Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Mateus white, et en avant la provoc!

17 Commentaires

Dans quelle mesure le contexte d’une dégustation influence-t-il nos sens ? Une bonne mesure, je pense, et j’en veux pour preuve… un Mateus blanc.

Cela fait au moins 15 ans que je n’en avais pas bu. La dernière fois, si je ne m’abuse, c’était à Madère. Lors d’un séjour sur l’île, au début des années 2000, ma femme et moi avions adopté ce vin, de même que le Gazela, du même Sogrape, comme vin de tous les jours. Dégustant toute la journée des Madère dont on ne peut pas dire que la légèreté soit leur point fort (mais on les aime pour beaucoup d’autres choses – je parle des vrais Madère, pas des immondes vins cuits de cuisine qu’on nous fourgue dans la GD), nous avions apprécié de passer à quelque chose de plus enlevé lors de nos repas.

Le côté frizzant, qui rappelle un peu un autre produit que j’ai plaisir à boire sans chichis, le Gaillac Perlé de la Cave de Labastide, nous rafraîchissait bien la bouche, et ce vin se mariait à ravir avec les plats de poissons locaux.

Je ne saurais vous dire si Mateus emploie toujours la même «recette» qu’à l’époque, les mêmes origines (Beiras, je crois) et les mêmes cépages (aujourd’hui, du Fernão Pires, du Bical, de l’Arinto et de la Malvoisie),  mais en effet, j’ai bien retrouvé le perlant, mais aussi la vivacité qui m’était restée en mémoire.

MateusPalace1Non, ce n’est pas la cave, juste la Casa Mateus. La cave, elle, est très moderne, tellement propre qu’on lècherait par terre.

Amour, thiols et conviction

Avant que vous ne me lynchiez pour avoir choisi de vous parler d’un vin de marque, produit à des millions d’exemplaires, et vendu chez Carrefour, je tiens à préciser que je déguste en ce moment pas mal d’autres vins de tous prix et de tous horizons.
Ainsi, lors d’une récente dégustation chez In Vino Veritas, nous avons eu à juger de plusieurs blancs, dont une bonne partie étaient issus de caves particulières, et produits en petites quantités, je suppose avec amour et conviction, à défaut de moyens, par des vignerons passionnés.

Oui, le petit vigneron est toujours passionné, voire désintéressé, tandis que le grand groupe est toujours mercantile, et le propriétaire de grand cru est souvent machiavélique. C’est la loi du genre. Le journaliste qui s’écarte de ce schéma est un vendu, vous l’avez compris, et après le Grand Soir, il passera devant la commission de réforme, si ce n’est pas par la case rééducation, façon Révolution culturelle. J’espère juste éviter d’être victime de cannibalisme, comme en Chine.

Mais revenons à nos blancs de propriétés; à l’exception notable d’un Entre Deux Mers – Château Fontenille, pour ne pas le citer, nous sommes allés de déception en déception.

«Pas net», «tartriqué» (je préfère de loin Tariquet!), «sucraillon»,«thiolé», «paic citron». Ce fut un festival de noms d’oiseaux.

Aussi, en rentrant chez moi, j’avais envie de changer d’air.

«Il est super, c’est quoi ?»

Et c’est là qu’intervient le contexte, sans nul doute.

D’abord, je n’ai pas dégusté ce vin à l’aveugle. Et puis, j’en avais déjà bu. Qui plus est, je lui associais de bons moments. Notez que c’est à double tranchant : quand on se remémore de bons moments en compagnie d’un vin, s’il n’est pas à la hauteur du souvenir, il risque bien de se faire descendre en flèche.

J’ai plaisir à vous dire que ce ne fut pas le cas. Ce Mateus White est un vin de bon aloi, propre et franc ; il est aimablement fruité (citron vert), délicatement floral, léger, mais pas fuyant, ce qui prouve qu’on peut afficher 10° d’alcool sans avoir la bouche mince pour autant. Il présente une pointe de sucre résiduel – ou tout au moins de glycérol, je n’ai pas l’analyse de labo.

Toute réminiscence mise à part, je crois que ce vin, à l’aveugle, serait bien sorti dans la dégustation de blancs dont je vous parlais tout à l’heure.

