Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Un parcours visiteurs exemplaire : le cas Hennessy

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On parle de plus en plus d’oenotourisme; Mais combien de visites sont bien pensées, structurées d’une manière intelligente, et intéressantes visuellement et intellectuellement pour une population nécessairement diverse ? Voici un bel exemple…

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J’ai pu visiter, samedi dernier, le nouveau parcours pour visiteurs mis en place à Cognac par la maison Hennessy.  Il est exemplaire à plus d’un titre et je vais y revenir. Certaines personnes tapent trop souvent (et bien trop facilement) sur les grandes marques. Je pense, dans un souci d’équilibre et de justice, qu’il faut aussi saluer la qualité de leurs produits, réalisations et activités, du moins pour les meilleurs. Par exemple, sait-on que le cognac seul représente 20% du chiffre d’affaires des exportations de vins et spiritueux français, et que ce chiffre est largement le fait de 4 marques, avec Hennessy comme leader. Comme en Champagne, ou, dans un registre un peu différent, à Bordeaux, les performances économiques de la filière française des vins et spiritueux doivent beaucoup à des leaders, et ces leaders sont incontestablement les grandes marques. Autant je suis pour la diversité de styles, de tailles et d’approches, autant j’estime qu’il ne faut pas renier la dette que tous doivent aux pionniers, dont cette maison qui vient de fêter ses 250 ans d’existence.

IMG_7516Un tierçon, contenant plus de 530 litres d’un Cognac plus que centenaire. Un parmi des centaines de la sorte qu’un peut parfois voir dans un des « paradis » chez Hennessy. La provenance viticole y figure toujours, comme içi des vignes ayant appartenu à la famille. Quand l’évolution du cognac est jugé suffisante, les eaux-de-vie sont transférées dans des dames-jeanne en verre. 

 

Mais mon sujet du jour est autre : il s’agit de l’éducation du public tel qu’il peut et doit être conduite lors d’une visite à un lieu de production. De l’oenotourisme si vous préférez. Visiter une région de production, et un lieu de production en particulier, doit permettre au visiteur de comprendre le processus de production, ainsi que quelques éléments qui constituent les particularités de ce producteur-là. Un parcours de visite doit être agréable, beau et informatif. Dans le cas d’un producteur historique, ce parcours doit lier le passé au présent, sans faire dans le passéisme et, si possible, en donnant une sensation de dynamisme permanent. Tous ces critères sont réunis dans le nouveau parcours visiteur chez ce grand producteur de Cognac.

IMG_75318 générations de la famille Fillioux ont présidé le comité de dégustation dans cette salle chez Hennessy, entourée de ce qu’on appelle des « orgues » d’eaux-de-vie. Une belle leçon de continuité !

La ville de Cognac est loin d’avoir la séduction de Bordeaux. Modeste et assez délabrée, ce n’est pas pour ses atours que le touriste, amateur de boissons alcoolisés ou pas, s’y déplacerait. La Charente et certes une province agréable, souvent bucolique et bénéficiant d’une belle architecture en pierres blanches parfois un peu noircies par le temps et le vapeurs d’alcool. Mais, pour attirer le touriste de passage et le rendre heureux de son étape, il faut proposer des choses plus élaborées. Bien entendu, les maisons de cognac en ont les moyens, comme, la plupart du temps, le patrimoine pour nourrir de tels projets. Mais la conception et la réalisation du parcours visiteur d’Hennessy me semble assez exemplaire à tous égards. Il utilise habilement le site, aux bords du fleuve Charente, pour initier le visiteur à l’influence géographique et à l’importance de ce moyen de transport dans le développement du commerce des eaux de vie de la région, car le parcours commence par un court voyage en bateau fluvial. Un ancien chai de stockage et de vieillissement a été laissé dans son jus (pierres et poutres noircies par la vapeurs de cognac) pour servir de toile de fond à un parcours à la scénographie très moderne, axée sur une explication visuelle et commentée sur tout le processus d’élaboration de l’eau de vie charentaise. La vigne, bien entendu, la distillation, évidemment, mais aussi la tonnellerie, le vieillissement et le travail extraordinaire d’assemblage. Les modes de consommation du cognac, autrement moins compassées qu’en France, sont aussi illustrées dans un tour de monde aussi visuelle que sonore. Est-ce que cela suffira pour donner un goût pour le Cognac à des français grand buveurs d’une eau de vie écossaise ? J’en doute, mais est-ce l’objet ?

