Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Est-ce ainsi que les ceps vivent?

12 Commentaires

Depuis deux ans, des viticulteurs de Cognac achètent des vignes dans le Muscadet; non pour les exploiter, juste pour les arracher, afin de pouvoir replanter des surfaces équivalentes à Cognac.

cep

Un cep, c’est pour faire du vin, pas pour ouvrir un droit de replantation! (Photo (c) H. Lalau)

 

La chose est légale – il faut seulement avoir fait une récolte avant d’arracher. Et potentiellement rentable, puisque le prix des vignes est très bas en Muscadet, comme dans tous les vignobles en crise.

Mais n’y a-t-il pas là comme un détournement de la réglementation? Sans compter que les Cognaçais ne font pas dans la dentelle: certains brûlent les ceps arrachés à l’huile de vidange.

A quoi riment toutes ces règles biscornues – qu’elles soient françaises ou européennes; qui servent-elles, qui protègent-elles?  Et quid de la fameuse libéralisation des plantations?

Heureux les consommateurs qui consomment sans savoir tout ce qui se trame derrière le noble breuvage de Bacchus!

Hervé Lalau

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

12 réflexions sur “Est-ce ainsi que les ceps vivent?

  1. Légal peut-être et même, hélas, certainement, mais quelle perversité dans cette démarche !! Insupportable…Un timbre que l’on parvient décoller d’une enveloppe pour le recoller sur une autre, en quelque sorte.

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  2. Certes, on peut regretter le procédé mais pourquoi le muscadet a-t-il perdu ses buveurs et par suite ses vignerons ?

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    • Il y a pourtant d’excellents Muscadet ! Un breuvage bien trop peu connu pour ses vrais qualité lorsqu’il est bien travaillé…
      Testez celui de Julien Braud, par exemple…
      Ou bien celui du Domaine Salmon, celui de Poiron-Dabin, ou encore celui du Jardin d’édouard (la cuvée Trésor, non millésimé…)

      Bref…

      Tout un travail de pédagogie pour casser les fausses réputations.

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  3. Pour faire court: un épisode de gel a empêché le muscadet de fournir son plus gros marché, dans les années 90, le marché anglais, qui s’est retourné vers les vins du Nouveau Monde. Le Muscadet n’a jamais pu le reconquérir. Pour écouler des stocks excédentaires, on a assisté à une course au prix les plus bas, et la qualité a décliné. L’image du produit aussi.
    Pourtant, il y a d’excellents Muscadets.
    https://www.invinoveritas.be/fr/pascal-guilbaud-lautre-visage-du-muscadet/

    Et puis, plus globalement, par principe, on ne devrait pas pouvoir échanger des vignes d’ici et des vignes de là. On nous dit que l’AOC est sacrée, et le fait de posséder des vignes en Muscadet vous donne le droit, si vous les arrachez, d’en replanter pour faire du Cognac: c’est hallucinant!

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  4. Sur le plan des principes, je suis d’accord avec vous Hervé. Puisque les muscadet n’ont plus de buveurs, il faut que les vignerons et leurs vignes disparaissent. C’est la loi du marché. D’un autre côté, les cognac manquent de raisin et ne peuvent planter davantage de vignes. Ce petit micmac arrange tout le petit monde de la règlementation et évite de mettre en cause cet édifice administratif fragile et complètement dépassé. Sans compter qu’ainsi, en cachant la poussière sous le tapis, on conserve le calme dans les campagnes.

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  5. J’ignorais – parmi tant d’autres insuffisances de ma part – que le Cognac vendait facilement sa production, pourtant très étendue. En Armagnac, à moins d’une évolution récente que je ne connais pas non plus, beaucoup de domaines tiraient la langue. Je sais que les « Chinois » (et d’autres pays asiatiques) avaient ouvert de nouveaux marchés. Qu’en est-il?
    Si jamais cette dichotomie persiste entre un Armagnac (essentiellement artisan et de crus) et un Cognac (assimilable à de l’industrie agro-alimentaire, à quelques petits producteurs moins connus près) qui exporte bien, le modèle de toute l’agriculture est à nouveau réalisé.
    L’assemblage et la « marque » en tant que concept se sont imposés au consommateur lambda.
    Je préfère de loin les eaux-de-vie gersoises (pour une raison de goût) à celles des Charentes, mais ça se discute et on n’est pas obligé d’avoir tous les mêmes papilles. Par contre, le côté « standardisé » des XO des gros vendeurs n’arrête pas de me laisser interdit. Il ne s’agit pas de les trouver bons ou pas, je me demande ce qui fait préférer l’un ou l’autre (à part leur belle carafe). Mais c’est peut-être justement ça la clé du succès commercial? On boit « du Camus », « du Martell », « du Hennessy », « du Delamain ».
    Dans ce cadre, la replantation « dans la zone » d’une quantité x de ceps s’inscrit dans une logique réelle.
    A l’inverse, si le marché se cristalisait sur les fins bois, ou la Petite Champagne etc – ce qui n’est pas le cas – on pourrait peut-être y trouver à redire.
    On connaît l’attachement d’Hervé aux appellations, qu’elles soient contrôlées ou non – et son commentaire est tout à fait cohérent. Moi, c’est la provenance qui me tient à coeur, surtout si elle est contrôlée. Qu’un merlot pousse sur le finage de Pomerol ou de Saint-Emilion, je m’en fous, mais, si on me le vend, je souhaite qu’il soit effectivement issu de cette « rive droite » et qu’il en ait le style que, naïvement, je m’attends à y trouver.
    Ce que dit Thoroude est souvent frappé au coin du bon sens et il sait, lui, que le vignoble français (et plein d’autres) répond en fait aux mêmes lois que les autres secteurs d’activité. Toi, Hervé, tu es un « externe », et moi aussi d’une certaine manière. Nous avons gardé une image un peu romantique du Mondovino. Et elle n’a plus cours.

