Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

L’amer à la Belge

6 Commentaires

La mode de l’amer revient jusque dans nos contrées, comme en témoigne celui de la Distillerie de Biercée. Un bitter belge très consensuel que le distillateur décrit comme fruité. Ça devrait marcher, car l’amertume, on l’aime bien par chez nous – les bières bien houblonnées, le chocolat bien noir, les chicons (endives pour les Hexagonaux), le café qu’on boit du matin au soir, certes pas aussi fort que les Italiens.

Du moins pour une partie de la population, car je suis toujours effrayé de voir le succès des bières de plus en plus édulcorées, voire synthétiquement fruitées. Ou des pralines trop sucrées (les chocolats, pour les Hexagonaux). Bref, on n’échappe pas aux deux fléaux actuels, le sucre et le sel. La preuve: lors de la présentation du Bitter à la radio belge, lors de l’émission On n’est pas des pigeons, sur Vivacité, le présentateur a trouvé ce Bitter excessivement amer…

La distillerie

alambnew

La Distillerie de Biercée fête cette année ses septante ans d’existence. Créée en 1946, c’était au départ une coopérative locale qui distillait les pommes et les cerises des vergers environnants. Après quelques petites réussites alcooliques, elle s’est fait connaître au début des années quatre-vingts grâce à L’Eau de Villée, une liqueur de citron jaune de Murcie. Le succès commercial de ce distillat a permis à la distillerie de se développer, de proposer de nouveaux produits, toujours extrêmement qualitatifs, sans arômes, ni conservateurs, ni colorants. C’est aujourd’hui la seule distillerie d’eau-de-vie de fruits frais encore en activité en Belgique; elle propose une gamme d’une trentaine d’alcools, des eaux-de-vie aux liqueurs.

 

Biercée Bitter

Bierc_e-bitter---Loup

L’avis du fiston

J’ai demandé à mon fils Pierre, qui a 21 ans, et qui possède une bonne expérience des cocktails, puisqu’il a participé au Concours européen du Meilleur Barman junior il y a 3 ans, d’ausculter ce bitter.

« J’aime bien la bouteille, je la trouve drôle, elle ne fait pas trop chic, plutôt «commun» (ndlr: là, c’est raté pour la distillerie qui annonce le chic excentrique, Pierre n’a pas capté).

La couleur claire, c’est sympa, mais quand le bitter tourne dans le verre, on voit aux larmes que c’est bien alcoolisé.

Au nez, je sens tout de suite le sirop de fruits rouges, voire des liqueurs.

En bouche, il est plus amer qu’un bitter habituel, il y a un goût de racine dont je ne me rappelle plus le nom. Au début, c’est bien sucré, mais bien vite l’amer l’emporte, ce n’est pas à boire comme ça.

Mélangé, c’est économique ! Il n’en faut pas beaucoup pour avoir du goût, on est presque au même dosage qu’un Angostura.

Par contre, les cocktails proposés sont trop évidents, comme le Spritz, ou un peu vieillots comme l’Americano. Il faudrait quelque chose de plus jeune qui atténuerait l’amer sans le masquer ».

Sa proposition :

20 ml de Bitter

100 ml de jus de poire

40 ml de Martini blanc

couvrir de glace pillée

On l’appellera le Pitter

BB---Le-Boulevardier-SETTING

 

Pour ma part

J’ai trouvé la bouteille un peu cheap, il est vrai que la police art déco, c’est sympa, mais cela ne se voit pas. Mais à la limite, on s’en fout, ce qui compte, c’est ce qu’il y a dans le flacon.

Robe clair couleur corail.

Nez qui me rappelle un mixte entre le Gancia pour le fruité et le Campari pour le côté végétal amer, avec très rapidement la gentiane qui prend le dessus, en remuant, on sent les fruits rouges, cerise, groseille et fraise.

Bouche bien amère, mais j’aime bien ça. La douceur, si elle a du mal à percer, reste néanmoins bien présente, mais en fond de bouche, presque en décor avec toutefois une note de chocolat qui apporte en plus de l’onctuosité. Les fruits rouges apportent de la légèreté, de l’élégance.

Je rejoins mon fils pour dire que comme ça, l’amertume reste trop présente, mélangé, ce bitter s’avère des plus sympas.

La composition

On a regardé après ce qui manquait dans notre analyse, évidement plein de choses…

Voici ce que nous raconte la fiche technique :

Biercée Bitter est un bitter fruité réalisé à base de fruits et de plantes naturels. L’amertume est amenée par l’orange amère, la gentiane, l’angélique et par l’utilisation de fèves de cacao grillées combinées à un café spécifiquement torréfié pour la distillerie. Le goût fruité provient des distillats d’agrumes et de fruits rouges. L’ensemble donne un bitter élégant et équilibré.

Avec ses 20 % d’alcool, Biercée Bitter agrémentera vos boissons et cocktails de l’été: combiné avec du jus d’orange, du tonic premium ou même simplement avec de la limonade, il ravira les papilles des amateurs de fraîcheur et d’amertume.

J’ai testé pour vous…

Avec un tonic, ¼ de bitter pour ¾ de Fever Tree ou avec un Schweppes Pink Pepper, qui renforce la subtilité fruitée.

Au jus, mélange ananas et citron vert (pas trop, acide amer c’est toujours risqué)

BB---NegroniEt puis, j’ai testé un cocktail de vieux, c’est de mon âge, le Negroni, inventé à Florence en 1919 (j’étais loin d’être né). Il faut aimer l’amertume. Je rappelle la composition:

1/3 de Bitter, 1/3 de Gin et 1/3 de Vermouth

Ça décoiffe et ça rend chauve celui qui trouve le Desperado amer.

Conclusion

Nous sommes preneurs.
Pour ses 19€ prix de vente public, les 700 ml de ce bitter fruité (Pierre Gérard,

maxresdefault

maître-distillateur à Biercée, insiste sur ce point), se consomme à la vitesse d’un sirop. C’est à dire que les euros s’égrainent lentement puisqu’il faut peu de bitter pour parfumer un mélange.

 

Santéï

 

ANX-03-0009TW

 

Marco

 

 

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

6 réflexions sur “L’amer à la Belge

  1. Cela donne envie d’essayer Marc. Sais-tu s’il est vendu en France ?

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  2. Rafraîchissante cette chronique sur l’amertume et cet exemple de bitter. Est-ce que tu peux nous dire dans quelle catégorie européenne entre cette préparation? Est-ce une liqueur? Elle titre 20% d’alcool, alcool de quoi? Simple curiosité… Crois-tu qu’on pourrait l’utiliser en cuisine?
    L’amertume a cette particularité de ne pas se diluer dans l’eau, il faut donc la « masquer » pour l’atténuer, d’où l’adjonction de sucre. Tout l’art d’un bon café italien est de bien doser cette amertume pour apprécier le nectar sans sucre. C’est une question d’équilibre, non? A moins que les distillateurs belges aient devancé l’assemblage de leur Bitter dans des cocktails forcément sucrés.
    Merci Marc

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    • Nadine, le bitter ou l’amer est une liqueur à base d’infusion de plantes et d’autres ingrédients. Pourquoi pas en cuisine, je n’ai jamais testé, tu penses à quel genre de préparation, c’est risqué avec toutes les papilles orientés vers le sucre.
      Marc

      J'aime

  3. En cuisine, je pense au poisson gras, comme un saumon qui joue bien avec l’amertume.

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  4. Pingback: L’amer à la Belge | Wine Planet

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