturels, certains restaurateurs et cavistes, beaucoup de blogueurs semblent ne jurer que par eux. Pour les avoir fréquentés souvent, je les sais sincères, et pas forcément illuminés. Je ne suis pas une anti et, si, je les goute et bois encore régulièrement, et en apprécie vraiment beaucoup, je ne suis pas pour autant une inconditionnelle de ces vins. Tous ne sont pas bons, évidemment non, mais pour autant la proportion de mauvais vins est-elle plus importante que dans les vins traditionnels, difficile à dire ? Peu importe, je ne me prive pas de continuer à gouter et à boire tous les vins qui se présentent à moi, qu’ils soient natures ou pas, et, je n’ai pas peur de reconnaitre, que loin de les trouver ennuyeux, je prends beaucoup de plaisir à boire beaucoup de vins conventionnels. Et, pour moi, un des critères de sélection reste mon palais de telle sorte que je pourrai faire mienne la théorie de Michel “Et si le vin est bon… le vigneron l’est aussi » avec la condition de répétition qu’il y ajoute. J’aime ou pas, et, c’est tant mieux, si quand j’aime je vérifie que le vigneron est respectueux de son terroir et n’utilise pas d’intrants, ect, ect… même si je ne suis pas non plus naïve au point de croire et de prendre pour argent comptant tout ce qu’on nous raconte… Ceci dit, il n’en reste pas moins que comme le faisait remarquer Hervé : « Bien sûr, on n’a pas le moyen de tout savoir. Mais quand on sait, on se dit: n’y a t-il que le résultat qui compte? ».

Si je vous explique tout ça, c’est parce que bien que sans souffre, NOSODOS n’a pas le profil d’un vin nature tel que nous l’entendons : il est bien trop civilisé pour ça, trop technologique dans son élaboration. Il n’empêche, c’est un vin nature, sans soufre et je le défends envers et contre tous, car je le trouve séduisant, sincère abouti, sain, sans prétention et susceptible de plaire à un public très large. Certes, il ne finira pas dans le verre de francs-buveurs, mais, nous avons aussi besoin de ce style de vins si nous voulons voir s’élargir la consommation.

Je vous ai déjà parlé de ce domaine et de Josep Maria Albet i Noya à l’occasion du Classic Penedès, la famille Albet i Noia s’est installée en 1903 et on se trouve maintenant à la 4ème génération de viticulteurs, produisant des vins et des Cavas exclusivement biologiques depuis plus 30 ans.

Josep M» Albet i Noya delante de la masia junto Kenia su perro muestra sus vi–as (Albet i Noya) pioneras en vi–as y vinos ecologicos on June 25, 2009 in Sant Pau d«Ordal, near Barcelona. AFP PHOTO / JOSEP LAGO

Josep Albet i Noya ( Photo Josep Lago)

Tout le monde en Catalogne connait Josep Maria, un homme sur de lui, pionnier de la viticulture biologique en Espagne, un vigneron qui a travaillé dur pour positionner son domaine et imposer ses convictions. Je ne vous parlerai pas de ses engagements politiques, même s’il ne s’en cache pas, le vin, ne possède pas de couleur politique ! Mais lui est un indépendantiste convaincu ! Si j’explique ça, c’est pour faire remarquer, que chez lui, il ya des convictions bien ancrées et que s’il élabore des vins natures ça n’est pas histoire de récupérer « le truc » et de faire « du beurre » ; Josep Maria n’a rien d’un industriel pinardier, même si beaucoup le présentent comme tel. C’est en 1978, qu’il se décide, à cette époque, personne ne le prenait vraiment au sérieux, mais aujourd’hui, avec son frère Toni, il exploite plus de 100ha de vignoble en bio, donc rien d’artisanal. Le domaine est situé dans les Costers del Ordal, entre la plaine de Vilafranca et la montagne du Garraf. Depuis 2000, il travaille à la récupération de cépages catalans presque disparus, un ambitieux projet de cultures expérimentales portant entre autres sur des variétés de vignes existant avant la dévastation du vignoble du Penedès par l’épidémie du Phylloxera à partir de 1888 ; il en travaille déjà une trentaine; après dix ans, un cépage blanc et deux rouges ont ainsi été intégrés aux assemblages et sont même parfois vinifiés seuls :

