Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

IGP Pays d’Oc, complément d’information (2, les rouges)

10 Commentaires

Suite et fin de mon petit voyage dans la Collection 2016 des Vins de Pays d’Oc.

Cette fois-ci, place aux rouges.

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Domaine de la Baume Syrah 2015 Cuvée La Jeunesse

Rarement cuvée aura aussi bien porté son nom, car cette syrah a l’énergie, l’espièglerie de la jeunesse. Un fruit rouge et noir légèrement acidulé, croquant, une bouche structurée, épicée, mais sans austérité. Son côté enjôleur ne doit pas vous induire en erreur ; ce vin a de la substance. C’est là un des «Secrets du Sud» (le slogan du domaine): sous les jolies formes, chercher – et trouver- le fond.

Le Domaine de la Baume se situe à Servian, entre Béziers et Pézenas, ; il compte 176 hectares. Depuis 2003, il fait partie du groupe Grands Chais de France.

6,5 euros.

http://www.domaine-labaume.com/

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Domaine du Grand Chemin Cuvée JMF 2014

Le Domaine du Grand Chemin se situe à Savignargues, au pied des Cévennes. La Cuvée JMF (pour Jean-Marie Floutier, je suppose) est une des cuvées de prestige du domaine; elle assemble deux cépages qui sont rarement complices ailleurs: le Pinot Noir et Cabernet-Sauvignon.

Cet mariage de la carpe bourguignonne et du lapin bordelais est plutôt étonnant. Je manque de repères ; au nez, un soupçon de cerise et de fraise peut faire penser au pinot, et en bouche, la structure, au cabernet – mais c’est tellement plus facile quand on connaît la composition ! Quoi qu’il en soit, ce n’est pas ce qui me plaît dans ce vin, mais plutôt sa texture fine et veloutée, ses tannins suaves, ses notes de cuir et de café, et sa finale délicatement fumée.

9,20 euros.

http://www.domaine-du-grand-chemin.com/

Calmel & Joseph Villa Blanche Marselan 2014

Si l’expression « vin de plaisir » s’applique à un vin, c’est bien à celui-ci!

Le Marselan (qui doit son nom à son lieu de naissance, l’INRA de Marseillan), est un croisement de Grenache et de Cabernet-Sauvignon, obtenu en 1961.

Dans les meilleurs cas, il allie les qualités des deux cépages, la souplesse, le fruité et la structure. C’est le cas de celui-ci, qui non content de nous enjôler le nez avec sa corbeille de prunes, de figues et de cassis gorgés de soleil, achève de nous séduire en bouche, avec un cocktail diabolique de tannins lisses, d’épices douces et de puissance retenue. Une poigne de phéromones dans un gant de velours. Et pour un prix d’ami.

7 euros. Capsule à vis (quelle bonne idée!)

http://www.calmel-joseph.com

oc-terra-patres

Alma Cersius Terra Patres 2012

Non, il n’y a pas que des vins jeunes dans cette Collection 2016, comme en témoigne ce 2012, hommage qui nous envoie, non pas ad patres, mais en terre languedocienne. Car c’est bien de terroir qu’il s’agit, n’en déplaise à la réglementation qui réserve le mot aux appellations ; un vin aussi fondu, aussi complexe, aussi velouté n’est pas que l’expression de ses cépages (syrah et cabernet-sauvignon, essentiellement), mais celle d’un magnifique coin de garrigue, à Cers, près de Béziers, où est installée cette coopérative. Aussi, au nez, cher Nino, on dirait le Sud, le thym, le laurier ; on enchaîne avec de la cerise et de la figue; que l’on retrouve en bouche, encore plus juteuses. J’ai repensé à un vin déjà présenté ici, voici quelques mois: la Cuvée Nicole, du Domaine d’Aigues Belles.

15 euros.

http://www.almacersius.com/

En résumé

Pour tous ces vins (et notamment le dernier), on a envie de dire «A bon vin, point d’enseigne». Pas besoin de «grand cru» sur l’étiquette. Ni même d’AOP. Ce n’est pas parce qu’on est IGP qu’on fait des vins hors sol, et hors producteur. En définitive, la seule mention qui vaille, oenophiles payeurs, c’est vous qui l’attribuez.

Hervé Lalau

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

10 réflexions sur “IGP Pays d’Oc, complément d’information (2, les rouges)

  1. Quel bonheur de trouver de bons vins comme cela à des prix si accessibles. J’aime aussi la liberté en matière des cépages qu’offrent la catégorie IGP, qui crée aussi de la diversité pour le consommateur.

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  2. En fait, Hervé, comme ta dernière phrase l’atteste, tu fais le même constat que moi. Le consommateur finira par apprécier un vin, ou un domaine, indépendamment des autres données. Mais c’est l’inverse que tous les acteurs du grand barnum marketing voudraient obtenir. On n’a pas besoin de leur intervention (publicistes, officiels, interpro, media …) dès lors que c’est une espèce de marque (même si la marque en question est un patronyme ou un domaine, un lieu) et de PETITE TAILLE qui finit par faire la différence. Il y a deux écueils néanmoins: d’une part, la notion de provenance disparaît et cela, je trouve que c’est dommage et d’autre part, on tombe dans l’élitisme des initiés.
    Je n’ai jamais vu de publicité pour Aston Martin (sauf leur présence dans les James Bond movies) et pourtant les amateurs de belles mécaniques les vénèrent. A contrario, maintenant que Mercedes a connu quelques avatars et changé de giron, c’est sans doute Volvo et Mazda qui se posent comme les voitures de Monsieur tout le monde de qualité (fiabilité notamment). Et ils font peu de battage publicitaire. Pourquoi ai-je choisi une comparaison dans le domaine de l’automobile? Parce que ce n’est pas ma préoccupation première, que je n’en suis pas la mode, mais que j’en connais un peu la technique (j’étais mon propre mécano du temps où je roulais à moto) et que j’en suis « consommateur ». Les véhicules du domaine ont 400.000 km (ou peu s’en faut) et j’aime qu’ils roulent, ne consomment pas trop, tombent peu en panne et me donnent satisfaction. Pour le vin, j’ai toujours fait pareil: pas mon premier centre d’intérêt, jamais suivi la mode de tel ou tel cru, certaine compétence technique, grosse consommation personnelle.
    Tu vois, quand je veux, je suis aussi capable d’un commentaire sans petite plaisanterie, sans provocation et très consensuel.
    Mais, qu’est-ce que c’est chiant …. badaboum!

