Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

La der des der ?

2 Commentaires

Le problème lorsque ça marche bien pour le vigneron, c’est qu’il se sent vite à l’étroit, quelque peu coincé avec, en plus, une cuvée qui occupe l’espace médiatique au détriment parfois des autres. C’est l’occasion de se recentrer, de faire un bilan et de se dire qu’après tout, si le public le demande, pourquoi ne pas continuer… Olivier Jullien, lui, préfère tout arrêter. Non pas mettre fin au « vigneronnage » (quoiqu’on ne sait jamais avec lui…) pour mieux se consacrer à la pêche à la mouche, sa passion… Non, il préfère saborder une cuvée qui marchait du feu de dieu, trop peut-être, sa cuvée « Les États d’âme » qui, à chaque fois que nous en buvions, nous faisaient voir une partie de lui même, celle d’un lutin languedocien jouant avec les terroirs, les cépages, les vinifications pour nous livrer un instantané de son univers.

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À chaque parution, nous, les amateurs, y allions de nos commentaires, mais surtout de nos élucubrations : à quoi jouait le petit prince du Languedoc ? Vers quelle nouvelle facétie voulait-il nous entraîner ? Vers quel coteau ? Plus de grenache cette fois-ci ? Moins de Carignan ? À moins que le Mourvèdre ne vienne troubler les esprits ?  Pour pimenter nos avis, le vigneron volontiers poète ajoutait un peu ou beaucoup de sa prose sur l’étiquette permettant un approche plus hédoniste que celle, trop factuelle, d’une récitation purement technique. Grâce à lui, on lisait le vin tout en le buvant ! Combien de millésimes le vigneron a-t-il réalisé sous ce nom ? Honnêtement je ne sais plus et cela n’est pas le plus important quand on connaît bien le personnage imprévisible qu’est Olivier Jullien. Il paraît en effet que ce n’est pas la première fois qu’il annonce la fin de ses États d’âme.

wp_20161231_003J’ai acheté le dernier millésime des États d’âme, un 2013. Je me le suis aussi offert au restaurant bar à vins, Le Chameau Ivre (chez Philippe Catusse, à Béziers), où il est arrivé sur table au prix caviste (25,50 €) ce qui, compte tenu de la notoriété de ce Terrasses du Larzac, reste raisonnable… Sur la cuisine très orientée mer le bougre n’avait au début pas trop sa place, mais cela ne nous a pas empêché de vider la bouteille en moins d’une heure, après avoir démarré par un Brut Nature de Drappier, suivi d’un Côte-de-Brouilly 2010 de Jean-Paul Brun. Avec dix années de plus, le Mas Julien, puissant et marqué par de beaux tannins, eut été parfait. Fort heureusement, un plat allait vite le mettre en valeur : la raviole de sanglier, un goût de civet mêlé de légèreté. J’aurais pu opter à la rigueur pour le 2011, plus mûr, mais il me fallait à tout prix tester ce 2013 pour constater que mon unique exemplaire devait encore séjourner longuement en cave.

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Le chameau est l’animal totémique de Béziers.

Quel enseignement tirer de tout cela ? À la place d’Olivier, j’aurais maintenu en vie cette cuvée pour en faire la cuvée-référence du domaine. C’eut été un bon moyen de se remettre  doublement en question trente ans après. À la fois en explorant de nouvelles voies pour « Les États d’Ame » permettant ainsi d’élargir son public, mais aussi pour envisager la création d’autres cuvées capables de soutenir ou de remplacer celles qui existent déjà. L’autre enseignement réside dans le fond de sagesse du vigneron qui, tout en étant un « caractère » comme l’on dit, n’a rien de farfelu. Malgré la gloire qu’il tire du vin, le gars reste les pieds sur terre et ne fanfaronne pas avec des prix élevés permettant ainsi à tout amateur de s’offrir une de ses bouteilles, même au restaurant, et de s’évader ainsi un peu plus haut vers les garrigues du Languedoc. Pour ce dernier repas de l’année tout en célébrant l’anniversaire de Brigitte, ma compagne, nous avons pu festoyer en nous ruinant sagement…

Michel Smith

PS Lire aussi le très recommandable livre « La Mécanique des Vins » par Laure Gasparotto et Olivier Jullien (Grasset)

 

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

2 réflexions sur “La der des der ?

  1. J’ai pu boire un Terrasses du Larzac Lous Rougeos 2014 d’Olivier Jullien récemment.
    Pas une grosse matière mais l’avantage de la finesse, de la pureté de fruit et de la fraîcheur.

    Aimé par 1 personne

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