  • Marina Rion (1,5 ha) : une variété qu’il a baptisée du nom de sa grand- mère. Donne des vins à forte acidité et aux arômes très frais qui évoquent ceux du riesling.
  • Belat (2 ha) : qu’il a baptisé en référence au domaine (Belat est un jeu de mot d’après Albet). Il produit des vins peu colorés, aux tannins suaves et à l’acidité rafraichissante, sans oublier un très beau fruit.
  • Arinarnoa (1,5 ha) : un croisement, entre Tannat et Cabernet Sauvignon. Il produit des vins très colorés, concentrés en arômes, puissants mais aux tannins souples. Josep María pense pouvoir élaborer de grands vins avec ce cépage dans le futur.

Il est très fier de sa vigne expérimentale, composée de 7 cépages différents, dont il ne connait que le nom de deux: «  garrut et bellesa » ; le nom des autres cinq reste inconnu, se sont de vieux viticulteurs de la zone qui les lui ont amenés. Il les vinifie à part, les met en bouteilles et les envoie à un certain nombre de personnes dont il recueille les impressions. Pour l’instant, il a retenu deux cépages blancs et un rouge, il ignore encore s’il pourra retenir les autres!

Un projet encore plus ambitieux a démarré en 2007: il s’agit ni plus ni moins que de redéfinir la biodynamie. Actuellement, un seul vignoble est travaillé entièrement selon les principes biodynamiques de Steiner. Josep María a des idées bien arrêtées: il veut pouvoir étayer scientifiquement tous les traitements que recommandent les principes biodynamiques avant de passer au tout biodynamique. Selon lui, il y a déjà bien assez de religions pour qu’il ne s’affilie à une nouvelle…

Depuis qu’il est Président l’Appellation d’Origine Contrôlée Penedès. (juillet 2011), il n’a qu’une idée en tête: la convertir toute entière en BIO.

Mais revenons–en à notre bouteille.

La gamme NOSODOS+,  est la plus naturelle du domaine : elle se compose de deux vins de Xarel.lo, un blanc sec, très expressif et vif et un vin effervescent, celui qui nous intéresse aujourd’hui.

NOSODOS+ Brut Natural 2013

2011 a été la première année de production de cette cuvée.
Nosodos veut dire sans soufre.

Elle est élaborée à partir d’un vin de base 100% xarel.lo partiellement éraflé, issue d’une très bonne vigne de 25 ans : « Can Milà de la Roca » dans les Costers d’Ordal. Cette parcelle est idéale, elle offre un raisin de grande qualité, concentré grâce à des rendements faibles. Le sol est calcaire pauvre en matière organique et traité avec des techniques de biodynamie ! C’est toujours sa passion pour ce cépage qui le pousse à aller chercher sa meilleure expression.

Pour réussir à élaborer cette cuvée sans soufre, Josep Maria explique qu’il lui a fallu non seulement travailler la vigne en Bio, sélectionner les raisins très sérieusement, mais surtout, durant la vinification, maintenir un très haut niveau d’hygiène afin d’éviter quelconque contact avec l’air et empêcher ainsi une rapide oxydation: il a fait un nature « civilisé », sans aucune trace d’oxydation. Eh, oui, c’est un interventionniste en vinification.

Un effervescent élaboré selon la méthode ancestrale. Mis en bouteille sans ajout de sucre ou de levures, il a été conservé à une température constante de 16º. La deuxième fermentation se fait naturellement en bouteille, grâce aux sucres résiduels (méthode ancestrale). Stabilisation par le froid durant l’hiver- les bouteilles sont stockées à la température extérieure.
Il ne reste plus qu’à dégorger (sans ajout de liqueur de dosage).

Vol : 12º

espumos_nosodos_1

J’aime sa légèreté et son caractère fruité, sa robe jaune pâle à reflets verts, printanière.

Au début, la bulle paraît peu abondante, mais elle se développe peu à peu. En bouche, elle manque un peu de finesse, j’en ai parlé avec lui, il en est conscient, mais sait comment y remédier. On l’oublie très vite tant les fruits blancs bien murs à la fois nous rafraichissent et à la fois nous séduisent. Il est sec, gourmand, tonique et déborde de vie, dynamique quoi.
Très bel équilibre entre acidité et maturité. Un très joli vin étonnant de vivacité!