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  3. PS: en lisant David, qui publie à peu près en même temps, je dois éclaircir un point de ma petite démonstration, sous peine de passer auprès de tous tes lecteurs, et pas seulement aux yeux de mon collègue de Vingrau, pour un « vrai con ». L’intérêt de l’IGP est de maintenir le côté « provenance », à l’inverse de la marque toute nue. Voilà qui est précisé.

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  4. Je crains fort que la provenance n’intéresse que les professionnels et un très faible pourcentage d’amateurs éclairés. La marque prime, faites un micro trottoir et demandez la provenance de Tariquet et vous serez surpris.

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    • Pardon, je ‘ai pas signé: MLB

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      • C’est exact. Pour la provenance, je ne marquais (hihi) qu’un intérêt personnel. Je me fais une certaine idée de telle ou telle entité géographique, grande ou petite, et aime à en retrouver les grandes caractéristiques lors de mon choix. Mais ceci laisse la place aux expressions individuelles.
        C’est sans doute ce qui « dérange » également à la dégustation des nouveaux types de vins. Peu de gens supportent les changements, surtout quand ils sont imposés par-dessus une situation qui satisfaisait. Moi, je les hais! Devant les vins « nature », ou les amphores, nos repères traditionnels s’envolent, et avec eux nos repaires, les domaines où nous nous complaisions. Parfois, c’est juste quelque chose d’autre, mais qui apporte un autre plaisir, différent. On finit par l’accepter. Parfois, c’est une marche-arrière gustative: on en revient aux défauts de jadis, magnifiés, alors qu’on les croyait disparus. Retrouver des volatiles d’enfer, des mercaptans, des verdeurs tanniques, des extractions non maîtrisées, des goûts de raffle excessifs … Pffff!
        Si un Marcillac est rond comme un Crozes-Hermitage bien mûr, si un Rioja présente l’acidité d’un Barolo jeune, si un Silvaner franconien est rêche comme un Jasnières ou un Vinho Verde, cela me dérange profondément, que ces vins affichent une AOC ou non.
        Mais il y a confusion sur la signification de « marque ». Château Grillet est en fait une marque, et Château Margaux aussi, mais pas dans le même sens que Mouton-Cadet ou, justement, Tariquet. Petrus, ou le DRC, est une marque. Les « marques  » rares s’imposent un peu d’elles-même et n’ont besoin de la notoriété que pour justifier leur prixc élevé, pas pour atteindre le niveau de vente qu’elles souhaitent. Les marques au sens de produit de grande consommation ont besoin de cette notoriété pour atteindre leur objectif, en dépit d’une qualité pas toujours évidente.
        J’espère que je me fais comprendre: les poumons brûlent, les mollets aussi, le nez coule et c’est le paracétamol qui me tient hors du lit aujourd’hui. Chaque fois qu’un vigneron solitaire (même s’il est solidaire) s’éloigne de ses champs de vigne pour mettre le nez dans un salon ou bien une fête de famille – c’était le cas dimanche – il confronte son immunité précaire aux virus du monde des vivants citadinisés et … patatra, c’est la fièvre. Le Moyen Âge agricole n’est pas fait pour les amas humains des gros bourgs.

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  5. D’accord, largement avec Luc et MLB. Tous les vins signés sont des marques. Cela peut aller du DRC à Gallo. Comme pour les voitures, les contenus, comme l’image, diffèrent pas mal, mais les vins sont signés, donc marqués. Seul un vin vendu en vrac, générique, n’est pas un vin de marque.
    Faut-il qu’une marque soit identifié à une région ? Dans le domaine du vin, probablement, et pour rassurer les consommateurs, bien que la tentative Vin de France pourra nous prouver le contraire. Mais cela n’est nullement gage de qualité.

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  6. Nous livrons un des restaurateurs les plus connus du massif Central. Ses sommeliers défilent, les stagiaires comme les titulaires. L’une d’eux, devenue restauratrice à part entière et gérant l’hôtel familial à présent, nous a été présentée alors qu’elle débutait. C’est une jeune femme vive, intelligente et pleine de charme. Elle venait à l’époque de se fracturer le poignet … à moto, David. Eh bien, réagissant devant le passage de la Loute des « côtes catalanes » (nous sommes à 40 km de l’eau et son village des Fenouillèdes est plus occitan que catalan!) en VDF, justement, elle nous dit: « Oui, mais c’est dommage, on perd la notion de provenance ». Dont acte.

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  7. Merci Monsieur Lalau pour ces beaux articles sur les cuvées Collection qui sont le fleuron de la dénomination Pays d’Oc IGP.
    Nous serions ravi de vous accueillir (ainsi que vos collègues des 5 du vin) sur notre espace lors de Vinisud 2017 pour (re)déguster ces cuvées ainsi qu’un aperçu du nouveau millésime.

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