Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Barcelona Vadevermut, le salon du Vermut et de l’apéritif

16 Commentaires

Vadevermut a fêté sa deuxième édition, les 15 et 16 octobre derniers.

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Je vous l’ai déjà raconté, la tradition du vermut, pratique courante en Espagne depuis de nombreuses années, était un peu oubliée;  il semble qu’elle refasse surface et avec un succès significatif. De nombreuses nouvelles «vermuterías», sont là pour l’attester.

A Barcelone, on buvait normalement le vermut le dimanche à midi accompagné de tapas, mais dernièrement, on n’hésite pas à le consommer les après-midi et même le soir avant de dîner. Suite à cette pratique extensive, le salon Vadevermut a vu le jour dans la capitale catalane. Il s’est à peine écoulé 6 mois depuis la première édition, qui a dépassé toutes les attentes, et a connu un vrai un succès de participation: plus 5000 personnes y ont assisté et plus de 25.000 vermouths ont été servis ; tant et si bien que l’idée initiale d’en faire un événement annuel a pris un virage radical.

Et donc, la second salon entièrement consacré au vermouth s’est tenu samedi et dimanche dernier. Bien entendu, je ne pouvais pas rater ça, moi qui suis fan de cet apéritif !  Le lieu était bien choisi, le « salon » se tenait au Poble Sec,  à l’Espai CREC,  un quartier et un endroit très branché et très vivant. L’idée étant de garder la même philosophie et l’essence de la première manifestation : un évènement  qui vise à promouvoir et à faire connaitre tous les produits qui composent l’acte socio-culturel de «faire  le vermouth» (traduction littérale), le vermouth en lui-même évidemment, mais aussi tout ce qui l’accompagne : les conserves, marinades, olives, et d’autres produits traditionnels indispensables à un bon «vermuteo». Il était annoncé comme populaire et professionnel, mais en réalité, il n’avait absolument rien de professionnel, d’ailleurs je n’en ai pas croisé un seul ! J’y étais vers les 14h, le lieu était plein à craquer, normal, c’était l’heure de l’apéritif, j’y ai trouvé du tout public, mais surtout,  des jeunes ne dépassant pas la quarantaine, issus de tous milieux, serrés dans un grand espace où se côtoyaient  exposants et bars à tapas. L’ambiance était très amicale, très festive et très joyeuse, et j’ajouterai de très bonne tenue, je n’ai pas vu de dérapages, ce qui est très appréciable.

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Côté exposants, plus de 20 marques  locales et nationales  sélectionnées parmi de petits producteurs pour la plus part,  pour leur qualité et leur exclusivité, il y avait même une présence internationale! La dégustation n’était pas prévue, il fallait payer 2€ le petit gobelet en plastique, pour avoir droit de gouter à chaque stand; la plupart des visiteurs venus en groupe, achetaient la bouteille et aller la consommer sur une des multiples tables hautes en l’accompagnant de tapas. L’exercice a été plus compliqué pour moi, étant seule, sans le moindre crachoir à l’horizon, je me suis contentée de gouter ceux que je ne connaissais pas. Je ne vous imposerai pas des notes de dégustation, l’endroit, le bruit, ne s’y prêtait pas, en outre on ne sait pas si les arômes que l’on croit découvrir viennent réellement des vermouths ou des préparations culinaires qui nous entourent et nous envahissent d’odeurs ;  les photos vous parleront davantage et vous donneront une idée de l’ambiance et de la diversité proposée.

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Les marques catalanes dominaient, par ordre de préférence :

  • Saint-Gervasi, tout nouveau arrivé sur le marché et vraiment séducteurimg_1954

– Miró

(meilleur vermut 2016 Premis Vinari), le vermut de Reus très reconnu, existe en blanc, en rouge, le Reserva… Le rouge est mon préféré, il stimule et rafraichit à la fois, il parait assez léger, l’amertume finale masque une légère douceur, la finale balsamique est élégante. Bouteilles de 1 L. 4,95€

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  • El Bandarra, je vous en ai déjà parlé, artisanal aussi, 8, 95€ la bouteille d’un litre

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  • Padró & Co (meilleur vermut blanc catalan Premis Vinari) 7,95€

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  • Olave blanc et rouge, sur le marché depuis 2014 seulement, mais qui pourtant a su s’implanter rapidement : 5, 70€

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  • Fontalia (Priorat) El vermut Fontalia Classic  . 6,95€

  • Dos Déus, (Priorat) 13,80€

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  • Rosique (Terra Alta) puissant et équilibré

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  • Myrrha rouge ou blanc 5€, le Reserve rouge : 9,50€img_1956
  • Murcarols rouge ou blanc, 1L. 8,25€

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  • Cisa (Maresme), celui de toute la vie, blanc et rouge 1L .5, 25€

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  • Medusa (Tarragona) traditionnel 5,90€img_1984
  • Dotze (Conca de Barbara)

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Mais on pouvait goûter aussi des vermouths des autres régions d’Espagne:

un Vermut Basque : Txurrut 9,45€img_2012

La Copa, un vermut de Jerez : Gonzalez Byass 9,25€

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deux vermouths de Galice: Pepa A Loba, vermut de albariño, 10€, et St.Petroni 13,95€

