Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

IGP Pays d’Oc: complément d’information (1, les blancs)

19 Commentaires

Il y a quelques mois, à la faveur d’un périple qui m’a emmené de Carcassonne à Uzès, je vous parlais des IGP Pays d’Oc, sur le vu (et le bu) de quelques domaines visités entre Carcassonne et Nîmes. Entre temps, le palmarès 2016 de la Collection Pays d’Oc  (le « best of » annuel de la dénomination) est sorti.

J’y retrouve quelques uns de vins de producteurs que j’avais présentés ; mais aussi d’autres, que je viens de me faire un plaisir de déguster, histoire de vous proposer ma sélection… de la sélection.

N’y voyez aucune vanité de ma part – le jury qui s’est réuni pour établir cette collection a toute ma sympathie, c’est juste que sur ce blog – le blog étant par définition un journal de bord, un témoignage personnel, je me sens obligé de vous faire part de mes coups de cœur, et non de ceux des autres, aussi justifés soient-ils. Le blog n’est-il pas l’endroit où l’on s’engage, quitte à se tromper, parfois, pourvu que ce soit de bonne foi ?

Quoi qu’il en soit, voici mes préférés. Cette semaine, on commence avec les blancs.

vdp-oc-logo

Mas de Madame Muscat Sec 2015

Le Muscat Sec est un art difficile, on a tôt fait de tomber dans le terpénique-ta-cuvée, avec, certes, des arômes exubérants, mais une finale rêche et amère.

De l’amertume, dans ce vin, il y en a, mais c’est plutôt bienvenu.

Le raisin mûr du nez laisse place, en bouche, à des notes plus florales, plus épicées, aussi; c’est ample, mais sec.

Le Mas de Madame se situe près de Frontignan, au pied du massif de la Gardiole. La propriété, aux mains de la famille Sourina (père agronome, fils œnologue), comprend 56 ha, dont 46 de vignes.

Mas de Madame

Domaine La Provenquière Sémillon Vermentino 2015

Un des intérêts de l’IGP Oc, et pas des moindres, c’est d’avoir une liste de cépages beaucoup plus fournie que n’importe quelle appellation ; et donc, de pouvoir faire des assemblages originaux ; C’est bien la première fois que je déguste un Vermentino-Sémillon – un attelage intéressant mais rare (sans doute peut on en dénicher en Côtes de Provence).

Faute de repères, j’ai eu un peu de mal à trouver mes marques : ce vin ne choisit pas vraiment encore l’opulence et la vivacité, il vous donne les deux. Les notes florales, la bonne acidité et la pointe de quinquina en finale me font penser au Vermentino, mais ses agrumes confits et son gras assez confortable m’évoquent plutôt le sémillon. Il semble que le Vermentino soit majoritaire dans l’assemblage ; toujours est-il que le mariage est très réussi.

Le domaine (et château) de la Provenquière se trouve à Caspestang, près de Béziers. Il compte 145 hectares. Fondé au 15ème siècle, il est la propriété de la famille Robert depuis 1954.

Domaine La Provenquière

 

provenquiere

Les Hauts de Janeil Grenache Viognier 2015

Voici encore un attelage original, qu’on aura du mal à trouver en appellation ; et pourtant, cela fonctionne. Très floral au nez (fleurs de tilleul, camomille, et même une pointe de jasmin), en bouche il passe au chutney de mangue aux épices, et à l’ananas.

Un vin très franc, très direct, sans fioritures. Jolie finale saline.

Les Hauts de Janeil est un vin de la galaxie François Lurton, vigneron bordelais qui vinifie aux quatre coins de la planète, du Chili en Argentine en passant par le Douro, la Castille… et le Roussillon. Et plus précisément, à Tautavel, où se niche le Mas Janeil (40 ha), et où l’on produit aussi bien des cuvées d’IGP Oc que des Côtes de Roussillon Villages.

