Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Bandol fête son vin, qu’on aimerait davantage rouge

5 Commentaires

 

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Il est des fêtes du vin comme des saisons. Cela passe, chaque année, presque comme les marronniers de la presse. Mais ces fêtes ont d’autres pertinences. D’abord l’attachement à un passé lointain où après avoir vendangé et mis en tonneau, il fallait pouvoir proposer ses vins aux acheteurs avant l’arrivée des temps chauds, qui pouvaient poser des problèmes pour la conservation d’un produit périssable et bien fragile avant l’avènement du soufre et de la bouteille industrielle. Puis, bien plus actuel, pouvoir faire, d’une manière très conviviale et agréable, la promotion de ce produit si riche en efforts humains et si porteur d’histoire qui est le vin, malgré les formes de répression qui lui sont infligées quotidiennement dans ce pays par ces puritains obsessionnels qui ne réfléchissent pas plus loin que leur table de statistiques non-affinée.

blake-et-mortimerCette année la Fête du Vin de Bandol était placé sous le signe de la bande dessinée, et certains stands ont très bien joué le jeu, mettant aussi les plus jeunes à contribution  

J’ai parlé ici, il y a deux mois, de la belle fête des vendanges à Banyuls-sur-Mer du mois de septembre. Mais il y a une autre (cette fois-ci, «une fête du vin » et non pas « des vendanges ») qui a lieu tous les ans dans un autre port français de la Méditerranée et qui commence également par un « B » : celle de Bandol.

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J’affectionne particulièrement, depuis un bon moment, les vins de cette appellation qui ne vit pas sa vie comme une long fleuve tranquille, car elle est menacée par deux gros dangers selon moi : le mitage de son territoire par la spéculation foncière et la vogue des rosés. Je n’irai pas jusqu’à dire, comme certains, que le rosé n’est pas du vin. Il existe, et on pourrait même dire que c’est la plus ancienne des couleurs du vin, même si elle n’a pas du tout été « inventée » en Provence. Mais c’est bien la Provence qui récolte les fruits de ce style relativement uniformisant (car nécessairement très maîtrisé techniquement) et très rentable, car il récolte (notamment) les suffrages des buveurs qui ne cherchent pas trop à réfléchir sur le contenu de leur verre. Et Bandol, avec ses particularités, fait bien partie de la Provence. Bilan ? Près de 80% des vins de cette petite appellation sont maintenant de couleur rose pâle ! Je déplore cette situation, même si certains rosés de Bandol peuvent être de belle qualité, surtout après quelques années de garde, comme celui ci-dessous.

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Quand on connaît la capacité de Bandol, autour de son cépage vedette le mourvèdre, à produire de grands vins rouges de garde, on ne peut que se lamenter de ce dégât collatéral de la mode rose et qui risque fort, à terme, de faire perdre son identité à cette appellation. Quant au mitage du territoire, c’est une malheureuse rançon de la gloire pour toute région littorale qui semble obséder les retraités de ce pays et d’ailleurs. Je pense qu’une des solutions au dilemme posé par le premier point aux responsables de l’appellation est d’assouplir les règles assez rigides que règlementent la production des vins rouges. 18 mois d’élevage, de nos jours où les gens veulent des vins plus fruités et plus accessibles dans leur jeunesse, constitue une contrainte d’une autre époque. La culture de la vigne et la vinification ont fait, tous les deux, de tels progrès qu’il n’est plus nécessaire de garder des vins si longtemps sous bois pour les rendre buvables. Un vigneron doit être plus libre dans ce genre de choix, en fonction à la fois du style de vin qu’il souhaite produire et de la matière première dont il dispose. Cette rigidité qui frise la cadavérique dans les appellations a dans ce cas, une grande responsabilité dans la dérive vers le vin rosé, qui peut être vendu dans l’année, même si je pense que les meilleurs, là aussi, méritent parfois quelques années de garde.

