Les 5 du Vin

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La Renaissance du Château Livran

3 Commentaires

L’occasion m’a été donnée la semaine dernière de déguster deux millésimes de ce château. Des amis les avaient choisis pour accompagner leur repas. La chose est si rare qu’elle mérite d’être mentionnée, vous connaissez vous,  beaucoup de professionnels qui à ce jour se plaisent à offrir un Médoc à leurs invités ? Moi pas, en général on a droit à des découvertes ou encore à des vins natures, non pas que je m’en plaigne, mais je regrette qu’on oublie trop souvent les Bordeaux et qu’il ne soit plus de bon ton de les sortir de la cave. Merci à mes hôtes, d’avoir débouché ces bouteilles, j’avoue à ma grande honte que je n’avais jamais entendu parler de Livran, qui est  un cru Bourgeois du Médoc.

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Le château Livran est une des plus anciennes demeures du Médoc. Localisé sur la commune de Saint-Germain-D’Estheuil, son histoire remonte à 1820.

Dès le lendemain, ayant trouvé ces bouteilles à mon gout, je me suis précipitée sur le site, et  là, je découvre que la propriétaire n’est autre qu’Edwige Lurton Michon ! J’ai bien connu cette branche de la famille Lurton quand j’étais à Bordeaux, j’entretiens encore de très bonnes relations avec Marie- Laure, sa sœur. Edwige est fille de Lucien Lurton et actionnaire de Brane-Cantenac, cru classé de Margaux que dirige son frère Henri. Son mari, Olivier Michon, travaillait aussi dans cette propriété. Le 15 septembre 2013, ils ont racheté Château Livran. J’avais perdu son contact et j’ignorais qu’elle avait « replongé » dans le vin. Je l’ai jointe et elle m’a expliqué que ce fut un achat  coup de cœur qui très vite s’est transformé en un vrai challenge pour eux, en effet, Livran, qui n’est pas vendu par la place de Bordeaux, jouit d’une très faible visibilité. En outre, la propriété avait été achetée par un investisseur russe, qui malheureusement n’a pas réussi à mettre en valeur son terroir.  Mais, ça n’a pas arrêté le couple qui a été véritablement séduit. Ils sont déterminés à faire renaitre ce domaine et à remettre en valeur ce terroir de 27ha, planté à 55% de merlot et à 45% de cabernet-sauvignon avec des vignes âgées de 15 à 30 ans dominé par des terroirs argilo-calcaires d’un seul tenant-

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Edwige et Olivier

Ils s’en donnent les moyens, et lancent petit à petit, une vaste campagne de travaux, le chantier est d’envergure : installations techniques à rénover, complantations et replantations du vignoble, concernant la politique culturale,  le couple introduit doucement mais sûrement une agriculture en biodynamie. Plus aucun herbicide n’y est employé, et les doses de produits chimiques ont été réduites de façon drastique. Le domaine use à présent de tisanes et d’engrais organiques pour amender et protéger les vignes.

Conseillés par l’œnologue Éric Boissenot, aujourd’hui, le Château Livran produit 50 hectolitres à l’hectare de vins, soit 150 000 bouteilles réparties en parts égales de « Château Livran » cru bourgeois et « Les sources de Livran »second vin.

Après un tri minutieux de la récolte, les raisins sont vinifiés en cuves inox et béton thermo régulées avant 12 à 18 mois d’élevage en barriques de chêne français avec 30% de bois neuf ;  le premier vin représente 50 à 60% de la production totale du Château.

J’ai gouté 2 millésimes de Château Livran, le 2013 et le 2014

Château Livran 2013

2013 comme on le sait a été un millésime difficile, avec un rendement très faible, pourtant, il faut reconnaitre que la plupart des vins goutés dans le Médoc s’en sortent de manière fort honorable. Celui-ci fait partie du lot : La bouche est ronde, fruitée avec une structure aimable, aux tannins totalement intégrés, presque soyeux, plus dans l’élégance que dans la puissance. Finale douce de moyenne intensité, mais bien agréable. Un vin  élégant, de  corpulence moyenne, mais, de bonne longueur et cela ne l’empêche pas de donner une expression très pure du millésime, avec légèreté et fraîcheur.

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Au final un vin séduisant et facile à marier d’un très bon rapport qualité/prix : 12,50€

Château Livran 2014

Cette cuvée issue d’un bon millésime et déjà de la main des Lurton/Michon est plus typique des crus médocains. La couleur est très soutenue, le nez est généreux, fruité et complexe, les fruits rouges se mêlent aux notes légèrement vanillées. En bouche, l’attaque est fraiche, soyeuse avec une structure tannique présente, toute en harmonie. Les arômes fruités, légèrement boisés sont très élégants et participent à une belle persistance aromatique. Il en résulte un Cru Bourgeois tout en rondeur et structure, avec un nez très engageant, un beau fruit mur, une bouche riche et des tanins souples. Un style très accessible que l’on peut déjà apprécier. Toujours un très bon rapport qualité/prix 13€

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J’ai hâte de gouter les millésimes suivants, j’imagine qu’on pourra noter assez rapidement les efforts consentis dans ce domaine et qu’ils se traduiront dans la qualité du vin davantage encore.

A suivre donc, j’irai à la première opportunité visiter Livran afin de me rendre compte sur place de la tournure que prend cette « aventure ».

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 

 

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

3 réflexions sur “La Renaissance du Château Livran

  1. Bravo à eux !

    En ce qui me concerne, si quelqu’un m’invite en me sert un vin « nature », ma première réaction (que je réprime par politesse, bien entendu) est de partir en courant. Il y en a marre de ces conneries à la mode pour bobos et autres hipsters ! Mais je vais le déguster en essayant de trouver ses qualités, et elle existent parfois, bien que, la plupart du temps, le breuvage est assez repoussant.

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  2. Comme toi, Je les goute tous.,pour me faire une opinion. MLB

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  3. C’était l’anniversaire de Christine aujourd’hui, David et MLB, et nous venons de rentrer. Je m’amuse de votre commentaire, un peu hors sujet tout en … livrant (haha) une opinion intéressante que je ne suis pas loin de partager. Non seulement tu nages beaucoup mieux que moi, David, mais en plus tu arrives à goûter un vin alors que tu te sauves en courant: fortiche le British! Nous avons passé la journée à Montpellier (on dit « sur » Montpellier à présent mais nous préférons les trottoirs aux gouttières!) et avons pris un déjeûner excellent (oursin puis cerf, avant un dessert composé de coing, noisettes et l’équivalent français du « Kletskop » de Bruges, cherchez). A midi, si on souhaite encore profiter de la journée – il faisait une pluie magnifique sur la métropole héraultaise et on ne voyait pas à 3 mètres tellement le ciel était lourd – on ne torche pas une bouteille. Ce fut donc au verre: un petit verdot languedocien (Domaine de Ravanès dans le Biterrois) réellement enthousiasmant, aux tannins très feutrés et avec ce côté « raffle » du petit verdot qui rappelle parfois le fer (servadou) et surtout, David, … un de ces Gigondas Saint-Damien dont tu parlais il y a 3 jours: un extrait +++ de très bon grenache, mentholé, réglissé, goudronné et assez soyeux, sans aucune dominante d’alcool. Le tout à un jet de pierre de la place de la Comédie et de la préfecture, dans une salle voûtée en grosse pierre de taille avec de beaux lustres majestueux en cristal au plafond. Et la grosse déception de la journée: la section des ouvrages en langue étrangère a disparu de la librairie Sauramps! Je n’y suis donc pas resté assez longtemps pour me sécher.

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