Mas Janeil

Beauvignac Chardonnay 2015

Je connaissais surtout la coopérative des Costières de Pomérols et sa marque Beauvignac pour son Picpoul de Pinet; il faut croire que le Chardonnay ne se déplaît pas aux bords de l’étang de Thau, car cette cuvée m’a littéralement scotché. L’appellation de référence dans la région, pour ce cépage, c’est Limoux; je n’en suis pas toujours très fan, car bon nombre de vins du cru sont victimes d’un élevage excessivement marqué, et donnent trop dans le grillé à mon goût. Mais là, c’est une tout autre histoire: un Chardonnay bien Chardonnay, avec ses notes de camomille de miel et de fleurs blanches (j’ai pensé un moment à un beau Mâcon), avec un je ne sais quoi d’épicé et de fumé en bouche; une belle opulence, mais encore assez de vivacité pour ne pas tomber dans la mollesse. La finale est bien grasse. Car oui, et c’est là une des bizarreries du langage du vin, d’un vin sec, on peut dire qu’il est gras.

Beauvignac

Mas des Tannes Blanc 2015

Dans la famille Grenache, je voudrais le blanc. Peut-être pas le plus aromatique des cépages blancs du Sud, ni le plus vif, mais par contre, quels beaux épices, quel gras, quelle ampleur! En tout cas, dans celui-ci, au Mas des Tannes, à Montagnac. Est-ce la proximité de la garrigue et des pinèdes qui lui donne ce côté sauvage et corsé, et ces notes de romarin ? Est-ce celle de l’Etang de Thau qui explique ses notes salines? Un peu de tout cela, sans doute, sans oublier un très bel élevage, dont la trace boisée s’estompera sans doute avec un peu de temps. Car ce vin a beau être déjà très plaisant aujourd’hui, j’aimerais bien le redéguster dans un ou deux ans, histoire de vous montrer qu’IGP ne veut pas forcément dire vin à boire vite sur les arômes de la jeunesse… En tout cas, pas chez Jean-Claude Mas.

Mas des Tannes

tannes

 

En guise de conclusion (provisoire)

Que ce soit à partir de cépages locaux, ou de cépages internationaux, ou encore avec des assemblages originaux,  les blanc d’Oc surprennent.

Au vu des vins de cette sélection, la mode d’un boisé facile et outrancier régresse.

De plus, les bi-cépages introduisent une nouvelle complexité – ce n’est pas faire injure au Pays d’Oc que de dire qu’il a bâti son succès sur les mono-cépages.

Or, à mon humble avis, ces assemblages (à la palette potentiellement très riche, vu le nombre de variétés autorisées) assurent non seulement une plus grande diversité des vins, mais aussi plus de possibilités de différenciation. On trouve maintenant sous cette dénomination des vins qu’on ne trouverait nulle part ailleurs en France; et qui, pourtant, ont bel et bien l’accent sudiste qu’on peut attendre de produits de l’arc méditerranéen. Et une véritable profondeur. On trouve aujourd’hui sous l’IGP de véritables vins d’auteur, des vins signés, des vins propres à réjouir l’oenophile, et à remplir sa cave, pour peu qu’il soit ouvert d’esprit.

La preuve (comme avec les Côtes de Gascogne) qu’il y a une vie au-delà des AOP.

Hervé Lalau amwinmus

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

19 réflexions sur “IGP Pays d’Oc: complément d’information (1, les blancs)

  1. Comme tes commentateurs proposent toujours (ou presque) un vin « qu’eux ont débusqué mais les autres pas, na! », je suis surpris que tu ne nous parles pas des vins du Domaine Had’Oc, mille sabords. Son assemblage de Triphon et de Castafiore, légèrement pressuré à Moulinsart, est d’une grande complexité. Je dirais même plus, il fait preuve de beaucoup de complexité.

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  2. Il serait intéressant un jour de déguster, ensemble et à l’aveugle, des vins d’AOC et d’IGP qui utilisent peu ou prou les même variétés et qui viennent de la même zone climatique. Il est possible qu’une supposée hiérarchie entre AOC et IGP soit mis à mal.

