Les 5 du Vin

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Esplendor Vardon Kennett 2013, premier effervescent catalan de Torres

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Après presque 5 années de préparation, Mireia et Miguel Torres ont présenté leur premier vin effervescent catalan, élaboré selon la méthode traditionnelle: la Cuvée Esplendor 2013, de Vardon Kennett.

Une bouteille très attendue

Une bouteille très attendue, annoncée depuis plus de 2 ans comme un Cava haut de gamme destiné à rivaliser avec les champagnes. Mais, en août dernier, Miguel Torres révélait que le groupe renonçait à la DO Cava (à laquelle il avait pourtant inscrites les 36 000 bouteilles de la cuvée); et ce, sans pour autant adhérer à l’appellation Classic Penedès. En effet, le groupe ne souhaitait pas devoir se soumettre aux paramètres rigides de ce type de production, ni à ses limitations, mais pouvoir utiliser librement si besoin était des cépages non inscrits dans la DO Cava ou encore des raisins provenant de terroirs hors de cette même DO.

Le profil recherché pour cette cuvée haut de gamme dotée d’une acidité élevée et  dépendant donc de terroirs d’altitude, explique en partie cette décision – certains insinuent qu’un effet marketing aurait sans doute été également recherché. Je ne le crois pas, connaissant l’exigence et l’honnêteté de Mireia Torres, responsable technique du projet, je pense qu’elle a surtout pensé à la qualité avant tout et au style recherché.  Pour obtenir les caractéristiques de cette première cuvée, la famille Torres a sélectionné  des vignes dont ils sont propriétaires, situées à plus de 500m d’altitude. Elle est donc entièrement issue de raisins du Penedès, mais Miguel Torres Maczassek, le directeur général de Bodegas Torres  considère qu’il aurait pu tout aussi bien utiliser les vignobles d’altitude que le groupe possède à Tremp, en dehors de la DO Cava.

Le changement climatique et l’augmentation des températures, obligera peut-être à aller chercher des raisins dans les différentes vignes que la famille possède en altitude dans toute la Catalunya, sans qu’elle soit obligée de se limiter au Penedès. D’ailleurs, la canicule de cet été, un des plus chauds et des plus secs des dernières décennies, lui donne raison. Cette décision inattendue n’a pas été du goût de la DO Cava, qui vient de lancer une nouvelle catégorie de «Cavas de paraje» afin de redonner du prestige au secteur, et qui comptait sur l’arrivée d’une grande marque comme Torres pour redorer son blason.

Au Consejo Regulador, on veut minimiser l’affaire, et l’on explique que de toute les façons, l’effervescent de Torres, élaboré avec des raisins d’altitude, et une acidité différente, ne rentrait pas dans les paramètres du Cava, c’est donc une autre option; en outre, ça n’est pas comme s’il était sorti de la DO Cava, il n’y est jamais rentré et donc n’a jamais été commercialisé comme tel ! De ce fait, en aucun cas ce choix n’enlève du prestige au Cava. Bref, les apparenece ssont sauves, même si, en petit comité, on reconnaît que le coup est rude !

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Torres a investi deux millions d’euros dans ce projet, démarré en 2012, et qui lui permettra de compléter une offre déjà très large. Miguel Torres fils rappelle que chaque génération ayant laissé un héritage, sa sœur et lui (cinquième génération), ont créé le leur avec cet effervescent haut de gamme. Ils lui ont donné le nom d’un marin anglais, Daniel Vardon Kennett, né en 1781 sur l’île de Guernesey, mais lié à l’histoire du vin en Catalogne.

Quand un Britannique s’éprend d’une Catalane…

Lors d’un de ses voyages, le jeune Daniel arriva à Barcelone, où il fut séduit par ses vins et sa culture. Il décida alors de s’engager dans le commerce et l’exportation de vins locaux vers l’Angleterre. Des années plus tard, il épouse Maria Francisca de Ferrer, propriétaire du domaine de Santa Margarida d’Agulladolç. Il commence alors une nouvelle vie au milieu des vignes. Vardon Kennett y meurt à l’âge de 54 ans, sans enfant. Ses restes reposent dans la chapelle romane du domaine.