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Mutus, un vermut premium qui a macéré dans des oranges de Valence 11€

img_1995– Perdón, le vermut de León 7€

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– Un vermut de Valence: Vall de Gorgos, Bodegas Xaló, 5€

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–  Sa Concha: un vermut artisanal qui aux traditionnelles notes d’agrumes, assoicie le romarin et le thym

–  Vermuka, un vermouth de Cantabrie

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– Zarro, le vermut de Madrid 1L. 5,95€

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– Vermouth Manolete : Blanc ou Rouge 1L 3,60€, j’adore l’étiquette

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Et comme marques internationales…

 

– un vermouth italien: La Canellese

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et un Australien, Maidinii, chez qui je me suis arrêtée plus longtemps.

Gilles Lapalus, un Français installé en Australie, présentait 3 vermouths originaires de Central Victoria, marque : Maidenii. C’est l’aboutissement d’une collaboration avec le barman australien Shaun Byrne.

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Il s’agit de vermouths très artisanaux, tous les vins de base sont issus de Heatcote et les raisins sont vendangés manuellement.  Les levures sont autochtones, le mutage se fait en cours de fermentation,  les 34 plantes fraiches et séchées,  dont 12 sont indigènes (sea parsley, strawberrygum, river mint, wattleseed, une variété d’eucalyptus qui sent la fraise, et une des 3 variétés comestibles de mimosas …),  macèrent dans l’alcool neutre. L’absinthe  est cueillie par eux-mêmes dans le Central Victoria, ils travaillent aussi avec les communautés aborigènes pour récupérer une partie de cette production. Chaque plante est macérée individuellement. Le vermouth est élevé  quelques mois supplémentaires en fut et en cuve, puis assemble pour la filtration et la mise en bouteille.Points significatifs :- élaboration soignée du vin de base à partir de raisins issus de vignobles prestigieux.

– minimum de sulfites ajoutés.

– mutage en fermentation donc pas de sucre ajouté, ni de caramel.

– chaque style utilise les mêmes 34 plantes, mais avec des proportions différentes.

Ils sont tous millésimés.

  • Le Maidenii Classic

Le vin de base est une syrah de Heatcote,

Alcool : 16 % vol.

Sucre résiduel : 65 g/L

Le Classic met l’accent sur le zeste d’orange, les feuilles de laurier et les racines de gentiane. Sa couleur est déjà étonnante, cuivrée, le nez est puissant révèle des senteurs de plantes, la bouche est moyennement corsée,  légèrement acidulée, finale amère sur les épices douces, le clou de girofle et la feuille de laurier. Très frais et très équilibré.

  • img_1969Le Maidenii Dry         

    Le vin de base est issu de viognier, pressurage en grappe entières, fermentation en fut et en cuve, mutage en cours de fermentation.

    Alcool : 19 % vol.

    Sucre résiduel : 20 g/L

    Le Dry met l’accent sur les feuilles de citron, la nigelle et la gentiane japonaise.

    Sa couleur est paille clair, le nez s’ouvre sur des notes fruitées,  herbacées, et épicées, jolie complexité. La bouche comme le précédent semble assez légère, pourtant elle ne manque pas de profondeur, s’ouvre sur les épices, les agrumes et montre une belle fraicheur finale, où dominent des notes délicatement amères de gentiane.

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  • Le Maidenii SWEET              

Vin de base : cabernet sauvignon,Élaboration : vendanges mécaniques, pressurage direct, fermentation en cuve, mutage en cours de fermentation. Alcool: 16 % vol.

Sucre résiduel : 130 g/L

Le Sweet met l’accent sur les le zeste de pamplemousse, le macis et la racine d’angélique.

La production actuelle est de 30000 bouteilles, l’idée étant d’atteindre les 60000.

L’esprit du vermouth est bien présent, le rosé est à boire seul, le blanc est plus dans un style italien, c’est celui que j’ai préféré, les 3 sont séduisants racés même. Le hic réside dans les prix qui sont élevés, là on n’est plus du tout dans l’esprit des vermouths espagnols. Il le proposait à 30€ mais son vrai prix est 45€, un vrai décalage, en tous les cas par rapport à l’Espagne où la culture du vermut était au départ très populaire, le but étant de se réunir entre amis, de payer chacun sa tournée, le prix ne doit pas dépasser 2€ le verre,  accompagnés de tapas. Un «grand» vermut ne rentre pas dans ce cadre, il s’adresse à des publics différents et d’ailleurs ça se confirme quand on regarde chez qui il est présent à Paris : Le Cave/Le Châteaubriand, Le Dauphin, Le 110 de Taillevent, L’Astrance, Le Passage, Akrame, Divvino, La Renaissance (Voltaire)

L’importateur en France est Brill & Gilis; en Italie, c’est Velier; en Greande-Bretagne, c’est Indie brand.

