Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Le Tannat de Philippe Courrian

6 Commentaires

En rangeant ma cave la semaine dernière, je suis tombée sur une bouteille non pas oubliée, mais trop bien rangée : le Tannat de Philippe Courrian, un 2012, et j’ai pensé que le moment était venu de la boire. En même temps que la bouteille, j’ai remonté une « flopée » de souvenirs liés à Philippe et Véronique Courrian que j’allais m’empresser de partager avec mon compagnon. N’étant pas du monde du vin, mais très amateur, il est   toujours demandeur de mieux le connaître.

D’abord lui dépeindre Philippe, personnage incontournable du Médoc, vigneron passionné, mais aussi féru d’histoire, très grand amoureux de la nature, ce qui l’a sans doute conduit dans les Corbières. Je ne me souviens pas comment je l’ai connu, ni quand, mais ça fait bien longtemps et sans être intimes, nous nous apprécions beaucoup, il venait aux Feuillants, je suis allée dans sa « campagne habitée » comme il la nomme. C’est cette même campagne qu’il appelle le Château Cascadais, la première appellation lui sied bien mieux, l’endroit, une vallée idyllique  près de Saint- Laurent de la Cabrerisse, dans un environnement parsemé de superbes cascades (d’où le nom Cascadais), évoque le Paradis ! Des vignes, un champ d’oliviers, un ancien moulin et une maison, c’est là qu’il habite Philippe, il a redonné vie à ce terroir des Corbières très ensoleillé. Il y cultive un petit jardin potager et quand même 35ha de vignes, plantées de carignan, cinsault et syrah qui produisent des vins qui figurent parmi les meilleurs rapports qualité/prix de France. Notre ami Michel Smith à qui j’ai emprunté la photo, vous en a déjà parlé   #Carignan Story # 239 : Au fond de ma vallée…

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Philippe Courrian, Photo Michel Smith

Ça n’a pas suffit à Philippe qui au grand étonnement de tous,  a eu envie d’y implanter du tannat, lieu inattendu pour trouver ce cépage, c’était en 2001, presque 1ha.

Qu’est ce que c’est le tannat  me demande mon ami? Question normale, il n’est pas présent en Espagne, je lui explique que c’est un cépage dont le berceau le plus connu se trouve dans le Sud-ouest, notamment dans l’appellation Madiran, ce qui ne l’avance guère, il va même jusqu’à me faire remarquer que je ne lui ai jamais fait gouter de Madiran, à ma grande honte, je dois reconnaitre que c’est fort possible. Alors, du tannat dans les Corbières, ça ne le perturbe pas vraiment, il n’a pas d’à priori, c’est le grand avantage des profanes.

J’imagine que c’est son côté atlantique qui a conduit Philippe à enraciner du tannat dans ce climat méditerranéen, c’était un pari audacieux qu’il a gagné, le vin est magnifique, même si commercialement parlant j’ai l’impression que les acheteurs ne sont pas  toujours au rendez-vous. Je peux comprendre  leur hésitation, il n’est pas dû à la qualité du vin, la plupart n’ont surement pas pris le temps de le gouter ! Mais  d’une part, le nom de la cuvée est provocateur: le tannat, ça n’est pas un cépage  très populaire, il ne fait pas souvent l’unanimité et  si vraiment on a besoin d’un tannat on ira le chercher dans le Sud-ouest, où il s’appelle Madiran, c’est plus noble…et moins agressif;  d’autre part, il est concurrencé par la gourmandise et le prix des Corbières du domaine, en effet si ces derniers sont un cadeau, le tannat vendu aux alentours de 22€ peu paraitre un peu cher. J’en parlais avec Véronique Courrian, sa fille,  qui me confirmait le peu d’intérêt de la part des cavistes, et à contrario l’engouement de la restauration, Alain Dutournier entre autres le met en avant, du coup c’est une belle porte d’entrée pour les particuliers. Depuis qu’il est présent dans la restauration, il se vend bien, 2012 est terminé, c’est 2013 qui va rentrer en scène. C’est quand même paradoxal cette manière de fonctionner des acheteurs, ils sont toujours entrain de se plaindre de la globalisation des vins, mais quand on leur propose justement un vin singulier, la peur de ne pas le vendre les paralyse. Nous voulons bien des vins différents mais à condition qu’ils fassent soient commerciaux… Un tannat des Corbières, ça ne le fait pas !

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 Le vin : le 2012

C’est un vin de pays des Coteaux de la Cabrerisse, 100% TANNAT, vieilli 16 mois  en barriques 100% neuves, il a été conçu pour une longue garde. La production est d’environ 2000 bouteilles, il est à le vente depuis 2 ans, les millésimes  14 et 15 ne sont pas encore sur le marché, Véronique les laisse murir tranquillement.

Gouté en janvier 2017, ce tannat s’exprime bravement !

Nous ne l’avons pas mis en carafe, je ne l’ai pas cru nécessaire, mais nous avons pris le temps de le laisser respirer.

Encore une attrayante couleur noire dense, beaucoup de fruits noirs au nez ; en bouche, il dévoile une structure harmonieuse, il n’est absolument pas marqué par le bois, le cassis, la myrtille et la mure dominent, les tannins sont très fondus, il ne manque pas de volume, mais c’est sa grande souplesse assortie d’une  réelle onctuosité  qui nous a surpris ainsi que sa bonne persistance en bouche. Bon niveau d’acidité.

Nous avons aimé avant tout sa corpulente suavité, et la part de mystère qu’il garde, révélant une personnalité propre. Tannat ou pas tannat, peu importe c’est un vin atypique, c’est indéniable, sous des apparences trompeuses de douceur, le vin dévoile quand même héroïquement  son origine en montrant sa puissance et sa virilité.

Le vin en 3 mots : Tendre, corpulent, délicieux ! Résultat une bouteille qui ne demande qu’à être ouverte pour notre plus grand plaisir.

 

PVP : 21,50€  au domaine.

http://www.tourhautcaussan.com/

Tél : +33 556 090 077

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

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Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

6 réflexions sur “Le Tannat de Philippe Courrian

  1. Marie-Lou, tu nous donnes envies de nous promener dans la campagne habitée de Philippe et surtout de déguster ce Tannat qui ressemble peut-être plus à Tannat uruguayen qu’à un Madiran. Faudra qu’on expérimente…
    Marco

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    • Ça vaut la peine. Les Tannat uruguayen que j’ai à l’esprit, me paraissent un peu plus rustiques avec des tannins plus chauds. Mais ça fait biien 2 ans que je n’en ai plus goutés.
      MLB

      Aimé par 1 personne

      • Ceux de Bouza sont généralement très bien. Ceux de Pisani aussi. Mais moi non plus, je n’en bois pas si souvent. Pas plus que les Uruguayains ne boivent souvent de Madiran, je pense.

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  2. Bonjour Marie-Louise ! Tu n’as pas goûté le 2013 ? On aurait aimé, puisque c’est le millésime en vente en ce moment…

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  3. Le père Romero avait obtenu une dérogation pour planter 1.000 pieds de tannat à Rasteau et c’était DE-LI-CI-EUX. Je ne sais pas si son fils a continué dans les cuvées de la Soumade. Et le restaurant grec « Héraklès » (ça ne s’invente pas), au rond-point en-dessous de l’UZ Brussel , vendait un tannat grec (cher) de magnifique facture aussi. Si on travaille sur l’arbre foliaire et qu’on le laisse mûrir, le tannat est un grand raisin, même à rendement « confortable ». Je retiens la référence, MLB, merci.

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