IMG_7534La complexité de l’assemblage et la variabilité des lots d’eaux-de-vie qui y participent, peuvent être démontré d’une manière visuelle et claire

 

La visite se poursuit dans une des de ces chais-cathédrales de tonneaux (pièces cognaçaise de 350 litres ou tierçons de 530 litres) qui impressionnent autant par la vue que par le parfum. Chez Hennessy il y a 350,000 de ces vaisseaux, mais on n’en voit qu’une petite partie. Enfin, avec une belle alternance entre tradition et modernité, on est invité à retraverser la Charente par un pont pour regagner le bâtiment d’accueil moderne, habillement intégré à un ensemble ancien par l’architecte Wilmotte, et ou on peut soit visiter une splendide exposition d’oeuvres d’art contemporain intitulé « Next Stop Hennessy » réalisées après des visites des artistes concernés chez Hennessy et qui intègre une exposition de l’histoire de la maison, soit participer à un atelier de dégustation dans une salle claire, au décor très épuré et assez japonisant qui fait habilement allusion au matériaux de la confection du cognac, cuivre et bois en particulier. On peut bien sur faire les deux !

IMG_7532La salle de dégustation pour les visiteurs est lumineuse et moderne. On se croirait un peu dans un restaurant japonais

 

J’ai particulièrement aimé l’association permanente entre passé et présent qui se perçoit par alternance et parfois en même temps tout au long de ce parcours qui mérite qu’on y consacrer une heure et demie au moins. Cela est d’autant plus pertinent quand on pense qu’une eau-de-vie issu de la dernière récolte pourrait rejoindre, pendant au moins 100 ans, les stocks énormes qui séjournent sous ces toits-là. Un des « paradis » d’Hennessy contient effectivement des cognacs qui datent de 1800. L’avenir se construit aujourd’hui quand on raisonne sur le temps long comme ici. Bien entendu la marque Hennessy est omni-présente dans ce parcours, mais jamais d’une manière lourde ou trop intrusive. J’ai appris des choses et j’ai pris du plaisir. Je pense que cela sera la cas pour tous les visiteurs.

David Cobbold

(texte et photos)

Informations pratiques sur le circuit de visites

Rue de la Richonne – 16100 Cognac – France

Visites en 6 langues : français, anglais, espagnol, allemand, russe et chinois,

Groupe de 25 personnes maximum

Ouvert toute l’année à partir du 23 mai 2016,

Informations et réservations : http://www.lesvisites.hennessy.com

Label tourisme handicap : tout le parcours est accessible aux personnes à mobilité réduite. Labellisé Vignobles et Découverte (label Atout France)

Informations pratiques sur l’exposition « Next Stop Hennessy »

Rue de la Richonne – 16100 Cognac –France

Du 23 mai au 18 septembre 2016

Du lundi au dimanche de 10h00 à 19h00.  Audioguide gratuit à disposition en Français et Anglais. Entrée Libre

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

2 réflexions sur “Un parcours visiteurs exemplaire : le cas Hennessy

  1. J’ai beaucoup aimé jadis cette maison qui respire aujourd’hui les parfums du luxe mariés aux effluves d’eaux-de-vie en vieillissement. Riches ou moins riches, j’ai beaucoup de respect pour les entrepreneurs propriétaires d’un patrimoine (il n’y a pas d’autres mots concernant Hennessy) et qui le mettent en valeur à travers des initiatives « grand public » bien réfléchies telles que les décrit si bien David. J’aime tout ce qui est mis en oeuvre pour ouvrir l’esprit d’un visiteur, tout ce qui permet d’apprendre et de savoir. Bizarrement, la dernière fois que j’ai ressenti ce qu’à pu vivre David remonte à des années lumières où j’étais allé tester les maisons de Champagne comme un (vulgaire) touriste. À Épernay, j’avais été enchanté par la visite des caves Mercier dans son « petit train ». Les explications étaient claires, didactiques, historiques et précises, sans marketing éhonté si ce n’est que le voyage s’achevait dans la boutique de vente, chose assez naturelle après tout. Par chez nous, je recommande chaudement la visite des Caves Byrrh à Thuir.

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  2. Je ne savais pas que Byrrh était producteur de cognac …
    Hervé a raison, je suis un « vrai con ».

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