Idéal à l’apéritif. Accompagne à la perfection fruits de mers, les sashimis ou encore le fromage de chèvre frais.

Servir à 8°c.

Production : 4000 bouteilles,

Prix:  14,95€

 

Si vous voulez en savoir davantage sur la personnalité de Josep Maria Albet i Noya, allez lire : http://www.bloomberg.com/news/articles/2015-09-25/catalonia-s-election-the-grapes-of-independence

Je ne sais pas s’il a mis «l’anarchie» en bouteille, mais ses vins sont naturels et bio, il ne fait pas que reprendre certains codes, même s’il est vendu dans les grandes surfaces, mais pas seulement. Ça n’est pas négatif de conclure que c’est l’exemple d’un bon vin tout public !

 

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

11 réflexions sur “Nature mais «civilisé» !

  1. Bon dia

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  2. Et le rión est disponible chez Soif d’ailleurs, bien sûr !

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  3. Au moment où il est difficile de trouver un bon champagne à moins de 20€, il est bon d’aller « fouiller » ailleurs. La démarche du camarade Albet est intéressante, la recherche de cépages oubliés (reste à savoir pour quelles raisons) peut apporter une originalité afin de se démarquer des cavas qui singent les champagnes, quand ils sont principalement à base de chardonnay et pinot noir, même s’il en existe de très bons. Les cavas à base de xarel.lo, parellada et macabeu, cépages locaux (avec parfois du chardonnay), me paraissent les plus intéressants. Inutile de les comparer aux champagnes, ce sont d’autres produits authentiques et originaux. Hélas, les Français étant hermétiques aux vins étrangers, les cavas de qualité ne sont quasiment pas importés dans l’Hexagone. Quel dommage! Le prix du kilogramme de raisin en Champagne étant de l’ordre de 6 à 7€ (à vérifier) et comme il en faut 1,5 kilogramme pour produire une bouteille, soit environ 8 à 10€ de « matière première » selon le classement en GC, 1er cru, ou pas de classement, on arrive rapidement à un minimum de 14€ par bouteille, quelle que soit la qualité du vin. En Espagne, principalement en Catalogne, je crois que le prix du raisin pour produire du cava est de l’ordre de quelques dizaines de centimes d’euro. Cela explique la différence de prix. Du coup, il est aisé de trouver d’excellents cavas à moins de 15€, j’en connais des dizaines, qui peuvent rivaliser largement avec des champagnes deux, trois, voire quatre fois plus chers, rivaliser j’entends, au niveau du plaisir apporté. Pour ce qui est de la démarche vin « nature », sans aucun doute sincère, même si la politique est présente avec l’estelada, symbole de l’indépendance de la Catalogne, il est plus facile de produire des raisins sains dans cette région sèche où la tramontane est bienfaitrice après les orages, donc, plus aisé de produire des vins sans ajout de SO2, et c’est tant mieux. Pour ce qui est de la chaptalisation, la Champagne, il faut bien le reconnaître, profite largement de l’industrie sucrière locale, pour les régions méditerranéennes, le problème est inverse, on a tendance à acidifier. Recaredo s’enorgueillit de ne pas acidifier ses cavas, qu’en est-il d’Albet i Noya, excellente maison aussi? Mais peu importe, pourvu que le plaisir soit présent. Chacun à son argument de marketing. Un salon « Bulle » aura lieu les 20 et 21 juin au Parc Floral de Vincennes, salon de vins effervescents du Monde entier, le premier du genre en France, semble-t-il. C’est une excellente initiative, en espérant que les tarifs exorbitants des stands ne fassent pas la part belle aux grandes maisons. Au moment où le prosecco et le cava commence à faire de l’ombre au champagne, c’est très bien pour la concurrence.

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    • Vous avez raison, il existe de très bons cavas à des prix très abordables, aux alentours de 15€, et ceux à base de xarel.lo, parellada et macabeu sont les plus intésessants. Le prix du Kg de raisins est de l’ordre de 0,35cts le kg, j’ai déjà écrit un papier là-dessus. Recaredo est pour moi l’un des meilleurs, mais il y a aussi Castell Roig, Pares Balta, Alta Alella, Gramona, Juve & Camps… il n’en reste pas moins qu’Albet i Noya, même si bien plus « gros » que Recaredo, est sincère dans sa démarche, bien sûr il a besoin d’écouler sa production, on parle de 100hectares, mais sa gamme est des plus satisfaisante et accesible à tous. Il n’acidifie pas, et oui le plaisir est présent.
      Je n’étais pas au courant de ce salon « Bulle », à suivre.
      Le prosecco est de plus en plus présent en France, le cava a du mal à se faire une place, sans doute parce que les meilleurs ne sont pas importés. Recaredo est présent avec d’autre très bons cava, chez VINS DU MONDE et LAVINIA.
      Merci pour vos commentaires.

