Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Du rififi chez Freixenet

9 Commentaires

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Un peu d’actualité: la querelle des héritiers déséquilibre Freixenet, un groupe qui facture plus de 500 millions d’euros, et qui semble aujourd’hui sur la corde raide. Voila qui nous rappelle qu’au delà d’une certaine taille, le vin n’est plus seulement une affaire de vignerons, ni même une affaire de famille, mais une affaire tout court…

Actuellement, Freixenet est entre les mains de trois branches de la famille: les Ferrer, qui possèdent 42% des actions ; les Bonet, avec en tête José Luis Bonet, le Président du groupe, qui eux détiennent 29% et enfin les Hevia Ferrer, menés par Enrique Hevia, le Directeur financier, qui possèdent les autres 29%.

Les causes de la tension

Les résultats économiques de ces dernières années ainsi que les différents intérêts de chaque partie rendent les choses complexes : les actionnaires reprochent au Président du Groupe, José Luis Bonnet, une gestion malheureuse ; le dernier exercice n’a pas vu de répartition de dividendes.

Comme il s’agit d’un groupe familial, il ne publie pas ses résultats financiers, sauf rares exceptions; mais en 2015, le marché espagnol s’est tassé, ce qui n’a pas été compensé par une augmentation des marchés à l’exportation. La chute des ventes (-5,6%) s’est traduite par une baisse de la rentabilité du groupe: 2,2 millions de bénéfice pour le dernier exercice, contre plus de 30 millions avant la crise ! Sans parler d’une augmentation de la dette qui atteint plus de 150 millions.

Les justifications apportées : d’une part, la crise globale et financière, le boycott depuis 2004 des produits catalans dans le reste de l’Espagne, et en plus, dans le cas de Freixenet, en Catalogne même, suite aux déclarations de José Luis Bonet, défiant les indépendantistes ; d’autre part, la concurrence du groupe Garcia Carrion, avec sa marque Jaume Serra, et ses prix très bas, qui lui ont permis de grignoter une partie du marché de Freixenet aussi bien sur le plan national qu’international ! Notamment, la chute des ventes en Allemagne, le second marché important après l’Espagne, due à une tentative d’augmenter les prix, qui a entrainé une réduction de la facturation de plus de 20%.

Crise, boycott, nouveaux producteurs, prix bas, ont eu raison du binôme Freixenet/Codorniu qui dominaient le monde du cava.

Les deux branches familiales minoritaires sont disposées à vendre si aucun changement significatif n’intervenait dans la gestion. Ensemble, elles représentent 58% du capital, et si donc si ces actions se retrouvaient dans les mains d’une personne externe, cette dernière aurait le contrôle de la compagnie.

La possible sortie du conflit

Le manque d’informations dans les médias ne contribue pas à éclaircir les doutes du marché sur le futur de ce groupe. Plusieurs possibilités :

  • ou bien la gestion change de mains,
  • ou bien la famille Hevia vend ses actions – soit aux autres actionnaires familiaux, ce qui maintiendrait le statut de la société, soit à l’extérieur. Un des candidats extérieurs, justement, serait Henkel & Co. Un groupe allemand, encore plus gros que Freinent, puisque son chiffre d’affaires est de quelque 700 millions d’euros. Mais ce dernier se refuse à commenter «des rumeurs de marché».

Si Henkell voulait s’emparer des 58% des actions, il lui faudrait débourser plus de 300 millions d’euros, semble-t-il.

Aux dernières nouvelles, le débat, durant le dernier conseil d’administration de Freixenet, a porté sur la possibilité de laisser le groupe allemand analyser ses comptes, ce qui lui permettrait de former une offre concrète. Une offre que la branche des Helvia voudrait convaincre les Bonet d’accepter.

Le hic: Henkell ne serait disposé à entrer dans Freixenet qu’à condition que son investissement lui offre le contrôle de la société. Or, tous les membres du clan Bonet ne sont pas prêts à vendre leurs actions, et pensent à une autre solution.

Les Ferrer, quant à eux, ne veulent pas vendre, et sont très réticents à ouvrir leurs comptes à un groupe qu’ils considèrent comme concurrent.

Les actuels propriétaires de la société ont la préférence sur tout autre acheteur extérieur afin de maintenir le capital entre les mains de la famille. Ils doivent juste égaler l’offre de l’acheteur potentiel. Pour cette raison, la branche  représentée par le Président d’honneur José Ferrer, essaie de trouver un financement pour acheter les actions de leurs cousins.

Affaire à suivre…images 100 AÑOS

Hasta pronto

Marie-Louise Banyols

Sources www.mercadosdelvino.comimages

 

 

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

9 réflexions sur “Du rififi chez Freixenet

  1. Henkell doit connaître assez bien le marché du Cava, puisqu’il a racheté Cavas Hill en 2012.

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  2. Merci Marie-Louise de nous expliquer clairement les dessous d’une grosse affaire.

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  3. N’ayant de formation financière que théorique, je me sens toujours mal à l’aise pour apprécier les implications réelles de ces « révélations ». Avec les établissements Fourcroy, qui n’ont pas été avares en luttes familiales, mais à plus petite échelle financière (enfin je crois), la Belgique du vin a aussi connu son Dallas à elle. Cela nous rappelle le rôle important du facteur humain, même dans la sphère financière. L’amour-propre (en Espagne en plus, siège de l’orgueil s’il en est) joue autant que le calcul comptable. En incidente, en quoi cela concerne-t-il réellement l’amateur de vin ou de bulles? Enfin, une fois ces querelles vidées, espérons, pour le personnel de l’entreprise surtout, que la situation redeviendra …. Fraîche & Nette!

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  4. Aujourd’hui, Luc, cela ne concerne peut-être pas directement l’amateur de vin; mais si demain, les décisions de Freixenet ne se prennent plus en Penedès, cela pourrait bien changer le monde du Cava. Déjà que le prix de certains Cavas est au ras des pâquerettes…
    Je ne suis pas devin, mais bon nombre de marques de bulles emploient déjà des raisins de toutes origines (Bernard Massard, Café de Paris, Bouvet Ladubay, etc..), alors je peux m’imaginer qu’Henkell veuille un jour exploiter la marque Freixenet pour d’autres sortes de mousseux…

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  5. Merci, Hervé, tu me fais la réponse rêvée. Cela me permet d’évoquer UNE FOIS ENCORE le caractère inéluctable de la vraie face du « grand complot ». Il existe. Il n’est pas le fruit de la volonté construite de quelques milliers de nantis (et leur famille) qui asservissent le « peuple de la terre ». Il est le résultat des lois de la finance. Quand le seul enjeu est de satisfaire les actionnaires (soit par une plus-value de la

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  6. On continue sur sa lancée … soit par une plus-value de la cotation, soit par un dividende (ce qui a posé problème isi pour une partie de la famille), les mécanismes de la concentration (verticale ou horizontale, suivant les cas) prennent le dessus. Regarde Lactalis, par exemple. Ils ont quasiment détruit tout le fromage persillé en Europe (en plus des pâtes lavées de Normandie et d’ailleurs) et leur C.A. annuel est proche de celui des ventes d’armes pour la France. On est loin d’une cave ventilée à Roquefort !

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  7. Je ne peux te laisser dire du mal de Lactalis, l’inventeur du Camembert de Campagne (c) et de l’emmental sans croute (r)! Avec Bouygues, il s’agit sans doute du plus gros vendeur de plâtre de France. Et joliment marketté, en plus!

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  8. Pingback: Du rififi chez Freixenet : vers un dénouement ! | Les 5 du Vin

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