Bon j’ai fini (pour le moment) de râler et je vais vous raconter des choses plus positives sur les vins rouges de Bandol, dont j’ai pu déguster un certain nombre, jeunes et moins jeunes, durant ce weekend.

bruno-scavo-copieLe sommelier Bruno Scavo au travail pour désigner les cuvées de Longue Garde à Bandol

Avant de participer avec des collègues (journaliste et sommeliers pour l’essentiel) au jury de la Trophée de Longue Garde qui récompense chaque année trois jeunes vins rouges du dernier millésime qui nous semblent aptes à un longue vieillissement, j’ai dégusté une sélection très extensive de millésimes plus anciennes, justement pour tenter de cerner cette capacité de garde des vins rouges de Bandol. Il s’est agi de 1998 et de 2011, l’un étant vraiment à maturité, l’autre franchement en devenir, mais tous les deux considérés, dans leur jeunesse, comme des millésimes de garde. Je sais bien que l’écart entre les deux ne permet pas franchement une comparaison directe, mais j’ai quand-même cru déceler une nette amélioration dans la qualité moyenne des vins dans les 14 ans qui séparent ces deux millésimes. Il y avait de vins magnifiques parmi les 1998, mais bien plus d’irrégularités de toutes sortes, tandis que la série des 2011 m’a semblé bien plus homogène bien que plus importante numériquement.

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Bandol rouge 1998 (22 vins dégustés)

A noter que 4 bouteilles étaient bouchonnés dans cette série. Près de 20%, sans parler des difficultés à extraire proprement ces affreux morceaux de liège des flacons ! A quand la capsule à vis obligatoire ? Imaginez la déception des clients finaux. Nous, on avait la chance de pouvoir appeler une autre bouteille, mais cela n’arrive pas toujours dans la vraie vie. Et ne parle pas du problème majeur du liège massif qui est l’oxydation variable d’un flacon à un autre. Combien de vins ai-je rejetés dans cette dégustation à l’aveugle parce que leurs arômes et saveurs étaient diminués ou altérés par des doses excessives d’oxygène qu’un bouchon non hermétique avait laissé passer?

Mes vins préférés dans ce millésime (dans leur ordre de dégustation)

Baguiers, cuvée Gaston Jourdan

La Bégude

Bastide Blanche, cuvée Fontaneou

Sainte Anne

Tempier, cuvée Cabassaou

Bastide Blanche, cuvé Estagnol

Terrebrune

Tempier, cuvée La Migoua

cedric-gravier-copieCédric Gravier, du Domaine de Suffrène, qui a choisi un thème cher à mon coeur pour son stand

Bandol rouge 2011 (39 vins dégustés)

Moins de problèmes de bouchon car seulement (et c’est déjà trop !) 2 étaient affectés par ce morceau de liège. Mais plus de 40% des vins notés à plus de 15/20 est un pourcentage qui dit long sur la qualité moyenne des vins de cette appellation, comme il témoigne de l’intérêt de ce millésime clairement taillé pour une longue garde.

Mes vins préférés dans ce millésime (dans leur ordre de dégustation)

Baguiers

Frégate

Pey Neuf

Sainte Anne

La Bégude

Bastide Blanche

Tempier, cuvée Cabassaou

Pibarnon

Terrebrune

Bastide Blanche, cuvée Fontaneou

Salettes

Guilhem

L’Olivette, cuvée Spéciale

Suffrène, Les Lauves

Bunan, cuvée Charriage

Castell-Reynouard, cuvée Tradition

Tempier

Autres remarques

La régularité de certains domaines entre ces deux millésimes est à souligner. Je citerai Baguier, La Bégude, Tempier, La Bastide Blanche, Terrebrune et Sainte Anne.

Enfin un mot sur la dégustation pour déterminer les trophées longue garde, qui est forcément un exercice périlleux car bon nombre de vins n’avaient pas terminé leur malos, sans parler de la période d’élevage. A mon avis, il serait bien plus pertinent pour ce type de vin de tenir une telle dégustation avec un décalage d’un an (avis aux responsables).

