Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Viennoiseries

10 Commentaires

Un court passage dans la bonne ville de Vienne (Isère) m’a permis de faire mieux connaissance avec un cru en voie de renaissance, Seyssuel. La ville de Vienne (ancienne métropole de la romanité gauloise, puis de la chrétienté) mérite le détour; ses vins aussi, tant en blanc qu’en rouge.

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Le coteau de Seyssuel a revêtu sa parure d’automne (Photo H. Lalau 2016)

 

14 domaines ont à présent réinvesti ces beaux coteaux datant de l’époque romaine et qui, jusqu’au 19ème siècle, tenaient la dragée haute aux plus jolies crus du Rhône Nord. Pour cette première approche, j’en ai choisi quatre: deux blancs de Viognier, et deux rouges de Syrah. Quatre vins qui démontrent que la valeur n’attend pas l’AOP; et si les prix peuvent sembler un peu chers, c’est que les vins sont déjà très demandés, non pour la mention officielle qui ne figure pas encore sur l’étiquette, mais pour la réputation de leurs élaborateurs respectifs. La preuve, par l’absurde, que notre système marche parfois sur la tête. Mais revenons aux vins…

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Un des instigateurs de la reconquête: Yves Cuilleron (Photo (c) H. Lalau 2016)

Sixtus (blanc) 2013 Les Vignobles de Seyssuel

De leurs deux hectares de viognier orientés au Sud, Les Vignobles de Seyssuel (alias Louis Chèze, Georges Treynard et les frères Marthouret) ont tiré un blanc sec, d’une étonnante fraîcheur. Aucune lourdeur, des notes de pin, de citron, et le vin est parfait à boire aujourd’hui. 17 euros.

 

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Christophe Pichon, Cuvée Diapason 2015

Producteur réputé de Côte Rôtie, de Saint Joseph et de Condrieu, Christophe Pichon fait cependant figure de «petit jeune» à Vienne, puisqu’il y est le dernier arrivé. Son viognier présente un très bel équilibre ; avec ses notes d’abricot et de mangue, il n’est pas sans évoquer le Condrieu, mais avec un surcroît de vivacité (la marque du schiste ou du basalte?). Les 10 mois passés sous le bois n’ont pas trop marqué ce bébé qui vient pourtant d’être mis en bouteille ; il joue les funambules entre tension et gras, et on apprécie l’exercice. Même si, c’est sûr, il vaut mieux encore l’attendre quelques mois. 26 euros.

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Ripa Sinistra Yves Cuilleron 2014 et 2010

Non, cette cuvée d’Yves Cuilleron n’a rien de sinistre, au sens actuel et français du terme : Ripa Sinistra veut tout simplement dire «rive gauche».

La version 2014 présente un nez très ouvert de violette et d’eau de rose, une bouche charnue, sanguine, et si le bois se montre en finale, il ne domine pas. La même cuvée en 2010 présente des notes dévolution, mais maîtrisée ; elle séduit par la suavité de son chocolat et par son fumé. Les deux sont tout à faits recommandables, on préférera l’une ou l’autre en fonction du moment et du plat ; la première, pour son fruité-floral ; la seconde, pour son ampleur.

Vigne en haute densité (entre 8000 et 10.000 pieds). 3.300 bouteilles. Suivant les millésimes, le vin est déclaré en Vins de Pays des Côtes Rhodaniennes ou en Vin de France (en attendant la consécration de l’AOP?).

 

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A Vienne, la romanité est bien présente. Les amateurs de vins combineront utilement une visite du temple de Livie…

et une visite de la cave du Temple, sur sa gauche (Photo H. Lalau 2016

Autres vins appréciés : Sotanum 2014 et Heluicum 2014 (Les Vins de Vienne), Lucidus 2014 (Michel Chapoutier),  Viognier Cuvée Frontière 2015 (Julien Pilon) et Asiaticus  2013 (Pierre Gaillard).

 

Et sinon, que voir à Vienne?

Beaucoup de choses: le théâtre antique, le temple, le Mont Pipet (pour la vue sur la ville et sur le coude du Rhône), le musée romain de Saint Romain en Gal (juste de l’autre côté du pont), la cathédrale Saint Maurice, le musée lapidaire, les maisons du vieux quartier. Les gourmets se rendront également au marché, place de l’hôtel de ville, et fréquenteront quelques uns des bons établissement de la ville et de ses environs (on citera La Pyramide, Le Bec Fin, Les Saveurs du Marché, et à Seyssuel, Le Domaine des Sept Fontaines). En pays viennois, la gourmandise est une vertu que l’on cultive comme les cardons, les pommes… et la vigne.

