Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Le jour où JPC est parti, je découvre la premiumisation !

8 Commentaires

Pas possible ! Ils l’on fait ! Ils ont osé !

Évidemment, ils ne pouvaient savoir.

Alors, comment leur en vouloir ? Et pourquoi les accabler ?

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Leur truc – car ce n’est autre qu’un vulgaire truc de marketing  que l’on doit apprendre dans les écoles de commerce -, leur dossier de presse qui n’en est pas un, est probablement parti quelques heures avant que l’on apprenne la triste nouvelle. Et si j’ai choisi d’en parler, ce n’est pas parce que j’en veux aux viticulteurs dont le travail consiste à s’occuper de leurs vignes, mais parce que les stratèges de leur agence de pub (ou de markétinge) font une fois de plus dans tout ce que je déteste. En outre, je reçois ça à travers la gueule le jour où j’apprends la mort d’un homme bon, un gueulard, un comique, mais un bon gars, un gentil, un généreux. Je sais, leur entreprise, plutôt leur démarche, est symbolique d’une époque. Époque où la com de mauvais goût, celle des années 80, continue de nous saouler avec du n’importe quoi revu à la sauce 2016 : du vin placé dans des cases, des icônes, des premiums (oui, avec un « s »), des authentiques, des incontournables, des étiquettes à la fois drôles, classiques, fleuries, bio, innovantes, j’en passe et des pires.

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Fallait juste que je vous le dise : le jour où Jean-Pierre est mort, cette communication d’arrière-boutique et de marchand de tapis, cette réclame même pas digne d’un Marcel Bleustein-Blanchet, cette pub d’un autre temps colle toujours à la peau des agences dites spécialisées. Faut dire que le pépère JPC que j’ai fréquenté peu de fois, mais que je respectais et que j’aimais pour son rôle fétiche de trublion de la bouffe, de la bonne bouffe, ce gars qui me faisait sourire à chacune de nos rencontres, faut dire qu’il en a fait des tonnes de son côté en s’alliant pour le pognon avec des gros tiroirs-caisses de la grande distribution. Mais voilà, je savais que le fric récolté était réemployé pour faire du bien autour de lui, et aussi pour faire travailler des jardiniers ou des artisans, alors je ne lui en voulais pas. D’ailleurs, comment en vouloir à un homme libre ?

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Oui, on peut dire qu’ils ont choisi le jour ! Je n’avais pourtant rien demandé. Le matin où j’apprends que ce gourmand-partageur-marchand-de-bonheur est parti rejoindre son pote Jean, le gars de Bourgueil, voilà que le colis débarque alors que je m’apprête à célébrer dignement le grand voyage. Un coffret du plus mauvais goût arrive à ma porte, imitation Gucci ou Vuitton, le skaï luisant en remplacement du cuir fin, un coffret renfermant deux premiums (toujours avec un « s ») prétentieux. Dedans, deux bouteilles et une bougie sensée reproduire durant ma dégustation les parfums qui embaument les chais de Buzet. Bref, tout pour me plaire… Certes, je ne sais plus quand au juste le grand pourfendeur de la malbouffe nous a quitté – ce devait être durant le week-end précédent dans sa grande maison proche de son marché favori, celui de Châteaudun – mais choisir ce jour où j’apprends la nouvelle, ils manquent pas d’air les gars de Buzet !

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J’ai ouvert le rouge par la suite pour le taster (du bout des lèvres) : c’est un vin de 2012 taillé dans la barrique, parfait pour arroser les marchés où l’on se soucie plus du bois que du vin. J’ai donc compris une fois goûté que le mot premium désignait une qualité de vin fortement boisé, ce qui pour moi revient à dire qu’il est imbuvable. Je sais, il ne s’agit là que de mon goût de vieux con. Reste que la montée en gamme à laquelle nous assistons, la conquête des parts de marché tous azimuts, le haut de gamme, le relèvement des prix, tout cela m’inquiète. La premiumisation est en mouvement et cela n’entraîne que la surenchère. De quoi faire travailler toute une nouvelle génération de communiquants.

Alors vive les vins premium !

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Et puis est venu un autre élément : la lecture d’un article usant dans son titre d’un nouveau mot hideux, la premiumisation. Non, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, mais Michel Chapoutier en personne, à moins que ce ne soit quelqu’un d’autre. Si vous voulez prendre une leçon de marketing, lisez donc l’article de Vitisphère. À mon sens, il en dit long sur ce que sera la segmentation du vin en France. Cette époque qui me révulse a commencé à semer ses graines bassement mercantiles au début du millénaire et si vous voulez mon avis, on n’est pas sorti de l’auberge !