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    • Désolé mais il faut se faire une raison. La plupart des buveurs de vin et d’alcool boivent d’abord des étiquettes et surtout des appellations. Combien de vignerons se préoccupent d’offrir de bons vins ? Chez nous, dans les Côtes du Rhône, pour vendre facilement son vin, il est plus facile de proposer dans sa gamme un Chateauneuf du Pape plutôt que de progresser en qualité gustative, voire en qualité tout court. Le concept des appellations a été totalement détourné de son esprit au profit d’intérêts commerciaux et surtout patrimoniaux. Un vigneron reste un paysan, attaché au foncier et il faut en maximiser la valeur. C’est concret ! Comment évaluer une clientèle de bons vins et puis ça varie d’une année sur l’autre…

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  6. Oui, le Cognac se porte très bien… http://www.liberation.fr/futurs/2017/01/13/cognac-dans-le-sillage-de-2015-record-de-ventes-en-2016_1541233

    Mais comme plus de 98% de sa production se vend hors frontières, principalement en Asie et aux Etats-Unis, on ne le voit guère dans nos contrées.
    Et puis, sans doute que ce gros succès suscite de gros appétits.

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  7. Contournement de la loi aussi édifiant : certains viticulteurs (de Champagne) acquièrent des parcelles en zone à faible notoriété (et parfois non vendangées ) aux fins de pouvoir dépasser* leur quota sur les parcelles en grand cru .
    Des noms ? Bah ils se reconnaîtront sans peine…….
    *la vendange 2016 ayant été parcimonieuse j’imagine que tout le raisin a été récupéré

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  8. Très bonne remarque. Nous parlions récemment du rendement, grâce à l’ami Gagnon. Mais que signifierait le rendement d’un vigneron qui déclarerait 40 hl/Ha, mais ne récolterait que la moitié de ses hectares, là où il produirait à raison de 80 hl/ha, avec l’avantage de ne devoir travailler et traiter que la moitié de ses vignes?

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  9. Muscadet: c’est l’histoire d’un vignoble qui vivait confortablement jusqu’en 1990 d’une production de masse dans un marché protégé.

    Le gel de 1991 a été le début d’un lent reflux ininterrompu jusqu’aujourd’hui. Les années 2000 laissaient paraître une stabilisation, mais un nouveau gel important en 2008 dont les conséquences commerciales ont été aussi mal gérées que 17 ans plus tôt a de nouveau pointé les faiblesses de l’appellation. Incapacité à s’organiser collectivement chez les producteurs, domination d’un négoce obnubilé par les gros volumes cherchant ses marges à l’achat et non dans une valorisation sur les marchés, image d’un vin de comptoir dont le consommateur n’existe plus…
    Le vignoble a eu beau se réduire comme peau de chagrin rien ne lui a permis de retrouver l’équilibre économique malgré une surface tombée de 13 000 Ha en 1990 à moins de 9 000 Ha en 2016.
    Tout est à reconstruire.
    C’est ce à quoi s’emploient les vignerons engagés dans la démarche des crus communaux: rendements de 45 hl, élevage sur lie de 24 mois. Le mot Muscadet figure à peine sur les étiquettes, les producteurs vendent un Gorges, un Clisson, un Château-Thébaud, un Monnières.
    Ces vins en général autour de 10 € sont parmi les meilleurs rapports qualité-prix des blancs secs en France.
    Quelques noms : Domaine de la Pépière, Jérémie Huchet et J Mourat, Mme Günther-Chéreau, Hubert Brochard, Vincent Caillé…et de nombreux autres.

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