Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Plaimont : un bel exemple de gouvernance collective et des vins exemplaires pour leur prix (1/2)

10 Commentaires

 Cette semaine, quel contraste avec le vin dont je vous ai parlé la semaine dernière ! Car la gamme décrite ici à un prix moyen tout à fait en ligne avec le prix moyen des vins vendus (en globalité) en France. Ne dites pas que les 5  font dans l’élitisme. 

Ce n’est peut-être pas la peine de vous présenter la Cave de Plaimont, une coopérative aussi importante qu’exemplaire du Sud-Ouest de la France. Sa gamme de vins couvre les appellations Saint Mont (où se situe sa base), Madiran, Pacherenc de Vic Bilh, mais aussi la plus vaste zone des Côtes de Gascogne, dont les vins sont classés en vin de pays (pardon, Indication Géographique Protégée : mais qui a eu l’idée de ce terme aussi techno-absurde que peu communicatif de la substance concernée ?). Je vais vous parler de ces vins pendant deux semaines, en traitent d’abord des blancs secs, puis, la semaine prochaine, des vins rouges. Les doux et moelleux, cela sera peut-être pour une autre fois. Les rosés, je vais passer car ils ne m’ont pas emballés.

img_7009Décontracté dans la forme, mais très sérieux sur le fond : c’est cela l’esprit Plaimont

 

Pourquoi la Cave de Plaimont est-elle si exemplaire ? J’émettrais 3 raisons majeures, puis d’autres qui peuvent sembler secondaires mais qui sont aussi symptomatique d’un état d’esprit qui mérite d’être souligné. Première raison : la qualité des leurs vins. Deuxième raison : leurs prix généralement très modestes. Troisième raison : leur dynamisme commercial, qui passe par un bon réseau de vente, en France et à l’export (dont la Chine depuis longtemps), et qui inclut une série de boutiques en propre qui couvre bien tout le département du Gers, en débordant sur quelques points limitrophes. Il y a quelques années, ni Saint Mont ni les Côtes de Gascogne n’étaient connus. Grace à Plaimont et à quelques autres, notamment Tariquet, ces noms le sont maintenant, y compris à l’export. Et cela fait vivre beaucoup de vignerons, car c’est aussi le rôle de la coopération. Ce dynamisme se voit également par les actions de partenariat qui augmente la visibilité des vins. Je pense en particulier à celui avec le festival de Jazz de Marciac, dont Plaimont est un soutien de la première heure. Mais aussi leurs voyages promotionnels à travers le monde, avec l’emblématique béret vissé sur la tête des vignerons-ambassadeurs. La partie immergée de l’iceberg est moins connue, car moins visible. Il s’agit, entre autres, de travaux de recherche sur la très riche ampélographie du sud-ouest, initié par Plaimont et soutenu et suivie par l’INRA et l’ITV. Pour la première fois depuis 2010, le mois prochain verra deux journées pendant lesquels ces travaux seront présentés à la presse spécialisée. J’y reviendrai après l’événement.

Les vins blancs secs

Echo Indigo 2015 (capsule à vis)

Etrange mais vrai : parmi tous ces vins blancs, à mon avis si aptes pour ce type de fermeture, ce flacon et le seul d’adopter la capsule. Je sais bien que la France est encore rétrograde (pardon, réticent) à ce type de fermeture, mais il est grand temps de bouger !

Ce produit est réservé à l’export, mais son habillage moderne me plaisait quand je l’ai aperçu et j’ai demandé à le déguster. Robe claire, acidité moyenne, simple, fluide et plaisant. Je ne connais pas son prix mais cela ne doit pas être cher.

Le Favori de Gascogne 2014, Côtes de Gascogne

(Ugni Blanc et Colombard / prix 3 euros)

Robe citron clair. Vif et léger avec un peu de fruit, mais neutre dans l’ensemble. Longueur soutenue par une pointe d’amertume en finale. Rien à dire à ce prix !

Colombelle 2015

(90% Colombard, le reste en Ugni Blanc et Sauvignon Blanc / prix 4 euros)

Robe citron claire. Un fruité croquant porté par une belle acidité, mais pas seulement. Plus long et plus complexe que d’autres vins plus chers de la gamme.

Colombelle bio 2014

(90% Colombard, le reste en Ugni Blanc et Sauvignon Blanc / prix 4,50 euros)

La bouteille ouverte devant moi avait un sérieux problème (bouchon synthétique, donc pas de TCA) et sentait fort mauvais. La deuxième, déjà ouverte, était bien meilleure, assez vive, simple, désaltérant. Je n’ai rien contre le bio, mais je ne vois pas l’intérêt de ce vin par rapport au Colombelle non-bio, bien meilleur à mon goût et moins cher !