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  3. Je l’ai fait, en partie, dans quelques domaines qui proposent les deux, et je n’ai pas remarqué, en général, d’écart qualitatif.
    Mais comme tu le dis, ce serait plus intéressant à plusieurs. Je pense aussi que nous devrions systématiquement demander de goûter toute la production d’un vigneron, même si nous venons au départ pour les AOC: s’il produit de bons vins en AOC, il n’y a pas de raison que ses IGP ou même ses vins de France soit nuls. Je pense à Lapierre, en Beaujolais, par exemple: son Vin Gaulois est un délice.

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  4. La différence entre IGP et AOC n’est pas basée sur la qualité avec une hiérarchie qui placerait l’AOC au-dessus de l’IGP. La réglementation européenne les a même classés dans la même catégorie, celle des vins avec indication d’origine qui s’oppose aux VSIG Vins sans indication géographique.
    Je rejoins Hervé sur la qualité de travail du vigneron qui se retrouve, en général, dans toute la gamme, avec plus ou moins de complexité selon la relation au terroir et le travail du vigneron. Avec une hiérarchie de prix aussi.
    S’il fallait faire une dégustation comparative IGP/AOC, ce serait intéressant d’aller en GD et de faire un prélèvement des deux catégories. On s’interrogerait alors sur le lien au terroir dont on sait que la typicité organoleptique est très contestée.
    Ou bien le faire à l’américaine, façon stratégie marketing dont les seules catégories reconnues sont les prix. Du basic au premium, avec une stratégie de mise en marché : http://www.learnmarketing.net/french%20version/Strat%C3%A9gies%20de%20prix.htm
    C’est moins sexy mais souvent plus convaincant.

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    • Voyons, évidemment: allez en GD, c’est sûr qu’ils proposent le choix le plus représentatif … de ce que les amateurs ne devraient PAS boire , soit par rapport à la qualité intrinsèque du produit (avec des exceptions, je le concède), soit par respect pour les producteurs. En plus, maintenant, avec votre futur nouveau président, vous y serez bien accueilli par du personnel à 45 heures par semaine payées 30 heures …. ou alors en grève générale. Haha!

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      • Coup bas monsieur Charlier, Coup bas!!!!

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      • Cher Luc, je vis dans un pays au l’on travaille 38 heures payées 38 (enfin, pas moi, car je suis indépendant, ce qui me donne le droit imprescriptible de travailler plus, sans pour autant gagner autant que quand j’étais salarié). Alors, qu’on abroge les 35 heures en France ne me choque pas vraiment. D’autant qu’il ne me semble pas que les performances de l’économie française soient tellement remarquables.
        Par ailleurs, je suis plutôt favorable à ce que les Français aient le choix entre une vraie politique de droite et une vraie politique de gauche, et votent en conséquence – pour autant que les candidats appliquent leurs programmes. Je ne te dirai pas ma préférence, car cela ne regarde que moi, et j’ai horreur du prosélytisme, qu’il soit politique, sociétal ou politique.
        Cela nous éloigne un peu du vin, de toute façon, qui est a priori l’objet de ce blog. Mais pas tant que ça: dans le vin aussi, on trouve le même problème qu’en politique: le contenu ne correspond pas toujours à la promesse de l’étiquette.

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  5. Très juste, Nadine.

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  6. NFA: quand on propose de « le faire à l’américaine », le coup bas n’existe pas. C’est là qu’il faut frapper! C’est aussi très convainquant. J’utilise le participe présent, qui s’écrit avec … « qu », justement. C’est de circonstance et … grammaticalement plus correct.

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    • Non, Luc; employé ainsi comme attribut, avec le verbe être, convaincant ne peut être qu’adjectif, et non participe présent.
      Ta démonstration ne me convainc donc pas. Tu pourrais évidemment me faire changer d’avis… en me convainquant du contraire…

