Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Valses-hésitations… en bouteilles

5 Commentaires

J’hésitais entre plusieurs titres. Un très vin correct : « La Pape est mort ! » à propos du décès récent d’Henri Bonneau, l’un des papes de Chatô9, ou encore « Je n’ai jamais aussi bien prononcé Molenbeek que depuis quelques jours», en référence au nom de la ville belge que certains voient comme un sanctuaire de terroristes. J’en avais d’autres comme ça. Mais a-t-on vraiment, en ce début de printemps, le cœur à sourire ? Voire même à être trop sérieux ? Pourtant, comme mon Pépé disait lorsqu’un drame survenait, « la vie continue ». Ce qui ne m’empêche pas d’invoquer de nouveau ces fameuses valses-hésitations. Que dire face à l’événement qui enflamme quotidiennement notre cerveau ? Détourner la face devant les reportages amateurs filmés au portable ? Que faire face à l’actualité ? Que penser des corps déchiquetés que l’on ne connaissait pas et qui jonchent le macadam de nos rues ?

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Franchement, je n’ai jamais d’opinion franche lorsque survient la dégueulasserie, sinon le goût de sortir des conneries, des immondices parfois, des invectives bêtes à pleurer. Alors je m’éclipse et me recroqueville. Puis comme d’habitude, j’en appelle au vin. Lui seul peut trancher dans une telle situation. Lui seul peut me ramener à la réalité. À l’instar de cette Manzanilla de Barbadillo achetée pour des clopinettes de l’autre côté de la frontière où, heureusement, tout le monde peut encore se faufiler sans avoir l’impression de passer d’un pays à l’autre tant l’idée d’Europe – une Europe si fragile – fait son chemin vaille que vaille et quoiqu’en coûte le sang. Bon dieu que j’aime ! Ça se boit avec une telle facilité qu’à quatre personnes, tandis que la conversation monte, la bouteille se vide avec tout et rien à grignoter : olives, fricandeaux, tapenades, chorizo, etc. Frais et délicat, plutôt léger en plus, juste ce qu’il nous faut par les temps qui courent. La conversation se libère.

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Est-ce vraiment le moment pour un grand classique en bouteille ? Pas vraiment. Alors, j’hésite, je tergiverse, je saute du coq à l’âne et je me souviens d’un Gigondas (de négoce, si mes souvenirs sont bons) qui, sans m’émerveiller, avait le don de m’esbaudir. Frais et volontaire, il m’avait frappé au coin du bon sens par son allure espiègle et quelque peu fraîche dans un millésime aussi chaud que 2009. Frappé au point d’en piquer un exemplaire au Syndicat du cru afin de mieux le revoir plus tard. J’explique tout de suite aux mauvais coucheurs que la pratique est courante chez moi et qu’elle me permet (de moins en moins maintenant) au fil des ans de me conforter dans l’idée que je me faisais d’un vin, qu’il soit bon ou mauvais d’ailleurs.

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Celui-là, visiblement vendangé à bonne maturité, c’est-à-dire pas trop tard, est toujours frais et dispos, s’exprimant avec brio, équilibre et légèreté, non sans structure et matière. Au point qu’il paraît même un peu trop « light » pour certains buveurs. Pensez-vous ! Pour ma part, il est dans le ton de ce que j’aime, puisque je le bois sans retenue et avec plaisir. Un autre rouge s’impose, histoire de marquer le coup, histoire de penser encore un peu plus à nos amis belges. Ce sera le très grenache Collioure d’un certain Pierrot Gaillard, vigneron à Malleval (Côte-Rôtie) « et autres pentes », comme il le précise lui-même puisqu’il aime les vignes de schistes cultivant quelques parcelles à Faugères et Banyuls-sur-Mer.

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Le 2007 que je viens d’ouvrir, cuvée « Serral », est un des premiers millésimes d’un domaine assemblé en 2002 par Pierre, et c’est probablement le plus abouti, sous réserve de goûter d’ici quelques années les autres millésimes de cette cuvée. D’ailleurs, au passage, Pierre, si tu nous lis, une verticale (mon sport favori) serait la bienvenue ! J’ouvre grandes mes papilles et je sens que le vin a du mal, qu’il aimerait bien mais qu’il ne peut point. Alors, je lui laisse un peu de temps tout en touillant le verre pour le goûter finalement sur le tard, bien après les premiers commentaires. Et il est sacrément bon, s’ouvrant qui plus est magnifiquement dans le verre, chaleureux et velouté, parfaitement à l’aise dans sa température imposée (15°), aimable, gracieux et ouvert. Un vin qui sent bon l’amitié.

Aucune conclusion à apporter après ces expériences quasi quotidiennes et d’une grande banalité pour le Lecteur. Si ce n’est que le vin est libre. Libre comme nous le sommes. Libre de s’exprimer sans tabous, libre de se déshabiller, de se montrer, de parader, de manifester, de se moquer. Comme nous, libre comme l’air. Alors, respirons-le et, par les temps qui courent, buvons-le jusqu’à la lie ! Continuons de vivre.

Michel Smith

(Photos©MichelSmith)

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

5 réflexions sur “Valses-hésitations… en bouteilles

  1. Bonjour, Michel. Spleen heureusement atténué par ces vins dans lesquels se trouvent toujours les ingrédients qui constituent cette liberté que vous mettez en évidence. Juste deux précisions : Lavau est effectivement un négociant et le Gigondas que vous avez ouvert a toute chance de résulter d’un achat de vin auprès d’un producteur de ce cru et non pas d’une vinification de raisins récoltés par cette maison ou achetés. Leur cave est tout près de cette commune, à Violès, au sud du Plan de Dieu. Malleval n’est pas en Côte-Rôtie, mais bénéficie à la fois de l’AOP Condrieu et Saint-Joseph. Ce qui n’enlève rien aux vins de l’excellent Pierre Gaillard…Vivez !!

    Aimé par 1 personne

    • Merci Georges de ces précisions. J’ai souvent trouvé que les vins choisis par Lavau étaient justes et précis, un travail de négoce comme j’aime. Il doit y avoir un effet Plan de Dieu ! Quant à Pierrot, je l’ai connu alors qu’il travaillait pour Guigal et qu’il vinifiait de beaux Côte Rôtie, ce qu’il fait toujours d’ailleurs, en plus de Saint-Joseph, Condrieu et Côtes du Rhône…

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      • Autre précision : il paraît qu’à propos de la « ville » de Molenbeek il eut été plus précis de ma part d’évoquer une « commune de Bruxelles », un « quartier » pour d’autres. Je m’en excuse auprès de mes amis belges.

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  2. Michel, Molenbeek est l’une des communes de l’agglomération bruxelloise
    Marco

    Aimé par 1 personne

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