 

Hervé Lalau

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

10 réflexions sur “Viennoiseries

  1. Ahlala (ohlalau ?), devoir préciser que « sinister » se rapporte à … la gauche ! Pauvre France, même Fillon le sait. En ornithomancie, un vol de rapaces (surtout) filant dans cette direction était de mauvais augure, d’où le glissement sémantique entre la direction et le présage défavorable.
    Quand tu évoques la Pyramide, Hervé, tu fais monter la salive à mes lèvres. Le « père Point » est mort en 1955, un an trop tôt. Mais beaucoup de Belges (aisés) qui descendaient vers le sud par la nationale 7 n’avaient que deux étapes fétiches « en bas », en plus de la Côte d’Or en pleine Bourgogne : Point à Vienne et Pic à Valence. Colegram n’est venu que plus tard. Et depuis lors, on continue de parler d’eux.
    Avant que la Pyramide ne renouât avec la haute gastronomie, dans les années ’90, on y mangeait correctement des grillades et autre plats simples et savoureux mais la carte des vins (Rhône) était somptueuse. Je pense que c’est là que j’ai découvert la cuvée « super confiance » du papa Romero (avec feu X. Vanderghinst, snif).
    De manière beaucoup moins anecdotique, je ne crois pas que, comme tu l’écris, « votre système marche sur la tête ». La mention géographique comme gage de qualité (ou en tout cas génératrice de prix élevé) a été une invention marketing du 20ème siècle dans le monde du vin. Avant cela, les lames de Tolède, l’acier de Damas, le lin de la Lys ou le Falerne … existaient bien entendu, mais à beaucoup plus large échelle. Le système des appellations a morcelé la réputation, pour rendre la vie facile (?) à ceux qui disposaient d’édiles influents. Je tiens personnellement à savoir d’où vient le vin que je bois, mais beaucoup plus à connaître (et découvrir le cas échéant) son producteur.
    Vous avez déjà eu ce débat très souvent dans vos colonnes et je me rends compte que tu es encore très attaché à cet aspect d’appellation, malgré les nombreuses déceptions que tu rencontres au cours de tes dégustations, et en dépit du grand nombre de très bonnes surprises que tu vis aussi avec des bouteilles plus « génériques ». Explique-nous pourquoi.
    A contrario, car je soumets mes opinions à examen critique, il faut croire que cela marche encore puisque tant de petits patelins (en Italie aussi) se battent afin d’arracher ce Sésame pour la caverne des foires au vin. Que Monsieur Durand soit rassuré par un label quand il n’est pas expert, on le comprend. Mais un connaisseur ?

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    • Je crois qu’on s’est mal compris. Je considère que les appellations ont une utilité – celle de fédérer les bonnes volontés et de pérenniser des usages, mais leurs conditions d’attribution ou de non-attribution ont de quoi rendre chèvre et décrédibilisent grandement l’édIfice. Que les producteurs de Vienne doivent aujourd’hui refaire tout le parcours de l’accession en AOP, avec l’antériorité que leur vignoble peut avoir, et qu’ils ne puissent même pas prétendre directement à une AOP communale parce que cela ne rentre pas dans un cadre régional (plutôt conçu pour les Côtes de Rhône méridionales), cela me dépasse.
      Mais comme je l’ai écrit, peu importe: la notoriété des producteurs pallie l’absence d’appellation, ce qui prouve, par l’absurde, que l’appellation n’est pas une condition de la qualité.

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      • Hervé, l’AOC (P) n’a jamais été autre chose que l’indication d’une origine et seulement d’une origine.

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  2. Que découvrir à Vienne ? A la Pyramide, à Vienne, l’originale et savoureuse collection de vieilles chartreuses, notamment des VEP (Viellissement exceptionnellement prolongé), rassemblées par Patrick Henriroux. Une gourmandise.

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  3. Cher Alain,

    Ce n’est plus vrai. L’INAO étant devenu l’Institut de l’Origine et de la Qualité (beaucoup plus difficile à objectiver…).
    De plus, s’il suffisait aujourd’hui d’avoir une origine reconnue, Seyssuel serait déjà AOP depuis longtemps.

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  4. Exact, Hervé, j’avais même à l’époque (2006), écrit un truc à ce propos dans 60 Millions de consommateurs… On ne relit jamais assez ses œuvres complètes.

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  5. A part le débat sur la pertinence des AOP, dans lequel j’hésite entre la position d’athée et celle d’agnostique, je me permets une objection, cher Hervé, à propos de ton emploi de la préposition « sur » dans le contexte des arômes dans ton premier commentaire de dégustation. Cet emploi est devenu un redoutable tic du langage de bon nombre de personnes dans le monde du vin, mais je ne comprends pas son sens réel. Je suis assis sur ma chaise, je marche sur le plancher, mais je ne vois pas comment je peux être « sur » un arôme ou une saveur.

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    • Cher David, j’abonde dans ton sens. Et même pire : « sur » envahit et gangrène notre société tout entière et pas seulement le monde du vin. « Sur » remplace la quasi-totalité des prépositions (temps, lui, manière, but, etc.) à la radio, à la télé, fleurit dans les journaux, même dans d’honorables publications comme le Monde. Ca frappe à peu près tout le monde, comme cette vendeuse du BHV parlant d’un client : « alors là , on est sur le sur comment ». C’est une mode, et on ne peut rien contre une mode.

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  6. Merci pour la remarque. C’est corrigé.

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  7. Il y a pourtant et Vaux et Esch-sur-Sûre … me sussure Mauss. Bon d’accord, je m’en vais (en Belgique justement, pas loin) non sans faire escale au bord du Beuvron. J »espère qu’on y beuvra bien!

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