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      • Convainquant est le p.p du verbe convaincre. Convaincant est un adj. qualificatif. Quand j’étais petit et qu’on m’apprenait le français, du temps où il existait encore des instits, le « truc » utilisé était de mettre la phrase au féminin. Hélas, comme le sujet de cet attribut est « c' » (neutre), on aura du mal. Toutefois, j’ai tendance à te donner RAISON et à accepter du même coup l’orthographe proposée par la « tendance Fillon », tant celle de NFA que la tienne. Le « hic », c’est que mon jeu de mots sur le « q » ne marche plus dans ce cas. Je réclame donc à ma décharge une « licence » humoristique qui vaut bien son pendant (un substantif, pas un adverbe) poétique! Sur la même ligne (on the same line), pour un prof. d’anglais comme toi, ne dit-on pas: Ils sont mangeant (they are eating), utilisant le gérondif? Ou encore; c’est baisant difficile (it’s fucking difficult)?
        Sur le deuxième sujet, tu mélanges tout. Les 35 heures n’ont jamais été appliquées dans leur entièreté. Madame Aubry (que j’apprécie beaucoup moins que feu son père, NB) avait prévu une série de mesures d’accompagnement qui n’ont jamais été prises, rendant (un p.p) caduque cette mesure, je te l’accorde entièrement. Quant à voter entre un programme de gauche ou de droite, les Français ne l’ont jamais fait depuis WW II. Le programme commun de la gauche était, grâce aux communistes, une excellente plateforme de gouvernement. Mais les banques et les capitalistes, relayés par Mitterrand, l’ont rapidement vidé de son contenu. Et, depuis lors, il n’y a eu que des pseudo-candidats de gauche ou, pire une « gauche » sans vrai programme. J’accorde à Monsieur Fillon qu’il semble défendre une idée de la société française qui est réellement la sienne, avec conviction et sincérité. Dommage que ce soit celle de l’Ancien Régime, des fermiers généraux et de la « dictature des potentats » (tu saisis l’allusion). Au-delà de cela, il va mettre la France dans la rue, spontanément, sans même avoir besoin de Sud ou de la CGT. Déjà qu’une bonne partie de la France est « à la rue »!
        Léon avait rendez-vous à la … banque, ce matin (si si). Même là, où pourtant les salariés ne sont pas les plus à plaindre, on évoque déjà des mouvements sociaux parmi le personnel, par anticipation!
        Enfin, retournons à nos moutons pour rejoindre ton souhait de rester « sur le vin »: comment c’est-y qu’on va vendre du vin si tout le monde manifeste, si les messageries sont en grêve, les abattoirs fermés, les marins-pêcheurs à quai et les poules en refus de pondre?
        Tu vas me dire qu’il ne faut pas gouverner en fonction du peuple, peut-être ….

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      • Luc, voici les chiffres officiels du nombre d’heures travaillées par an et par travailleur salarié à temps plein dans quelques pays d’Europe:
        France: 1646
        Belgique: 1758
        Espagne: 1811
        Allemagne: 1845
        (Source Eurostat, données 2015. La France est le pays avec le chiffre le plus faible de tous les pays d’Europe).

        Pour info, le chiffre français a baissé de 300 heures depuis 1999. La baisse s’explique bien par la loi Aubry de 2000: la chute a été de plus de 150 heures entre 2001 et 2003.

        A titre de comparaison, la durée annuelle par travailleur non-salarié en France est de 2374 heures.

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  7. Aucun lien avec le vin peut-être, mais, Luc, est-ce que tu connais des vignerons qui travaillent 35 heures ?

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  8. Oui, plein, entre le lundi matin et le mercredi midi. Ou alors des gens comme M. Frère, le vigneron de Cheval Blanc, 35 heures par an, quand il met à l’heure ses chronographes de prestige!

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  9. Il est important de rappeler qu’un tas de « petits » cépages locaux (Clairette, Terret, Piquepoul… pour les blancs, Carignan (enfin !) pour les rouges) font leur entrée cette année dans la liste des vins Pays d’Oc ayant le droit de mettre en avant le nom du cépage (en bi ou mono) sur l’étiquette. Une victoire pour le Carignan – il faut goûter celui de François Lurton, Les Jamelles – qui devient un cépage recommandé alors qu’il était jusque-là « secondaire » et qu’il n’avait pas le droit à l’affichage… Les temps changent et il était temps !

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  10. Pingback: IGP Pays d’oc, complément d’information (2, les rouges) | Les 5 du Vin

  11. It’s a plsrauee to find someone who can think so clearly

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