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Heureusement, il me reste des vins de vignerons, des vins que l’on boit à la régalade, des vins de sourires et de baisers, des vins d’amitié. Comme ce Côtes du Frontonnais 2002, du Château de Plaisance, cuvée depuis devenue Fronton tout court. Un vin du Sud-Ouest (comme Buzet) que JPC n’aurait pas renié.

Michel Smith

PS À propos du camarade Jean-Pierre Coffe, je vous conseille de lire ce que Hervé Bizeul a ressenti en apprenant sa mort. C’est ici et je n’ai rien à ajouter.

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Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

8 réflexions sur “Le jour où JPC est parti, je découvre la premiumisation !

  1. Utiliser les vins haut de gamme pour élever la qualité moyenne d’une appellation n’est pas une nouveauté, non? Se servir du meilleur, fût-il infime, pour vendre toute la production n’est plus une invention de marketing. La Bourgogne est un magnifique exemple avec ses moins de 2% en grands crus pour vendre les 98% dans les étages inférieurs de la pyramide des AOC. Alors qu’est-ce qui te choque vraiment? Le mot « premiumisation »? (c’est vrai que c’est imprononçable et peut-être contagieux). L’usage de la locomotive dans le marketing? Ou bien le mauvais goût (à priori mauvais) d’une campagne de pub pour Buzet? Ou tout simplement le marketing en général?
    Michel, je te remercie d’avoir mis le lien vers l’hommage rendu à Jean-Pierre Coffe par Hervé Bizeul que je trouve remarquable et à faire circuler.

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  2. Bonjour,

    Je ne comprends pas votre acharnement sur Buzet qui semble vouloir faire des choses plutôt jolies à mon sens. Je ne comprend pas pourquoi vous parlez de JPC non plus parce que le pauvre homme n’a pas choisi de mourir le jours de la réception de votre colis non ? Et puis vous dites que JPC redistribuait l’argent qu’il gagnait grâce à la grande distribution en faisant travailler ses ouvriers et ses jardiniers, mais vous êtes hors sujet monsieur ! Buzet c’est une coopérative qui fait vivre tout les viticulteurs qui sont derrière au cas ou vous l’ignorez ! Mais la déco chez vous que l’on voit en arrière plan d’une photo ne laisse pas présager un goût certain pour les belles choses j’imagine 🙂

    A bon entendeur,

    JLC

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    • Cher Monsieur JL de C du Buzet de la Cave vous en buvez ? Moi, je préfère nettement les petits vignerons alentours comme Tissot ou le domaine de Pichon. Et Michel n’a rien contre le Buzet quand il est bien fait…
      Marco

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  3. Etonnante renaissance de cette cave, en tout cas, au plus mal en 2005-2007. Ce qui me fait m’interroger – mais ce n’est pas spécifique à Buzet, sur l’endettement des coopés et leur faculté à lever malgré tout des fonds via les grandes banques. N’y a t-il pas là une sorte de distorsion de concurrence?

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  4. Le problème de papiers à charge, c’est leur vacuité, surtout quand le motif échappe. J’ai lu jusqu’à la lie ces 900 mots, dont une seule phrase « évoque » le vin goûté, du bout des lèvres, quelle audace.
    Donc environ 850 mots où les hommages à M. Coffe côtoient les commentaires sur le skaï, l’autoflagellation coquette, le topo sur la premiumimachin, les chèvres, les choux, les carottes, la dénonciation des communicants (?) des 80’s et d’aujourd’hui (pourtant, même diarrhée verbale!).
    Manque juste, après lecture, la « case » (le tiroir, le segment…) VIN: l’œnologie, le goût, le nez, les arômes, tout ça.

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  5. M. Pion, ceci est un blog, pas un guide de vin, personne n’a jamais promis que chaque billet contiendrait des notes de dégustation.

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  6. A propos de « Premiumisation » – on pourrait tout aussi bien parler de montée en gamme. Mais je ferai observer qu’on peut difficilement courir deux lièvres à la fois: si l’on abandonne les produits de bas prix (ce qui me parait tout à fait logique pour des AOP), il ne faut pas se plaindre de voir débouler des vins étrangers comme ceux dont on ouvre les citernes au Perthus. Il y a des consommateurs qui n’acceptent pas de payer plus cher, c’est un fait, même quand la qualité augmente.
    Mais au fait, l’article de Vitisphère ne nous dit pas clairement comment nos amis rhodaniens comptent améliorer la qualité pour justifier des prix de premium. Cela pourrait faire l’objet d’un article plus complet. Notre Monsieur Rhône, Marc, a peut-être des idées?

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