Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Tourisme à Barcelone avec Julian Castagna

9 Commentaires

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Julian Castagna est un vigneron Australien installé à Beechworth, Victoria, et ses vins sont l’antithèse du modèle traditionnel de la viticulture australienne, à vrai dire, ils sont assez surréalistes, tout comme le personnage. S’il fallait le cataloguer, je le mettrais dans la catégorie des biodynamistes naturistes et «rationnels», mais ça ne dépeint pas vraiment l’homme. J’ai importé ses vins quelques années et nous entretenions de très bonnes relations.  C’est donc tout naturellement qu’il m’a demandé si je voulais bien lui faire connaître Barcelone – il avait réussi à  glisser un jour libre dans une de ses tournées européennes. Grâce à lui, je suis montée dans un bus touristique, j’ai découvert un nouveau domaine du Penedès et nous avons pu nous régaler de vieux millésimes espagnols qu’un ami a débouchés pour nous.

Une journée, c’est peu, mais, ce fut très intense, et tellement énergisant! Nous avons eu le temps de nous balader dans la vieille ville, d’aller savourer des tapas à la Boqueria – même si ça n’est plus ce que c’était, ça reste quand même exotique ! Evidemment, il fallait que je lui fasse goûter quelques vins catalans « natures » et pour ça, je l’ai emmené chez Joan Valencia, un distributeur spécialisé dans ce type de vins. C’est là que nous avons dégusté ceux de Joan Rubió, ancien responsable du vignoble et des vinifications chez Recaredo ; en 2015,  il a créé son propre domaine, Masia Cal Tiques, à Santa Margarida i els Monjos. Sa philosophie reste la même: travailler avec la nature, l’observer, la comprendre, la respecter, mais il a franchi un pas de plus, en choisissant de n’élaborer que des vins natures. Nous avons gouté ses trois blancs, tous vinifiés à partir de levures autochtones, tous sans DO:

Joan Rubió Essencial 2015 Blanc

C’est un 100% Xarel-lo, la vigne a été plantée en 1996, le vin a fermenté 10 jours dans une cuve inox, il a ensuite été élevé 3 semaines en fût de chêne et 6 mois en cuve. Volume : 10,5%

La production est de 3.050 bouteilles.

La couleur est paille, brillante, le nez dégage des notes de fruits blancs murs, la poire est très marquée, et se termine sur un fond d’herbes méditerranéennes, fenouil. La bouche est fraiche, nette, franche et assez persistante. Ce qui nous a frappés le plus: sa légèreté et l’énergie qu’il dégageait.

PVP: 16,70 €
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Joan Rubió Joanots 2015 Blanc

 Le vin est issu de vignes de Macabeu de plus de 40 ans plantées sur des sols argilo calcaires. Il a macéré 7 jours en cuves inox, 1/3 a terminé la fermentation en amphores de céramique,  et les 2/3 restants  en cuves inox. Il est resté ensuite 17 jours en amphores, 12 jours en barriques de chêne et 6 mois en cuve inox. Vol. 10,5%

Production 870 bouteilles

Prix Public: 19,60€

Sa robe est dorée, le nez est intense, les aromes sont ceux de fruits murs, la poire et la pomme golden sont très présentes, viennent  s’ajouter des notes de fenouil. La bouche reste fraiche, fruitée sur fond vanillé très léger, la finale est légèrement amère et longue. C’est un très joli vin, net, savoureux et tonique.

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Joan Rubió Tiques 2015

Le vin est issu de vignes de Xarel-lo plantées en 1998 sur des sols argilo calcaires. Le vin a fermenté 10 jours dans une cuve acier, suivi d’un passage de 3 semaines en futs de chêne, puis 6 mois en cuve inox.