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  4. Comment corriger les fautes d’orthographe quand on a déposé un commentaire?

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  5. Pour corriger ses fautes après coup, c’est difficile, désolé. Hervé à peut-être une solution ?

    D’autres importent de très bons cavas en France. Plaisir du Vin (basé à Agen mais avec des boutiques dans d’autres villes du sud-ouest) a Peres Balta par exemple. Puis Soif d’Alleurs (à Paris) déjà mentionné et surement plein d’autres.

    Je n’aime pas la mention « nature » car je ne sais pas ce que cela signifie, et ce n’est nullement une garanti d’une quelconque qualité. Disons que c’est plutôt une posture politique. Mais cela ne m’empêche pas d’aimer certains vins étiquetés ainsi, et Albet y Noya en font des bons.

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  6. Bon, tant pis pour l’impossibilité de corriger ses fautes, l’important est de se faire plaisir avec le vin et si possible dans la diversité, l’uniformité conduit toujours à l’ennui. Je dois dire que j’apprécie depuis longtemps les cavas et ceux d’Albet i Noya (l’une de leurs cuvées est d’ailleurs offerte en apéritif chez les frères Roca, c’est tout de même une référence), dont je respecte la démarche sincère, d’autant qu’elle est accompagnée de produire « nature », avec, cependant, le soucis de ne pas nuire à la qualité et c’est à souligner. Mais en utilisant le mot NOSODOS, c’est montrer une différence. Est-ce vraiment utile? Et puis « nature » , comme l’écrit David, n’est nullement une garantie de qualité. C’est toujours l’éternel débat.
    En tout cas, faire la promotion du cava est une bonne initiative, Marie-Louise a entièrement raison, reste ensuite à convaincre les amateurs de vins à en acheter. Et c’est pas encore gagné. Pour l’importation, on n’est jamais aussi bien servi que par soi même. Il suffit de se rendre à Sant Sadurni d’Anoia.
    Et maintenant, David, à quand le sparkling?
    Ci-dessous, le lien pour Bulles Expo, sachant que je n’ai rien à voir avec les organisateurs. Ce message n’est donc pas une pub déguisée.
    http://www.bulles-expo.com/

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    • OUI, c’est l’éternel débat, le mot Nature ne garantit pas la qualité, d’un vin, je suis bien d’accord avec vous, d’autant qu’aujurd’hui les vins dits « natures » se multiplient, chacun doit y trouver son bonheur ou pas! J’imagine qu’il a choisi de l’appeler NOSODOS pour se positionner, Josep Maria affiche toujours publiquement ses príncipes, il a voulu démontrer qu’il était lui aussi capable de faire un vin sans soufre!
      Merci de soutenir la cause du cava, et merci pour le lien!

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  7. M. Albet i Noya est un fervent partisan de l’indépendance de la Catalogne, ce qui est son droit le plus strict, mais on est aussi en droit de ne pas être d’accord.

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    • Bien entendu, mais ses vins ne sont pas à écarter pour autant et d’ailleurs heureusement pour lui, qu’il n’y a pas que des Indépendantistes qui les consomment et les apprécient.

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  8. J’ai lu une interview de lui, sous le drapeau étoilé de la future Catalogne indépendante, qu’il se prépare déjà à moins vendre en Espagne et à conquérir d’autres marchés. C’est son combat, respectable. Mais comme Hispanophile, je ne le suivrai pas dans cette voie. Je préférais le vigneron audacieux que j’ai connu dans les années 90, et qui parlait de vin et de nature. Cela ne change rien à la qualité de ses vins, bien sûr, mais comme je n’aime pas qu’un acteur m’assène ses opinions politiques, religieuses ou ses tendances sexuelles, je n’aime guère qu’un vigneron mélange vin et nationalisme.

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