La propriété, située au cœur du Penedès, a été acquise dans les années 1980 par la famille Torres, qui l’a restaurée et transformée en cave pour développer son «mousseux». Construire la bodega, ici même, au pied de la chapelle romane de Santa Margarida, où repose Kennett, planter les vignes au pied de la montagne de Montserrat, c’est faire revivre un vignoble qui existait déjà. Miguel aime souligner que «les grands vins naissent de vignobles uniques aux histoires particulières, qui ont toujours existé et qu’il suffit simplement les sauver de l’oubli.» L’histoire de Vardon Kennett est une de ces histoires et méritait qu’un hommage lui soit rendu. La cave a été construite en respectant l’intégrité architecturale des bâtiments anciens.

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Santa Margarida d’Agulladolç

Mireia aux commandes

C’est Mireia Torres Maczassek qui est la responsable technique du projet. Lourde responsabilité puisque depuis que la Maison Torres existe, le Groupe n’avait jamais élaboré des bulles catalanes. Nul doute qu’elle réussira, son sérieux, son inquiétude, son travail sans relâche, sa proximité au vignoble et à ses équipes sont une vraie garantie du succès de tout ce qu’elle entreprend. C’est une grande dame du vin, sincère, réservée, humble mais d’une efficacité redoutable.

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Mireia Torres

Pour cette cuvée, elle a choisi deux cépages caractéristiques de la région de Champagne, le pinot noir (55%) et le chardonnay (40%), auxquels elle a rajouté un peu de xarel.lo (5%);  des cépages champenois, non pas pour élaborer une imitation, mais parce qu’elle avait un style en tête, que ces cépages en altitude allaient lui apporter, le xarel.lo étant la touche d’épice personnelle.

Esplendor est une cuvée Extra-Brut millésimée : 2013 qui fut une année atypique, plus pluvieuse que la normale dans le Penedès, avec un été sec et frais qui a favorisé une maturité des raisins lente. Elle a été élaborée selon la même méthode que la cava ou le champagne. Pour ce premier millésime, la fermentation malolactique a été totale de manière à compenser une acidité élevée due aux températures froides du millésime 2013. Le vin a fermenté en partie (12%)dans des barriques de chêne français pour lui apporter davantage de complexité et  a subi une seconde fermentation en bouteilles selon la méthode traditionnelle.  Il est resté au moins 30 mois en bouteille.

Enfin, la conception de la  bouteille rappelle le passé maritime de Vardon. Ses lignes sinueuses et les reliefs évoquent les vagues, tout comme l’étiquette, avec ses lettres noires bordées de doré, dont les ondulations ressemblent à une coquille. L’étiquette reproduit le blason d’origine de la propriété, et il est encore visible sur la façade.

Global Image Projects S.L.

Torres, Esplendor Vardon Kennet 2013

 

J’ai eu l’occasion de le goûter le soir où j’ai dîné à Monvinic avec Julian Castagna; Mireia, qui dînait à une table voisine avec des importateurs, nous en avait offert un verre. Mais je ne pouvais pas en parler puisqu’il n’avait pas été présenté officiellement. Elle m’a expliqué leur volonté de vouloir créer un effervescent  unique et très spécial. Je l’ai sentie  très fière de ce projet : le but était de dessiner une nouvelle conception de l’effervescence (je pense qu’elle voulait dire en Catalogne), qui se traduirait par un vin très frais, élégant et délicat, elle a même employé, si mes souvenirs sont bons, les termes de « féminin », et de « grande qualité ».

Le résultat est un vin aromatique aux bulles  fines et légères, la bouche est structurée, on y sent l’apport du pinot noir, mais fraiche et vive,  les arômes de fruits blancs et notes citriques dominent ; finesse et présence s’expriment ensemble, la finale montre une belle acidité qui soutient le fruit.

