Les 5 du Vin

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Chardonnay Week (5) : Aoste et Jura

7 Commentaires

Je ne sais plus qui m’a envoyé, donné ou conseillé ce Chardonnay, toujours est-il que je l’ai  retrouvé par hasard dans ma cave, où je m’étais empressé de le reléguer au fond du cellier. Un Chardonnay du Val d’Aoste, est-ce sérieux ? Alors qu’il y a bon nombre de blancs autochtones, dans ce coin particulier coincé entre Suisse, France et Italie.

carteAoste

Mais voilà qu’en rangeant ma cave, histoire de classer entre autres les vins italiens, je retrouve ce Chardonnay 2005 élevé en fût de chêne, comme le précise la contre-étiquette, et élaboré par l’Institut Agricole Régional. Voila qui tombait à pic pour cette semaine consacrée à cette variété si souvent galvaudée.

Reste à voir ce qu’il vaut. Bref, ouvrons-le!

Chardonnay Aoste 005

Chardonnay 2005 VQPRD Aoste Institut Agricole Régional

Jaune doré aux reflets émeraude, il plaît à l’œil, c’est déjà ça. Cette robe lumineuse lui donne un aspect bien plus jeune qu’attendu, c’est de bon augure.

Le nez évoque les gelées de fruits blancs, la poire en tête parfumée de liqueur d’amande, de nèfle aussi relevé de poivre et d’anis vert. On reste dans les choses fraîches et agréables, va-t-il vraiment étonner ?

En bouche, la suavité le rend tout de go agréable, les papilles auscultent ce confort buccal et remarquent la texture légèrement ligneuse, reliquat de l’élevage en bois, qui apporte un soupçon de relief à la structure. La fraîcheur sapide fait saliver, elle se renforce d’une pincée de sel. Puis, viennent les saveurs de plantes aromatiques comme le génépi, mais aussi la camomille et la mélisse, soulignées du trait léger mais amer de la gentiane. Le tout à la fois dense et bien ramassé, à la fois solaire et frais. La finale florale classe définitivement ce Chardonnay dans la catégorie des vins élégants. Sa complexité particulière dans la catégorie des vins de cépage non identifiable, ce qui me semble être une grande qualité.

Malgré ses 11 années, il garde un air de jeunesse malgré un petit rien d’évolution, un petit poil d’oxydation, rien de plus normal.

Mais l’aurais-je apprécié 10 ans plus tôt ?

Le vignoble

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Il se situe sur l’une des collines entourant la ville d’Aoste dans la localité de Moncenis à une altitude de 720 m. Exposé au sud-est, il offre une pente de 35%. Le sol y est d’origine morainique à dominante sableuse. Les ceps sont conduits en mode Guyot et plantés à 12.000 pieds/ha.

La vendange se fait dans la troisième décade de septembre. Égrappée, elle macère à froid et est pressée à l’abri de l’oxygène. Élevage de quelques mois sur lies fines. Production : 1.500 bouteilles.

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Chardonnay Aoste 006

Quant à l’étiquette, elle a bien changé en quelques années…

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www.iaraosta.it

Proche et dépaysant: le Jura

J’aurais pu vous parler aussi des Chardonnays du Jura, à la fois proches des Bourguignons dans leur approche ouillée (le Jura ne fait-il pas partie de la Grande Bourgogne, au plan historique?), et bien différents dans leur version oxydative comme on en trouve quelques superbes cuvées à l’Étoile au Domaine de Montbourgeau.

Une anecdote amusante: dans l’entre deux guerres, les instances vinicoles officielles passaient en revue les différents terroirs jurassiens propices à l’élaboration de Vin Jaune; à cette époque, il n’y avait guère de Savagnin à l’Étoile, planté en majorité de Chardonnay – qui prenait le voile comme son lointain cousin. Les inspecteurs, qui ne le savaient pas, n’y ont vu que du feu et trouvèrent ces Jaunes d’excellente facture. Depuis les choses ont changé et les Jaune de l’Étoile se font exclusivement avec du Savagnin.

Une autre particularité jurassienne est la variété autochtone du Chardonnay, appelé Melon à Queue Rouge qui offre des grappes au pédoncule rougissant à maturité, des baies plus petites et par conséquent un rendement plus faible. Il a failli disparaître dans les années 70 au profit des clones agréés de Chardonnay. Il est depuis une bonne dizaine d’années replanté. Ses vins sont d’une grande finesse, ne manquent pas de caractère et vieillissent à la perfection. On le trouve surtout aux alentours de Montigny, entre les Arsures et Pupillin, comme au Domaine de la Pinte, un exemple parmi bien d’autres.