L’arôme est net, élégant, il laisse une sensation de concentration, et de vivacité. C’est un vin jeune mais mur, la bouche est marquée par une acidité moyenne qui lui donne une touche de fraicheur et de profondeur. On perçoit les tanins qui apportent une structure intéressante qui donne une sensation de volume. C’est un vin équilibré qui transmet bien la typicité d’un Xarel.lo

Vol. 10,5%

Production 650 bouteilles

Prix public: 23,80€

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Un domaine à suivre, malgré sa faible production, mais si je vous en parle, c’est qu’il représente assez bien le nouveau visage viticole de l’Espagne: les grandes bodegas sont toujours là et savent se renouveler, mais, les viticulteurs pourvoyeurs de raisins, de plus en plus, créent leur propre domaine, de petite taille;  on voit également arriver des nouveaux venus, attirés par une vie plus saine, et tous semblent se tourner vers une agriculture écologique et beaucoup d’entre eux optent pour le vin naturel.

Le soir, nous sommes allés dîner à Monvinic, l’incontournable restaurant, reconnu comme un  temple du vin. Endroit à la mode certes, mais dirigé par des passionnés du vin, et de la bonne cuisine, Isabelle Brunet en est l’âme, elle a su s’entourer d’une équipe attentive et très compétente. Elle avait connu Julian Castagna lors de son séjour en Australie et tout naturellement, elle avait référencé ses vins.

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Isabelle Brunet dans la cave de MONVINIC

La rotation n’étant pas très importante, même ici, cela nous a permis de déguster des millésimes mûrs :

Castagna  2009 Allegro Shiraz Rosé

J’avoue que nous étions assez dubitatifs sur ce que nous allions trouver, sauf Julian qui lui, au contraire, se réjouissait. Bien entendu, la couleur était pelure d’oignon foncé, le nez nous a surpris, il s’est révélé assez complexe, offrant des notes florales et d’herbes sèches, un peu terreux sur la fin; la bouche était délicate et légèrement épicée, fluide et vivace.

Un vin évolué, je ne le cache pas, mais non dépourvu de charme, et qui n’a pas peur d’afficher ses beaux restes.

 Castagna 2005 Genesis Syrah

La robe est restée sombre, le nez était encore vibrant, épicé, offrant des notes florales et de sous-bois; la bouche était encore ferme, j’y ai même trouvé des notes des truffe et de cèdre. Les tannins étaient fondus, je crois avoir détecté des notes de violette en finale. Loin de s’affaiblir, il reprenait vie dans le verre et de la persistance en bouche. Un bien joli moment.

Julian nous a expliqué qu’il faisait aussi un vermouth , j’espère avoir l’occasion de le goûter un jour, moi qui suis fan des vermouths!

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JULIAN CASTAGNA

Le vin suivant nous a fait revenir en Espagne:

Viña Real Reserva 1982

C’est Christophe Brunet qui nous a amené cette bouteille, il voulait donner l’occasion à Julian de déguster un grand classique.

La robe était moyennement dense, la couleur assez sombre encore, avec des reflets grenat et cuivrés, brillante. Le nez assez fermé dans un premier temps n’en finissait pas de se développer au fur et à mesure qu’il reprenait sa respiration, ample, mûr, généreux, il offrait des notes de cerise à l’eau de vie, de confiture d’orange, mêlées à un fond de feuilles séchées, de tabac blond, de fleurs fanées et de cuir. En bouche, il s’est montré vif, frais, croquant, épicé et d’un fruité acidulé, les tannins étaient  fins mais fermes. Il paraissait encore en pleine forme, mais à son apogée.

On ne se lasse pas de ces grands classiques!

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Heureux hasard, Mireia Torres dînait à une table voisine, et elle nous a fait goûter 3 millésimes du Cabernet Sauvignon de Jean Léon (rappelons que ce dernier a été le premier à implanter ce cépage bordelais dans le Penedès).

Jean Léon Cabernet Sauvignon 1983, 1978 et 1977

Le style de ces 3 vins est typiquement bordelais, assez austère, avec une bonne acidité, et des tannins encore présents. Mais ils se maintiennent magnifiquement, la couleur est certes un peu effacée, les nez offrent des notes de sous-bois, de réglisse. En bouche, un corps moyen, un fruit mur, une certaine astringence et acidité. Assez complexes, mais pas très longs. Le 78 nous a bien plu, à l’aveugle on pourrait facilement le placer à Bordeaux, c’est le plus racé. Le 83, a été le plus impressionnant, c’était plus sombre, le plus concentré, et en bouche, c’était celui qui offrait le plus de concentration et de puissance. En fait, ce fut le 1977 qui a vraiment fait connaître les vins de Jean Léon. Ronald Reagan, avec lequel il s’était lié d’amitié, l’avait choisi pour fêter sa cérémonie d’investiture en 1981. A partir de ce moment, tous les espagnols s’arrachèrent ses vins.