Cerise sur le gâteau : ma femme a apprécié : «il est super, ce vin, c’est quoi ?». Elle ne s’en rappelait pas – ce n’est pas son boulot. Elle n’a donc pas été influencée, elle.

mateus-blanc

A posteriori

Dans l’exercice de ce métier, je me méfie toujours des a priori. Les miens, d’abord – par exemple, j’ai tendance à surcoter le nez des vins, au détriment de la bouche, et je dois me faire violence à ce niveau ; d’autre part, je ne suis pas très porté vers les vins vieux. Mais je n’en dégoûte pas les autres, et si le vin est bien fait, je peux très bien le recommander.

Il y a aussi d’autres a priori, plus généralisés ; «Small is beautiful», par exemple ; mais aussi «Bio is beautiful». «Nature is beautiful.» Je me refuse à rentrer dans ces moules.

Aussi, a posteriori, quand c’est bon, c’est bon!

Avouez qu’il me faut une certaine dose d’inconscience, quand même, pour vous recommander un vin de marque vendu par conteneurs entiers, ce qui fait que vous pourrez facilement le trouver près de chez vous, et qui sait, me contredire…

J’aurais sans doute été mieux inspiré de vous parler de la cuvée confidentielle d’un terroiriste fashion mais misanthrope, biodynamiste et naturiste (oui, certains cumulent). Mais bon, on ne se refait pas…

Quant à la dose de provoc, je la revendique, bien sûr…

Hervé Lalau 

Mateus Blanc, Carrefour Market, 5,69 euros

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

17 réflexions sur “Mateus white, et en avant la provoc!

  1. J’abonde dans ton sens Hervé.

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  2. Dans le même ordre d’idée j’ai débouché il y a quelques jours sans à priori, un Blanc Pescador, mais là vraiment, et, je ne me suis pas régalée!!!! je ne renouvelerai pas l’expérience.

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  3. Magnifique propriété (architecturalement parlant) que cette Casa Mateus. Leur rosé frisant n’est tjs pas fort emballant: on camoufle les raisins – et je ne peux que spéculer sur les raisons mais je ne suis pas un adversaire systématique des procès d’intention, moi – par du sucre résiduel et une bonne dose de CO2 captif. Notez que ces deux paramètres ont DIMINUE, analytiquement parlant, par rapport à 20 ans en arrière. Leur blanc, que j’ai goûté car on le trouve partout dans les linéaires de la frontière espagnole, est effectivement sec et correct. L’arinto est un cépage que j’affectionne tjs, même si c’est sans doute à Bucelas qu’il s’exprime à merveille (mais c’est une petite appellation en superficie). Oui, je fréquente assidument la GD catalane, pour y acheter mon « jaune » en bt de 5 litres, mon « J&B » en triple Jéroboam (c’est comme cela que j’allume mes BBQ de sarments, pour éliminer le glyphosate qu’il y a sur le bois) et les petits cigares hollandais d’entrée de gamme que j’offre aux visiteurs tandis que j’allume un Lusitania. Le Mateus branco coûte là-bas entre 3,50 et 4 €. Le km parcouru entre Le Perthus et la gare d’Evère coûte cher!
    Une fois que nous aurons enfin bu ce Le Gay 1985 que je garde à ton intenion, Hervé, je te propose un deal. Tous les mois, nous deviserons face à face des sujets qui nous intéressent, surtout ceux qui nous opposent car ceux sur lesquels nous sommes d’accord, beaucoup plus nombreux, seraient lassants à aborder. Et toi, tu boiras du Tariquet, du Mateus et les sauvignons du regretté D. Dubourdieu. Moi, j’aurai droit à des rieslings de Brauneberg de W. Haag, à des chardonnays de Carillon et aux pacherencs jolis de J-B Larrieu. Tu pourras goûter mes bouteilles à la fin.

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  4. ça sent bon l’été cet article. Comme un besoin de fraîcheur et de simplicité. Et pourquoi pas! Pourquoi pas confier à vos papilles averties le difficile exercice de jugement des vins simples. C’est beaucoup plus difficile à commenter qu’un grand vin d’un vigneron talentueux sur un terroir d’exception.
    Pourtant, rappelons q’ils détiennent la plus grande majorité du marché. Plus de 50% de la consommation pour les vins en BIB en Europe!! On peut imaginer que l’avis désintéressé d’un dégustateur averti apporte un regard nouveau à ces consommateurs. Voire une certaine fierté quand leur cuvée préférée est bien notée par ces « experts ».
    On ne peut pas se débarrasser des préférences du plus grand nombre par la simple équation : gaz + sucres + thiols + pas cher = vin préféré (même si c’est une recette qui a fait ses preuves). Il y a parfois du charme, de la simplicité, un bel équilibre, de la fraîcheur mentholée, une tendre amertume….. Un petit rien discret comme dans les vins sincères.
    Bon et à part ça, j’aimerais bien savoir quel est le millésime de ton fameux Mateus, n’était-il pas « périmé » d’un point de vue marchand? Genre plus d’un an?