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Voilà, notre Chardonnay week se clôt sur cette jurassique envolée et montre que ce cépage plus divers qui n’y paraît est aussi une bonne éponge à terroir, quand il n’est pas vinifié à la sauce internationale.

Ciao

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Marco

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

7 réflexions sur “Chardonnay Week (5) : Aoste et Jura

  1. Elle est magnifique, ton étiquette, non? Pour faire plaisir à David, qui semble apprécier pour le moment l’évocation des grandes années du collectivisme, je crois qu’elle montre un pauvre souffrant d’un abcès dentaire qu’Ernesto Guevara va soulager, fidèle à la « entraable transparencia de su querida presencia » et de « su amor revolucionario ». Ses hagiographes lui prêtent des talents de chirurgien-dentiste. De là à dire qu’ils mentent comme des arracheurs de dents …
    Plus sérieusement, quelle est la justification des 12.000 pieds de densité de plantation? C’est réellement énorme. Connais-tu d’autres exemples?
    Et pour nos amis britanniques (encore eux), jadis porteurs du « bowler hat » et grands amateurs des maisons de tolérance parisiennes avant leur interdiction, le qualitificatif de « Melon à Queue Rouge » devrait rappeler de bons souvenirs!

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    • Luc, le vignoble beaujolais offre des densités plus grandes encore jusqu’à 14.000 pieds/ha.
      Marc

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      • C’est exact, Marc, tu fais bien de le rappeler, mais pas en chardonnay. Même les Bourguignons les plus extrêmes ne dépassent pas 10.000 pieds, si je suis bien renseigné. Un homme aussi sage (oenologiquement parlant) qu’André Dubosc (Plaimont), qui fut en son temps d’une certaine manière le « concurrent » de feu D. Dubourdieu tant il était brillant , était lui aussi un partisan des très hautes densités de plantation. Il parlait lui des cabernets et des tannats, dans une région (Gers) à haute pluviosité, à bonne fertilité du sol et à température non extrême (p/r aux zones réellement arides; je ne dis,pas qu’il fait froid an pays gascon).
        C’est ce débat-là que j’espérais lancer.
        On est d’accord que des densités trop basses entraînent une croissance pléthorique de chaque pied, avec de grosses grappes, des rendements de ouf et des vins sans caractère. Il faut ne pas avoir vu les aramons de la pleine de l’Hérault il y a 30 ans pour le nier, ou certains alicantes mal conduits.
        Après, où se situe la limite et pourquoi le Val d’Aoste se singularise-t-il? Dans les zones froides et humides, « on » recommande pour ce cultivar des densités élevées et dans celles chaudes et sèches, au contraire des densités basses et du goutte-à-goutte. Mais les extrêmes que je connais sont 10.000 en Côte d’Or (et pas chez tout le monde) d’une part, et ausi peu que 1.000 parfois en Australie!
        On ne peut m’enlever l’idée que ceux qui publient les études sont de mèche, volontairement ou à leur corps défendant, avec les pépiniéristes – même si actuellement il y a carence de plants mais ce n’était pas ainsi jadis – avec les vendeurs de produits phytosanitaires et avec les vendeurs de matériel agricole (enjambeurs, pulvés …).
        Enfin, même si la concurrence entre les pieds est souvent souhaitable (jusqu’à un certain stade), le rendement augmente aussi (avec une limite également, je l’admets).

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  2. Un des Chardonnays les plus renommés d’Italie vient bien du Val d’Aoste, donc pourqoui pas 🙂 Les vins de l’IAR je les connais pas mal, ils sont de qualités variables mais ils ont la chance d’avoir un patrimoine de vignes des plus intéressants, en cépages autochtones.

    Je vois bien ce que tu veux dire par le « solaire et frais » qui caractérise bien les bons blancs d’Aoste, qui peut jouer pleinement sur ses amplitudes thermiques de fin d’été.

    Concernant la densité, c’est de fait énorme 12.000, et ce n’est pas la norme dans la région.

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    • 12.000 pieds/ha, c’est ce qui était mis sur la fiche technique, mais je suppose qu’il doit s’agir d’un vignoble expérimental qui a dû être planté durant la vogue des cépages internationaux. Un bon résultat en tous cas pour leur Chardonnay.
      Marco

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      • Ah oui, je ne remets pas du tout en cause ce qu’ils disent, et oui c’est sûrement expérimental, je disais juste que ce n’est pas non plus la norme régionale, loin de là (j’y vais « souvent » dans le Val d’Aoste, région magnifique au demeurant).

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  3. Excusez-moi (l’âge?): ce commentaire a atterri par erreur sur le billet daté d’hier, alors qu’il aurait dû figurer à la suite du reportage sur les vins de Bulgarie. Si le webmaster peut le supprimer ici, il fera oeuvre utile.

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