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En guise de conclusion

J’ai essayé de montrer à Julian Castagna les deux visages de l’Espagne actuelle, celui des petits producteurs qui émergent un peu partout dans toutes les zones viticoles et qui se tournent plutôt vers les vins naturels, une tendance qui s’implante de plus en plus et que la grande restauration espagnole cautionne, et de l’autre côté les bodegas traditionnelles qui continuent d’innover et qui témoignent de leur qualité  au travers des vieux millésimes que nous pouvons encore déguster.

Les deux styles coexistent et trouvent leur marché et c’est tant mieux.

 Hasta pronto,

MarieLouise Banyols

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

9 réflexions sur “Tourisme à Barcelone avec Julian Castagna

  1. Remarques en vrac, comme le peu d’éthique des mecs qui ont du fric. En voilà une provoc’ qu’est pas du toc, mais une belle allitération. On s’amuse comme on peut. Tout d’abord, on signale qu’une journée avec MLB, « c’est court mais c’est intense ». Pour l’avoir observée à l’oeuvre à Trilla au mois de juillet (elle ne m’avait pas reconnu mais a asticoté Raymond Manchon à 40 cm de moi avec une intensité presque coupable), je ne peux que confirmer cette affirmation. Ensuite, elle sait manier l’oxymoron : « un biodynamiste rationnel », voilà la plus belle « contradictio in terminis » que j’aie lue dans ma chienne de vie. Le portrait d’Isabelle Brunet est correct. Je lui dirais toutefois ne … Pousson pas le bouchon trop loin. Enfin, j’ai eu dans ma cave bruxelloise le Viña Real 1982 et, effectivement, c’est un joli petit morceau de Rioja. Enfin, le CS de Léon (le mien c’était du 1982 aussi) passait à l’époque un temps fou dans le bois et cela lui allait bien. On oublie parfois que, quand c’est mûr, ce cabernet est un cépage intéressant. Je parle de la maturité des peaux, rarement atteinte en France car les vignerons ont peur de son degré alcoolique. Je ne sais pas pourquoi, mais Jeanne Boyrie y arrivait avec son La Lagune, jadis. Des magnifiquers vins (1970, 75, 76, 78, 82 …). Bizarrement, son prédécesseur – je veux dire avant son mari à elle bien sûr – un certain Brunet également, faisait de même alors que son CS en Provence (Vignelaure) était toujours coupé très tôt (= trop tôt). Le monde est étrange. Allez, on coupe le son.

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  2. J’ai pensé à vous Luc quand j’ai écrit »biodynamiste rationnel », mais j’avais du mal en quelques lignes à dépeindre Julian. Il est certes biodynamiste et partisan des vins naturels, mais pas dans une secte et il les maîtrise. Il utilise la technologie, car élaborer des vins naturels, pour lui, ça n’est pas laisser faire la nature. ça requiert un grand savoir faire.