Caprice de Colombelle 2015

(50% Colombard, 50% Gros Manseng / prix 5 euros)

Même robe claire. Le fruité est plus intense et l’acidité moins prenante. Ce vin gourmand à plus de fond et de longueur que les précédents. Belles saveurs et un rapport qualité/prix très louable.

Domaine de Bazin 2013

(Colombard et Ugni Blanc / prix 5,50 euros)

Une des particularités de la gamme des vins de Plaimont est une forte présence de vins de domaines qui portent leur propre nom. D’ailleurs ce système a permis de sauver quelques châteaux de la ruine par un système astucieux dont je vous parlerai le semaine prochaine. Quant à ce vin, une touche d’oxydation lui donne un peu de complexité, mais le vin est assez court derrière.

Domaine de Cassaigne 2014

(Gros Manseng et Colombard / prix 7,20 euros)

L’acidité semble moyenne, en tout cas moins présente que sur les vins précédents. Du gras apporté par le Manseng en est peut-être la cause. Belle texture pour ce vin qui a de la personnalité.

L’Empreinte de Saint Mont 2011 

le seul vin de cette série qui est en AOC Saint Mont, les autres étant tous des IGP Côtes de Gascogne.

(Gros Manseng et Petit Courbu / Prix 11,50 euros)

Robe intense et nez expressif aux notes un peu fumées et épicées. Joli toucher en bouche car ce vin alterne le gras, une très légère impression tannique, et une bonne dose de fraîcheur. Il cache bien son âge tant il est vif et vivant. Un beau vin, juteux à souhait avec une belle longueur.

L’été gascon se poursuivra une semaine de plus pour moi, puis le retour vers le nord et d’autres pays.

David

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

10 réflexions sur “Plaimont : un bel exemple de gouvernance collective et des vins exemplaires pour leur prix (1/2)

  1. Tu n’as rien à craindre sur ce coup-ci, David, pas de voix dissonnante chez Léon. La cave de Plaimont est l’exemple-même, à mes yeux, d’une structure collective qui a tout réussi. Tu évoques le fait qu’elle fait vivre de nombreux viticulteurs mais c’est même bien plus : elle en a maintenu au pays et elle a développé un tissu social qui va bien au-delà de la vigne : les gîtes ruraux, les chambres d’hôtes et aussi des coopérateurs très modestes (quelques pieds de vigne) qui ont développé leurs autres activités connexes (l’un d’eux élabore même des produits dérivés du canard).
    Tu évoques le partenariat avec Jazz in Marciac : eh bien, ils m’ont invité plusieurs fois (certainement 5 soirées au total) et c’est les seuls de qui j’ai ACCEPTE une telle invitation. Notre relation était déjà bien établie avant cela et ils m’ont même convié après que j’ausse arrêté ma collaboration avec IVV. Je précise que ce fut à chaque fois des programmes pour lesquels il leur restait des places non attribuées aux « clients », et que je logeais dans des chambres d’hôtes louées par leur intermédiaire ou bien sous la tente sur le site même. Je déconseille ce dernier choix : bruit toute la nuit et chaleur étouffante dans une prairie sans ombre en plein mois d’août.
    La raison principale de la réussite de cette structure tient à l’action d’un homme remarquable d’intelligence et à ses dons de visionnaire : André Dubosc. Il aurait pu être le grand rival de D. Dubourdieu dont il était un contemporain, et il a fait le choix d’un retour au pays, pourtant ô combien périlleux. Bien sûr, un seul homme, même brillant, ne fait pas tout. Alors que M. Dubosc possédait un tempérament « fort » – je l’ai parfois expérimenté à mes dépens – il a aussi su convaincre et rassembler autour de lui, dans un pays gascon où les oppositions peuvent parfois être … fortes aussi.
    Plaimont, c’est aussi une motivation incroyable et une fierté d’y être. Même leurs « commerciaux » se comportent comme des êtres humains, c’est vous dire. Et personne ne compte ses heures !

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  2. Bel exemple de système coopératif réussi et, fort heureusement, il y en a bien d’autres. Se souvenir que la coopération, sur laquelle tapent très injustement nombre de commentateurs, a constitué le moteur du maintien d’une activité agraire viticole sur notre territoire, et a permis un certain enrichissement, bienfait corollaire du développement d’autres activités et de retombées périphériques. La naissance de beaucoup de structures privées actuelles (domaines et néo-châteaux) vient de cette évolution, qui se fait au détriment de la coop, suite à la perte d’adhérents et de volumes. C’est ainsi…mais sans coop au départ, point de salut.

