Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Eloge du blanc (doux, sec, effervescent ou tranquille), au travers de 3 vins

10 Commentaires

img_7848Les trois bouteilles concernées, prises sur le mur d’une terrasse chez moi dans la brume matinale gasconne. Pas assez de pluie pour les cèpes, malheureusement.

Quand on voit qu’en France, il se vend aujourd’hui plus de rosé que de blanc, il y a de quoi se désespérer des goûts de «nos» compatriotes. Mais peu importent les modes: elles ne signifient rien d’important, ni de bien utile. Mais qu’est qui est utile, et qu’est-ce qui est futile, en matière de vin? Car voila bien un sujet où c’est notre bon plaisir qui compte.

D’une manière totalement futile, donc, mais en dehors des modes, je vais vous parler de trois blancs qui m’ont donné beaucoup de plaisir cette semaine.

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Champagne Pierre Trichet, l’Héritage, Brut Premier Cru Blanc de Blancs

D’abord les bulles, car on commence généralement par ce type de vin. Pierre Trichet est un vigneron dont la production m’a semblé briller de mille feux lors d’une dégustation organisé par les Champagnes de Vignerons en septembre 2015 à Paris. Du coup je suis allé le voir au tout début de cette année et j’ai rendu compte de cette visite ici. J’avais déjà acheté quelques bouteilles de ses vins que j’ai transporté dans ma cave en Gascogne et avant-hier, avec des amis, nous en avons bu un. Il s’agit de la cuvée l’Héritage, Brut Premier Cru Blanc de Blancs qui ne porte pas de millésime: grande plénitude des saveurs en bouche car le fruité est totalement intégré à l’acidité ; la bulle aussi, délicate et alerte, puis, dans un grand ressac, la longueur prolonge le plaisir de l’ensemble. Ce vin se vend autour de 25 euros dans le commerce et c’est une très belle affaire quand je compare ce vin à certains noms plus connus.

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Bourgogne Chardonnay 2014, Justin Girardin

De quoi s’agit-il ? D’un Bourgogne Blanc (qu’on dit bêtement « générique ») acheté au printemps dernier, chez l’excellent caviste Plaisirs du Vin à Agen. Je note au passage que ce producteur choisit de faire figurer, comme il se doit, le cépage Chardonnay sur son étiquette et je l’en félicite: je ne comprendrai jamais pourquoi les producteurs français rechignent la plupart du temps à donner cette information si élémentaire à leurs clients. Que les «bois bashers» sautent ce paragraphe car ce vin a clairement fricoté avec Quercus robur (ou était-ce Quercus petraea ?) ! Et c’est tant mieux car cette coucherie lui a aidé à forger un squelette athlétique, une jolie fermeté de texture et une allonge remarquable. Du coup ce vin flirte avec des Bourgognes bien plus huppés sans perdre l’âme de sa matière première. Quand la matière est de belle qualité, pourquoi refuser de lui donner une dimension supplémentaire que la barrique, bien choisie et utilisée, peut apporter ? Le nez, expressif sans être exubérant, oscille entre arômes de citron confit, de noyau de pêche, de pain grillé et de vanille. La bouche, dominé par l’acidité mais sans aucune agression, paraît presque austère mais joliment perchée entre saveurs de fruits blancs et d’autres de type végétal. L’ensemble se révèle totalement en association avec un comté fruité qui rehausse le fruité même du vin. J’ai du payer ce vin autour des 15 euros, mais je ne m’en souviens pas parfaitement. Pas volé en tout cas !

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Riesling Sélection de Grains Nobles de 1989 de la Cave de Hunawihr.

Et pour finir, un grand vin doux, voire liquoreux (mais tellement délicat), apporté par un des convives, mon ami Florent Leclerq : un Riesling Sélection de Grains Nobles de 1989 de la Cave d’Hunawihr. Oui, les caves coopératives produisent de grands vins ! Robe soutenue d’un or qui tend vers l’ambre, nez riche et incroyable de complexité dans une gamme qui va de la confiture d’orange au pain d’épice en passant par toute une gamme de fruits secs et confits, puis une bouche qui réussit la prouesse d’associer une grande finesse de texture à des saveurs automnales somptueuses, le tout finissant longuement et toute en délicatesse grâce à l’acidité arrondie du riesling. J’ignore le prix de ce vin mais est-qu’on demande l’âge d’une dame ?