Parmi les échantillons que les différentes tables de jurés ont élus pour aller en finale, notre jury a voté d’une manière unanime pour deux vins sur les trois que nous devions désigner, même si je ne sais pas lesquels, l’anonymat lié aux numéros et aux lettres n’ayant pas été levé  au moment où j’écris ces lignes. Une telle unanimité dans un jury est assez rare. Voici les noms des lauréats pour ce millésime 2016 :

Bunan

L’Olivette

Château d’Azur

En conclusion, cherchez attentivement des Bandols rouges dans les bons millésimes et laissez-les reposer un peu dans vos caves. Ils sauront vous récompenser de votre patience. J’ai commencé cet été à boire mes 2001 et ils très bons.

David Cobbold

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

5 réflexions sur “Bandol fête son vin, qu’on aimerait davantage rouge

  1. Pas trop d’accord, sur le coup, avec ta proposition de déréglementer l’élevage à Bandol, qui est une composante essentielle de style de ces vins.
    Pour éviter le problème du rosé, je plaiderais plutôt pour qu’on sorte le rosé de Bandol, alors, pour qu’il devienne Côtes de Provence.
    Idem pour les rouges qui ne sont pas élevés, à moins qu’on leur trouve une autre mention.
    C’est un peu le modèle qu’on trouve en Toscane: Brunello/Rosso di Montalcino/Sant’ Antimmo.
    Mais vu la façon dont fonctionnent les AOC en France, c’est un voeu pieux, je crois.

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  2. La contrainte essentielle qui poussent les producteurs de Bandol vers le rosé est le marché, et donc la rentabilité à court terme. Les obliger à élever leurs vins rouges si longtemps, et surtout avec un minimum de temps sous bois, est une imposition d’une autre époque. Regardes ce qui se passe à Riojà ou deux approches cohabitent et ou bon nombre des meilleurs vins sortent du système traditionnel des Reserva ou Gran Reserva mais ou il y a toujours la place aussi pour ce style à l’ancien. Je pense que le vin doit évoluer en permanence et, si tu estimes que le « terroir » marque les vins, alors tu ne doit pas craindre qu’un assouplissement des règles d’élevage dénatureront le caractère des Bandols rouges. En tout cas je te souhaite bon courage pour convaincre les producteurs de cette appellation d’abandonner le nom de Bandol sur leurs rosés !

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  3. Je parlais logique et identification par le consommateur, David, pas commerce.
    Mais si je te comprends bien, avec ton expression « règles d’un autre âge », les AOC ne peuvent aller que dans un seul sens, celui de la libéralisation, de l’abaissement des contraintes. Elles ne doivent en aucun cas gêner le potentiel commercial et l’évolution du style vers la demande consommateur. Dans ce cas, à quoi servent-elles? Je te réponds: dans cette optique, à rien, sinon à vendre un peu plus cher sur la foi d’une réputation et de vins « d’un autre âge », réputation partiellement ou complètement usurpée, donc.
    Ce n’est pas ma conception. Je milite au contraire pour que l’on sorte des AOC ce qui ne doit pas y être (il y a d’excellents vins IGP), et que seuls les vins qui respectent l’esprit et la lettre des décrets puissent porter l’appellation. Pour que l’AOC redevienne le sommet de la pyramide de la qualité, ce à quoi elle ne peut plus prétendre depuis longtemps, depuis qu’elle représente plus de la moitié des volumes de vin produits en France!
    Mais là encore, c’est un voeu pieux, car comme bien d’autres choses en France (mais soyons justes, c’est à peu près la même chose en Italie, au Portugal, en Espagne…) l’AOC est devenu un droit acquis. La preuve: on en produit même dans les pires années.
    Et puis, on accepte régulièrement de nouvelles appellations dans le club, mais cite moi un seul exemple d’AOC qui ait jamais perdu son statut?

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  4. Juste une remarque: le dosage du champagne attire apparement plus de commentaires et de tweets que le Bandol. Mais comme on dit à l’Elysée, le Bandol n’est pas une » valeur sûre »…

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  5. Tout cela (le nombre de commentaires) reste mystérieux pour moi et, après tout, sans importance.
    On peut être déçu lorqu’on pense avoir soulevé autant de sujets de fond (demi-fond plutôt) dans les deux articles.
    D’un autre côté, on pourrait aussi dire ceci : Champagne? Combien de divisions ? Et Bandol ? ….Mais cela serait cynique.

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