C’est une cuvée réservée aux restaurants et aux cavistes et à l’exportation (65%) ; la production du premier millésime a été limitée à 36 000 bouteilles. Les prochaines éditions 2014 et 2015 sont en cave.

PVP: 34€

En guise de conclusion

De cette cuvée, je retiendrai avant tout son élégance, son équilibre et son côté charmeur, finement fruité et vineux, je comprends ce que veut exprimer Mireia quand elle évoque une féminine élégance.

Cette fois-ci Luc, je ne suis pas tombée sous le charme d’un homme, mais sous celui d’une femme Mireia. Mais après tout maintenant que je ne suis plus acheteur, je puis me le permettre.

Il sera difficile de le vendre en France, où quoiqu’on en dise, nous restons prioritairement attachés aux Champagnes, mais je ne crois pas que les Torres aient misés sur les marchés français. La marque jouit d’une telle réputation à l’international, qu’elle écoulera sans problème aucun, une production de 36000 bouteilles qui semble très faible pour un tel Groupe.

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyolsuntitled

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

8 réflexions sur “Esplendor Vardon Kennett 2013, premier effervescent catalan de Torres

  1. Me gusterìa mucho catarlo, je demanderai à l’importateur en Belgique s’il l’a déjà.
    Marco

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  2. J’attends ton impression avec impatience.

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  3. J’ai lu ce papier avec attention, un rien d’admiration et un peu d’irritation – je n’arrive jamais à être totalement positif mais cela est-il nécessaire ?. Et puid, badaboum, presque à la fin, mon prénom honni apparaît. C’est m’accorder trop d’importance, ou bien simplement acter un fait rare : les 5 du vin aiment la contradiction de la part de leurs lecteurs. C’est tout à leur honneur. J’allais intervenir de toute façon.
    Un de mes tout meilleurs amis, qui nous a quittés en avril dernier, avait occupé des fonctions importantes au sein du marketing de l’importateur belge de Torres. Et il parlait à peu près de la même manière que vous de la famille dirigeante. Or, ce n’était pas un naïf, loin de là. Ils sont très forts! David va à nouveau me moucher, car mon nez n’arrêtera jamais de couler. Je ne pense pas qu’il y ait moyen, dans une société humaine, d’avoir du succès et d’être rigoureusement honnête à la fois. On n’est pas obligé de partager mon opinion. Un des plus grands fourbes de la politique française, M. Macron, réussira d’ailleurs fort bien, j’en suis sûr. Il est le personnage retors qu’il faut. On en retrouve du coup un peu de crédit pour le président actuel, c’est tout dire!
    Mais revenons à nos flacons. Un groupe comme Torres choisit le « free-lance » plutôt que l’adhésion à une appellation. Et on glose sur ses raisons. J’ai même lu « très attendu ».
    Heureusement, MLB, que vous consacrez quand même un paragraphe … à la description du produit lui-même. C’est sans doute un très bon effervescent, ce qui ne me surprend pas : Torres connaît son métier et beaucoup de produits de leur gamme sont excellents (je les connais bien). Content, David ? La présence de pinot noir n’y est sans doute pas étrangère, comme mentionné avec justesse. J’aime le P.N. dans les bulles, moi aussi.
    Enfin, 34 euros pour un très bon mousseux, cela constitue un gros pied de nez envers d’autres régions, si vous me suivez.
    Je vais faire un aveu qui me coûte : j’ai pris beaucoup de plaisir à vous lire et cela m’a donné l’envie furieuse de goûter ce vin. Si Mirela a un trou dans son agenda*, dites-lui qu’elle passe me voir avec une bouteille. Je lui ferai un accueil de gentleman et j’offre les petits sablés. Il se peut même que Christine nous prépare des gougères!

    * : avouez que vous avez eu peur, mais même Léon met des bornes à l’inconvenance.