Un repas tout en blanc? Non, nous avons aussi bu un peu de rouge, mais là ce sont les blancs qui emportaient la mise à cette occasion, aisément. Est-ce que nous aurions pu éprouver autant de plaisir, et autant de diversité de styles en rosé ? Sûrement pas. Pourtant, le rosé se vend mieux. Allez comprendre !

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David

(Photo d’un fragment de mes calades)

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

10 réflexions sur “Eloge du blanc (doux, sec, effervescent ou tranquille), au travers de 3 vins

  1. Le style descriptif si caractéristique de « Marco » gagne vos écrits ; cette description du Riesling de la cave de Hunawihr est empreinte d’une grande délicatesse poétique ; elle est le reflet sincère de l’émotion que vous avez ressentie, qui passe avec allégresse dans l’âme du lecteur. Merci, David. Bonne nuit.

    PS : vos calades, pierres calcaires ? la photo montre apparemment du calcaire (gris) ; je ne peux pas m’empêcher de fourrer mon oeil de géologue, même sur une petite photo de cailloux…c’est très beau les calades.

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  2. Merci Georges. Je n’ai point l’odorat de Marco quand-même, mais ce vin était bien expressif.

    Quant aux galets que j’ai utilisé pour mes calades, ils proviennent de la Garonne voisine, donc, j’imagine, des Pyrénées, à l’origine. Pas du tout calcaires, je crois, en tout cas très durs alors que le calcaire d’ici est du genre tendre. Les couleurs varient pas mal du blanc, parfois tacheté de noir, au bleu-gris, en passant par le rose/roux.

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    • Besoin de jolis cailloux, David? Il n’y a pas que la Garonne!

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    • PS. Je ne serais pas étonné que tu suces de temps à autres tes jolis galets pour compenser le manque de goût de terroir de certains vins… 😉

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      • J’ai le souvenir d’un vin fait par Randall Grahm en Californie, qui, pour augmenter le goût du sol/dite « terroir » avait mis des cailloux dans la barrique. Un farceur pertinent selon moi, qui se moque gentiment de l’absurdité de tout ce discours sur l’effet des sols sur un vin.

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  3. En cherchant un peu, il existe aussi une belle diversité de rosés, David – certes, pas aussi importante qu’en blanc, mais on trouve aussi des rosés doux, comme le Cabernet d’Anjou, des rosés secs, comme les Côtes de Provence, des bulles (à peu près partout où l’on en produit) ) et même des rosés de garde, comme à Tavel ou à Bandol…
    Maintenant, tu as globalement raison, la désaffection des Français pour le blanc est assez incompréhensible.
    Mais la baisse régulière de la consommation de vin tout court est aussi un gros point d’interrogation.

    De plus en plus de Français ne boivent plus du tout de vin. Il y a une composante de politique de santé, une composante sociale, une composante religieuse, et sans doute aussi une question d’adaptation au goût de la clientèle – le succès des boissons aromatisées à base de vin semble montrer qu’une bonne partie de la clientèle française aime les produits simples, au goût formaté, sans surprise ni besoin d’une quelconque connaissance de l’origine ou du procédé.
    A côté de ça, il existe toujours une demande pour le type de vins que nous aimons, avec valeur humaine et d’origine ajoutée, mais elle devient minoritaire en volume – raison pour laquelle l’exportation devient un enjeu crucial . Tout cela mériterait plus d’exploration, plus d’analyse, bien sûr….

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    • Il n’y pas du tout la même diversité dans les rosés que dans les blancs. Essaies de me trouver un rosé issu de raisins botrytisés qui tient la route. Et ce n’est qu’un exemple. Le rosé c’est la banalité assuré surtout vu le chemin pris par les poids lourds de ce créneau très mode.

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  4. On devrait faire ça de temps en temps, parler d’un repas tout arrosé de quelque chose qui ne se boit plus guère; comme tout un repas au VDN, ou tout un repas au moelleux, ou toutes autres boissons devenues désuètes dans l’esprit du consommateur.
    Jolis commentaires de dégustations, en tout cas. Attention cependant de ne pas verser dans le tutti frutti comme dirait Jeffrey…!!
    Marco

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  5. En Haute-Savoie [le vin blanc] tous les matins une bouteille ou deux parfois trois sont déposées dans le torrent glacé par une main experte… Quant aux rosé il reste un régal toujours excessivement apprécié les jours de fête à Sete.

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