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  3. Au-delà de ma taquinerie, on revient sur l’éternel débat qui n’en finira jamais si on ne DEFINIT pas les choses. Quand Zind-Humbrecht (surtout Olivier je pense) est passé en BD, il ne s’agissait pas pour lui de suivre un gourou illuminé (Steiner) mais de tenter une approche plus proche de la nature, qui avait déjà donné de bons résultats chez des collègues (André Ostertag par exemple). Il partait d’une solide base, avec des références, et savait où il allait. En outre, la BD est « porteuse », commercialement parlant, et tout est bon à prendre dans une époque où la vente des bons vins est difficile. J’ai beaucoup d’estime pour ce domaine et suis sûr qu’ils prennent dans les « recettes » ce qui apporte qqchose, et ne s’imprègnent pas du fatras de sottises du « penseur » anthroposophiste. Je suis certain que leur purin d’ortie est fabriqué avec soin mais je serais très surpris qu’on enfonçât des tiges de fer dans le sol à des endroits stratégiques pour « dynamiser » la terre grâce aux astres. Et on sulfite les vins chez eux, quand il le faut et comme il le faut. Pour les « nature », je suis ami depuis 1986 avec Thierry Allemand. Il était l’ouvrier du fantastique Robert Mixchel, à l’époque. Thierry est quelqu’un de chaleureux et un grand observateur de la nature. Il utilise le moins de sulfite possible, et souvent pas, mais ses vins ne sont nullement déviants. Plus nature que lui tu meurs, mais il élabore de la syrah rhodanienne, souvent même du Cornas reconnaissable. Je conserve ici à Corneilla (sans clim) des bouteilles à lui (1985, peu, et 1991, un peu de plus récent) qui vieillissent parfaitement. J’ai bu l’autre jour un Crozes de Dard et Ribo (2014 il me semble) dans le meilleur restau du département (rue Jean Payra) et le vin était magnifique. Le sommelier (originaire de Fronton et adorable garçon) m’a confié qu’il tremblait de frousse à chaque débouchage: au moins 4 bt sur 12 sont imbuvables. Cela me tue!

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  4. J’avais le même problème à Barcelone avec Dard et Ribo, je ne compte pas les bouteilles qui m’ont été ramenées. Julian tente lui aussi une de se rapprocher au maximum de la nature, il utilise le moins de soufre possible, mais ses vins ne sont pas déviants non plus. Les vins de Thierry Allemand sont un autre magnifique exemple. Mais, j’avais beaucoup de mal à les vendre à Barcelone.
    Etes-vous content au final de vos vendanges?

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    • Quand on a plus de 2 millésimes d’avance (en stock) et qu’on paie cher pour l’entreposer, une campagne de vendange maigre ne gêne pas trop. Toutefois, cette année a dépassé l’entendement. Pas de carignan du tout, syrah bouffée par les sangliers, grenache avec des baies de la taille de petits pois extra-fins (pas la couleur heureusement). J’ai fait moins de 20 hl de vin cette année !!!! Pour rappel, en 2007, mon année la plus productive, j’en avais 170 hl, ce qui n’était pourtant pas énorme non plus!
      Bien sûr, les « Monsieur je sais tout » (l’AOC française la plus répandue) expliqueront doctement pourquoi et ce qu’eux auraient fait à ma place. Donc, je regrette de ne pas avoir pu élaborer plus de rosé (syrah!!!!!) qui m’apporte la trésorerie de début d’année (je le vends au prix du rouge et il part tout seul, lui) mais pour le reste… on gère avec philosophie. Ma seule cuve de rouge était à 1006 de densité hier soir, elle perd encore tjs 5 ou 6 points par jour, n’a jamais dépassé 20,5 °C en température et est très aromatique, limite écoeurante à ce stade (à cause du sucre résiduel, on dirait un vin de la… Barossa). Et j’aurai 60 ans la semaine prochaine, avec des amis qui me rendent visite pour deux jours d’activités « surprise » (dans l’Aude et en Ariège) que je leur ai concoctées. il y a plus malheureux que moi.

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      • Vous me décrivez le même scénario que dans le haut-Penedes: sangliers, plus raisins minuscules ++++ Bon courage.
        J’ai hate de venir vous voir, en novembre peut-être?
        60 ans quelle jeunesse!

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  5. Gelukkig verjaardag bij voorbaat, Lukske!

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  6. J’interrompt ce dialogue pour dire que le WE dernier j’étais chez Isabelle (& Vincent), garé à deux pas de Monvinic et que nous avons goûté quelques pinots noirs du monde entier… dont, je m’excuse, un horrible jus de chaussette du Pénédès. Ton article, Marie-Louise, je viens de le dévorer et je me dis que j’ai eu un sacré pic en te laissant ma place. Je t’embrase. Luc aussi.

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