Conclusion

Plus qu’un salon, c’était un endroit de rencontre très familial et amical, où en plus de consommer on pouvait acheter des bouteilles et toute la « panoplie » nécessaire au parfait vermouth. Vu le succès de l’évènement, la conclusion serait que le vermouth se porte bien,  très bien même, il est devenu l’apéritif par excellence en Espagne. Ce que je trouve curieux c’est que passé la frontière du Boulou, il reste complètement méconnu, je le fais gouter à mes amis à Perpignan, mais je n’en trouve nulle part, pourtant nous avions nous aussi une tradition de vermouths, elle s’est perdue et nous ne l’avons pas encore récupérée!

Une précision: les prix annoncés sont à la bouteille.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

16 réflexions sur “Barcelona Vadevermut, le salon du Vermut et de l’apéritif

  1. Marie-Louise, je suis heureux que tu aies pu rencontrer Gilles et déguster ses vermouths.Les vins qu’il faisait en Australie sont aussi très bons. Je suis assez d’accord quant à ta remarque sur les prix, même si je me demande si les très bons Vermouth d’italie (d’ou est originaire, je crois, cette tradition) ne sont pas aussi dans cette zone tarifaire. A voir.

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  2. Une simple petite interrogation, au débotté, sur les modes en matière de boisson. Comment naissent (et disparaissent) ces engouements ? Il en va de même avec le gin, très « in » actuellement. Evidemment, dans ce cas précis, ce sont les industriels eux-même qui poussent, vu que ce produit 100 % artificiel se prête magnifiquement bien à la production de masse et délocalisée (n’importe où en fait), laissant le champ libre ensuite aux petits génies de la comm’. A l’inverse, les VDN (récemment développés par les 5) exigent une matière première – relativement – rare et très localisée: du raisin hypermûr.

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  3. Remettre les VDN à la mode, se serait magnifique! Pourquoi un tel engouement pour les vermouth qui titrent 16ª au minimum et pourquoi une telle désaffection pour les VDN? Faudrait-il les aromatiser? quel gachis? Et les prix ne peuvent rivaliser. Et, vous avez raison, des vermouths on peut en faire partout, à partir de n’importe quel vin de base.

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    • En fait – mon texte prête à confusion – le reproche d’ubiquité portait surtout sur le gin. Mais, vous avez raison, il s’applique aussi dans une moindre mesure aux vermouths. Toutefois, ils nécessitent au moins un peu de vin. Pour les alcools « blancs »,un des plus grands producteurs mondiaux est la ville de Hasselt, dans le Limbourg belge (Wodka, Rhum, Gin … ).

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  4. ¡Gracias por la reseña! un placer haber recibido tu visita 🙂

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  5. Je pense que le Vermouth a une image plus rafraichissante que les VDN, ce qui le favorise à l’apéro.

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  6. Pardon, pardon, très dròle

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  7. Pluriel irrégulier: un siphon, des marionnettes

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    • Je vois que, toi aussi, tu es fan de Christophe, Hervé! J’espère que tu vas, que tu vas, nous les présenter …
      Après le Zimm, j’essaie depuis 2 jours de convertir ma mère à Piazzolla . C’est plus facile, d’autant que je passe par Gidon Kremer (commentaire: « Il ne doit plus être tout jeune » ! – elle a 86 ans), par Aussel et sa guitare magique, par l’orchestre symphonique de Liège …
      Demain, la plage des Chalets de Gruissan … mais sans les charmes humides et érotiques de Béatrice Dalle. On va se la rincer.

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      • Piazzolla ? celui que l’on ne voit que dévoué à l’unique tango a également été un remarquable compositeur de musiques « classiques ». Lors de notre ban des vendanges 2015, l’orchestre a interprété de lui « Oblivion » et « Muerte del Angel » pour le plus grand plaisir des spectateurs, étonnés de découvrir une facette assez méconnue de ce compositeur.
        Kremer ? pas si vieux…et heureux interprète de Piazzolla. Votre mère est convaincue ? Succès ?

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  8. Une fois de plus une belle plongée dans un univers qui m’est totalement inconnu. Instructif, ça l’est. Merci Marie-Louise.

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  9. Surprenant et fort attractif. Merci Marie-Louise. Je reste stupéfait par la modicité des prix (sauf rares exceptions) de ces vermouths, étant donné que la fabrication des décoctions, macérats et autres manips aromatisantes demande du temps. Cela veut-il signifier que le vin qui leur sert de base est à très bas prix ?

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  10. Oui, Truc. Comme avec Mauss, la belle musique semble établir des ponts entre gens vivant sur un autre mode (je n’ai pas oublié le « n »). Je ne suis pas fan d’opéra, mais apprécie Verdi. Lui aussi. Comment ne pas aimer Verdi? Ma mère est très classique et fut une excellente pianiste avant que l’arthrose ne l’empêchât de caresser son … quart-queue (oh!). Bye bye love, bye bye sweet caresses, hello loneliness, I think I’m gonna die etc … Je signale de manière irrévérencieuse qu’elle aimait beaucoup l’ébène sur son instrument mais se méfait des pédales. Mais elle a « accroché » à la musique de l’homme de Mar del Plata. Il faut dire que « Adios Nonino » est une merveille, ainsi que les « pièces » que le grand Astor a composées pour son compatriote Aussel, à l’origine de toute la controverse qu’on connaît.

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