Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Florence Foster Jenkins, le vin et l’inconscience humaine

4 Commentaires

Parce que l’Art ne connaît ni bornes ni frontières, à l’occasion de la sortie du film de Stephen Frears sur la cantatrice américaine Florence Foster Jenkins, je ne résiste pas au plaisir de vous faire écouter un de ses enregistrements d’une oeuvre de Mozart.

Celui-ci fait partie d’un disque (imprudemment) intitulé « The Glory of the Human Voice ».

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Il a certainement fallu pas mal d’inconscience à Mme Foster pour oser enregistrer cette oeuvre difficile au vu de ses piètres talents vocaux et rythmiques.

Ce qui me fait irrésistiblement penser à certains producteurs de vin, tellement convaincus de la justesse de leur production, qu’on croirait qu’ils ont inventé une nouvelle gamme de sensations.

Vous trouvez leur vin déviant, oxydé, entre le brett et le blet? C’est juste que vous n’êtes juste pas dans le ton. Il vous faudrait rééduquer votre palais, comme les auditeurs de Mme Foster auraient dû rééduquer leurs oreilles.

Mais le pire, c’est que la dame a eu ses admirateurs, qui trouvaient qu’à défaut de chanter juste, elle chantait sincère.

Alors là, évidemment, nul doute qu’il se trouvera aussi pas mal de défenseurs pour les vignerons sincères.

Vous m’excuserez – ou pas, tant pis! – de me mettre du côté des déçus de cette sincérité-là, du côté des consommateurs qui ont le droit de payer et de consommer des vins corrects.

Je ne suis pas aussi sûr que Stephen Frears que « Toute voix mérite d’être entendue ». Et encore moins que tout vin mérite d’être bu.

Mon credo serait plutôt de produire moins mais mieux. `

Pas très politiquement correct? Je demande seulement que les défenseurs de l’agrément social (« donnons-lui l’AOC, il a une famille à nourrir ») et ceux des vins de l’étrange (« tous les goûts sont dans la nature ») boivent ce qu’ils disent aimer sans forcer quiconque à partager leurs préférences.

Sincèrement vôtre,

Hervé Lalau

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

4 réflexions sur “Florence Foster Jenkins, le vin et l’inconscience humaine

  1. Bon dimanche, Hervé. Tu as raison sur toute la ligne mais qu’est-ce qui te met dans cet état-là? C’est aussi cyniquement critique que du Léon pur jus. J’adore.
    Gérald Servais, un cadre d’une banque belge importante qui a, un temps, importé quelques bons vins dans la province du Hainaut (« Au Chai »), fin gastronome et marié à un cordon bleu, m’a raconté une aventure vécue dans un restaurant de haut vol, au chef archi-sympathique par ailleurs.
    Alors que celui-ci venait s’enquérir de l’avis des dîneurs, en fin de repas, Gérald lui a expliqué qu’il n’avait pas vraiment « accroché ». Le chef lui a répondu (ils se tutoient): « C’est parce que tu ne comprends pas ma cuisine »!. Pas beau,ça …?

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  2. Hervé, comment avez-vous osé nous inciter à écouter cette monstruosité ? J’étais tranquille, devant mon ordi, je vois le blog, le commentaire de Luc Charlier et je me dis que l’écoute de cette curiosité valait d’être tentée…Horreur !! cela m’a donné une sorte de nausée…C’est malin, au moment d’aller honorer un bon plat dominical et une divine bouteille qui s’était glissée tout naturellement dans ma main après exploration d’un rayon de ma cave…

    Ceci étant, votre billet  » d’humeur  » est pleinement justifié ; il faudrait, trop souvent, entrer dans un cercle d’initiés, pratiquer une forme d’ésotérisme afin de s’auto-convaincre d’avoir à aimer des choses que l’on repoussait précédemment.

    Cela me rappelle un repas / dégustation dans les jardins d’Urbain V au palais de papes d’Avignon, organisé, je crois, par Inter-Rhône pour des importateurs et quelques journalistes. En face de moi, un importateur belge très jovial ; arrive une bouteille (je tairais le nom du domaine) que je tente d’écarter sachant ce qui aller arriver ; peine perdue, l’homme trompe ma vigilance et l’attrape, sert ses voisins, dont moi-même et commence à mettre son nez dans le verre ; mouvement de recul, yeux en forme de boules de loto, comme s’il était au dessus des tinettes ; et m’interpelle poliment : « comment le trouvez-vous ? » Ma seule réponse a été : « cher monsieur nous nous trouvons sans doute à l’emplacement des anciennes écuries du palais de papes et, voyez-vous, une certaine persistance aromatique liée à ce lieu a franchi les siècles !! » Franche rigolade. C’était imbuvable. Fin de repas, j’attrape le vigneron et n’y vais pas avec douceur : « mais enfin, comment as-tu laissé passer ce vin ? qui plus est, ce n’est pas un pb de bouteille ; on est dans l’écurie avec du fumier jusqu’aux chevilles » Réponse de l’auteur : « mais mon vieux, c’est vraiment la caractéristique de mon vin ; il y a plein de gens qui aiment ; tiens, la preuve : je viens d’en vendre « N » palettes du même à la S.A.Q. » (Pauvres québécois, obligés de se taper ce concentré de brett…). Je n’avais rien compris à son vin, c’est clair…

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  3. Beaucoup aimé ce film, bien plus réussi à mon goût que le Marguerite de Xavier Giannoli.

    Plus de rythme, de burlesque et des acteurs magnifiques (dont une époustouflante Meryl Streep, au somet de son art).

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