    Attention aux cuvées avec nom de domaine des coopératives ; il ne s’agit pas toujours d’un domaine au sens où l’entend la majorité des consommateurs, c’est à dire une propriété appartenant à une famille ou à une société. Il s’agit fréquemment d’un nom forgé de toutes pièces et qui rassemble des récoltes ayant plus ou moins les mêmes caractéristiques, ou provenant d’un même quartier.

    Votre dégustation, David, révèle tout de même que « l’on en a pour son prix », c’est-à-dire pas forcément des vins enthousiasmants. Vous l’avez écrit : « Rien à dire à ce prix », ce qui est très significatif. Il en faut pour tous les budgets et pour tous les goûts ; mais on constate que les limites son vite atteintes….

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  3. I, too, have long been impressed by Plaimont.

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  4. Luc, pour Marciac j’accepte aussi leurs invitations aux concerts (et je paie mes places pour d’autres) car ils en ont une allocation de partenaire, mais je paie ma chambre d’hôte, parfois assez loin car je m’y prends trop tard vu l’affluence actuelle. J’apprécie aussi beaucoup André Dubosc qui est toujours là, mais en retraite. Il a un digne successeur qui a pour nom Olivier Bourdet Pees et qui figure sur la gauche de la photo. Il est béarnais et aussi compétent que sympathique. Un profil différent pour une époque différente et c’est un autre atout de cette structure que de savoir bien choisir ses équipes dirigeantes.

    Georges, je suis d’accord que la coopération a joué, et joue toujours, un rôle vital qui va croissant lorsqu’on descend les latitudes. Aussi qu’il y en a d’autres beaux exemples dans différents secteurs. Il y a, chez Plaimont des vins plus hauts de gamme dans la série des rouges qui vont au delà du simple bon rapport qualité/prix. On regardera cela le semaine prochaine.

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    • Sans déflorer ton sujet, David, leur … Madiran (qu’on pourrait considérer comme une appellation rivale) vaut largement autant que bien des domaines sur cette appellation (que je tiens pourtant en haute estime et qui correspond à mes goûts perso en plus), et des cuvées comme « Le Faîte » ou « Le Monastère » sont d’excellents vins. Quant à la coopération, j’y consacrais toute une soireé lorsque je devais donner des cours au CERIA à Bruxelles. Le sujet fâche car le manichéisme est de mise chez les commentateurs, et chez les apporteurs de raisin aussi. Mais la pire susceptibilité se trouve chez les dirigeants (pas tous évidemment). C’est un autre sujet et, personnellement, … j’ai déjà donné! No comment. Un petit bravo quand même au « trésor de guerre » de l’Etoile à Banyuls, ou aux « Vignerons de Maury), même si mon idylle avec ces derniers est tumultueuse. Leurs caves renferment des merveilles de vins oxydatifs, témoins d’un savoir-faire et d’une qualité de raisins.

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  5. J’y étais aussi l’autre semaine et j’ai pu, une fois de plus, goûter d’excellentes choses. Même en Madiran, Luc, où la cave de Crouseilles est en train d’évoluer et de se rajeunir (titillée par la progression qualitative de Saint-Mont ?) pour le plus grand plaisir de l’ami Dubosc qui, si j’ai bien compris, est béarnais, mais que d’un côté.

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  6. Le tannat, c’est … trop injuste, Michel. Même à 70 hl/ha, si l’eau est là et le soleil aussi, et si le vigneron connaît son métier, c’est absolument délicieux! Le père Romero (à la Soumade) avait obtenu l’autorisation d’en planter (expérimentalement) et, sur les terres bénies de Rasteau, qu’est-ce que c’était bon !!!! Je ne sais pas ce que c’est devenu.
    Tiens c’est tant bon que, même pour un aficionado cruel comme toi, j’aurais envie d’en faire goûter un peu. Pourtant, je ne te connaissais pas ce travers du temps où tu fréquentais les mauvaises influences de Béziers avec moins d’application. Si une vachette t’attrape, je lui concèderai les deux orielles et … ton chapeau!

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    • Pas loin de chez moi, il y a un coq criard et remuant, intégriste et fâcheux, pour ne pas dire plus. Mais point vu de vachettes ces derniers temps à Béziers. Les gros toros de Muria sont rentrés au bercail laissant notre fausse Séville dans une atmosphère post gueule de bois due surtout à une consommation effrénée de Ricard et de sangria en cubi. Et j’attends avec impatience mes échantillons de Crouseilles pour vérifier ce que j’ai goûté là-bas. Au fait, si tu passes, il me reste de vieux Brumont en cave…

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  7. Avec ton coq, Michel, parles-tu de Robert Ménard? Tu sais, je suppose, qu’il a été militant à la Ligue Communiste Révolutionnaire, puis membre du PS (tendance CERES). Deux écoles de fascisme, tu penses?

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  8. Pingback: Plaimont, toujours Plaimont… | Les 5 du Vin

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