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    • Je te réponds avec retard, Nadine: en fait, je suis à peu près sûr qu’il n’était pas millésimé. Mais je n’ai plus la bouteille. En tout cas, il n’était pas oxydé.

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  5. J’ai connu jadis, à Londres, des gens qui faisaient de fort jolies lampes avec les bouteilles de Mateus rosé ou qui s’en servaient comme bougeoir… Pour draguer les filles dans les « parties » du temps des Kinks et des Moddy Blues, rien n’était plus rassurant que de débarquer avec sa bouteille de Mateus rosé. Comme je suis déjà un amateur de Tariquet (https://les5duvin.wordpress.com/2014/07/31/incursion-breve-chez-tariquet/), je ne manquerai pas de te suivre Hervé en dénichant un flacon de ce blanc. Non, mais ! J’en boirai peut-être même deux en pensant au bon vieux curé normand que l’on vient d’égorger dans son église. Mateus blanc ou rosé, ça fait un peu vin de messe, non ?

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  6. Hervé a un art consommé pour nous allécher avec des vins pas rares. Alors, c’est dit, ce soir ce sera une bonne boîte de Buitoni avec un bon Mateus. La fête, j’ai hâte!
    Marco

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    • Non, c’est pas possible! Ravioli, c’est lundi (référence très sérieuse au film culte d’Etienne Chatiliez: La vie est un long fleuve tranquille)

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    • Marc, tu ne crois pas si bien dire: un ami de Patrick Böttcher nous donnait l’autre jour la recette de pasta comme faisait sa Mamma avec des tomates de San Marzano … en boîte! Et comme je suggérais, avec la délicatesse dont vous me savez coutumier, que peut-être n’importe quelle autre tomate mais fraîche et mûre ferait mieux l’affaire, il ma voué aux gémonies et 100.000 autres slow-foodistes de mes fesses lui ont emboîté le pas. Je pense qu’ils doivent boire en permanence du Bardolino en bib ou un magnum de Sassicaia ….

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  7. J’avais oublié, comme la bouteille de Mateus blanc est ouverte, on se prend un Kir avec du sirop de cassis Teisseire en apéro avec des Tuc fromage. La soirée en perspective…
    Marco

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  8. Il y a bien pire que Teisseire, en matière de concentré: le produit blanc Carouf’ est infâme, par exemple. C’est peut-être Teisseire qui le leur fournit, d’ailleurs.
    A propos, savez-vous que les concentrés de sirop sont atrocement sulfités? A quand une menthe de type « nature », qui aurait l’aspect de l’urine, l’odeur de la sueur de cheval et la consistance en bouche d’un blanc d’oeuf pas frais (je reste correct dans mes comparaisons)?

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  9. Une anecdote vraie. Il y avait jadis à côté des Ets Fourcroy, près du cimetière de Jette (rue Delva), une petite usine de production de sirop concentré. Une cuve de SO2 (solution toute prête) s’y trouvait. Lors d’une de mes toutes premières sorties avec le SAMU (1981) de l’UZ Brussel (qui s’appelait encore AZ Jette à l’époque), on devait y récupérer un gosse qui était tombé dans une cuve voisine, pleine de liquide, je n’ai jamais su comment. Le responsable des urgences de l’époque, le Dr Luc Corne, avec qui je ne me suis pas du tout entendu – ce qui ajoute de la véracité à mon récit – m’accompagnait pour me surveiller (logique, j’étais un débutant). Il n’a fait ni une, ni deux, s’est déshabillé entièrement, a plongé par l’orifice de la cuve resté ouvert et a ramené le gosse à la surface, inconscient. On a pu le réanimer. Un seul mot : chapeau pour son courage! En même temps, la médecine d’urgence est parfois de la médecine de cowboy, où on agit par impulsion plutôt que par réflexion. C’était le travail du pompier qui nous accompagnait de ramener le gosse à la surface, et puis celui de l’urgentiste expérimenté qu’il était de pratiquer la réanimation. Imaginez qu’il se soit noyé aussi … le jeune inexpérimenté que j’étais, moi, aurait livré deux cadavres à la PJ !

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  10. L’abus de sirop, comme l’abus d’alcool nuit à la santé

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