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    • Pourquoi de l’irritation? Moi, je veux croire qu’on peut avoir du succès et être parfaitement honnête, je suis peut-être naive, c’est sur, mais tant pis. J’ai toujours vu les Torres travailler avec passion, autant le fils que la fille. Mireia, venait à LAVINIA à Barcelone, achetait beaucoup de bouteilles pour gouter, je la sentais curieuse et surtout voulant élaborer des vins de qualité, c’est mal ça? et parceque on est un grand groupe, on est forcément coupable ou suspect? Miguel et Mireia et bien sur le père aussi, sont très présents et actifs, ils ne délèguent pas tout, dans les Salons, ils s’y « collent », aussi dans les dégustations. Je ne sais pas si Mireia passera vous voir mais moi oui, je vais vous vappeler pour fixer une date.

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      • MLB, les « vieux » auteurs des 5 du vin connaissent mes particularités, qu’ils appellent d’ailleurs des travers. J’en suis conscient aussi mais les assume pleinement (7 années d’une psychanalyse en profondeur, sans complaisance) et ne cherche plus que rarement à « plaire ». L’irritation ne se commande pas, mais on peut l’expliquer. Oui, un « groupe » est forcément coupable de quelque chose, mais pas suspect. Je ne fais pas de procès d’intention, je tire les conclusions du vécu d’une existence qui s’éteint doucement et n’a rencontré que très peu de beauté dans l’humanité. Je suis un schopenhauerien sombre, défaitiste et lugubre par nature, doublé d’un « bon vivant » par nécessité de survie. C’est avec David que je »m’acroche » le plus sur le sujet, car il a gardé de son éducation anglo-saxonne (même s’il veut une autre nationalité à présent) les influences de Smith et de Weber. Je me suis pas mal brouillé avec Christian Seely, pour les mêmes raisons, car il n’a pas l’indulgence de David en cette matière. Leur approche du monde du vin présente beaucoup de points communs, avec plus d’humanité chez votre co-auteur et plus de pragmatisme implacable chez l’homme d’Axa.
        Par contre, où avez-vous lu un jugement de valeur (vous écrivez « mal ») de ma part? J’en porte de moins en moins. Chacun a son système de références, même si certaines sont universelles. Athée jadis militant, je porte en moi la morale judéo-chrétienne, mais les marxistes sont aussi passés par-là, et les hippies.
        Ce que vous dites de Torres, je l’entends partout. Je suis certain que, dans le genre, ils sont un modèle. Je ne peux juger que du résultat: beaucoup de bons vins. D’où mon respect. Mais on entend (lit) la même rengaine pour Gérard Bertrand, Tariquet, Chapoutier, Antinori …
        Un autre aveu: j’étais très copain de Jean-Daniel Ott (que je n’ai plus vu depuis un certain temps) et encore plus avec Joao Nicolau de Almeida. Et ils appartiennent tout deux à Roederer à présent (enfin, avant la retraite). Mon estime pour ces deux personnages hors du commun n’a pas diminué. Ce n’est simplement plus mon monde.
        Nos échanges de vue prennent un tour personnel qui déplaira aux lecteurs qui souffrent d’une horreur de l’impudeur des sentiments. Ils n’ont qu’à sauter (on dit « zapper ») à présent ces commentaires, que personne ne les force à lire.
        Je me suis remis tout Leonard Cohen dans les oreilles depuis son décès. Je n’ai pas son talent, ni son atavisme, pour étaler de l’auto-dérision et de la flagellation. Je n’en pense pas moins.
        Votre passage me fera plaisir. Il n’est pas sûr que mon image en sortira grandie mais « aixo rai ».

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  4. Moi, je me demande bien pourquoi les Torres n’ont pas choisi de l’appeler… Torres, cet effervescent. C’est leur concept, leurs efforts, leur création, et apparemment, ils en sont fiers; alors pourquoi aller chercher une marque inconnue? D’autant que ce n’est même pas le nom du lieu, et qu’ils n’excluent pas d’élargir leur approvisionnement.

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  5. Je suis d’accord, vouloir trop bien faire, se démarquer de sa propre marque???? Dommage

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  6. Je crois entendre et comprendre ce que vous exprimez, nous en reparlerons.
    A bientôt.

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