Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Rouge Bleu, à Sainte Cécile-les-Vignes

8 Commentaires

Rouge Bleu. Derrière ce joli nom se cache (très peu) un joli domaine de Sainte-Cécile, nouvelle dénomination des Côtes du Rhône Villages avec mention de commune.

A l’écart du bourg, avec vue sur la garrigue et au fond, les fameuses dentelles de Montmirail, Rouge Bleu est exploité depuis 2012 par un jeune couple de passionnés; Caroline est Australienne, œnologue de formation; Thomas, lui, est Vosgien, et a fait lui aussi carrière dans le vin, mais du côté commercial.

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Les Dentelles, vues de Rouge Bleu (Photo (c) H. Lalau 2016)

«Inspiration biodynamique», petits rendements, cuvées spéciales, exportation, la philosophie des deux associés ne les porte pas vraiment à la facilité. Et pour boucler les fins de mois, ils tiennent aussi des chambres d’hôtes (charme et calme garantis).

Voici trois cuvées de rouges (pas bleus) illustrant leur travail commun, respectueux des fruits de mère nature, mais oenologiquement très précis. Je précise qu’il s’agit des cuvées à la vente, car ici, on aime laisser aux vins le temps de se faire.

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Une autre Dentelle, en bouteille, celle-là (Photo (c) H. Lalau 2016)

Dentelle 2013

La fraîcheur du Carignan, la souplesse du Grenache, dans un style tout en… dentelle qui révèle plus qu’il ne couvre. La pureté du fruit (prune, cerise) se développe du premier nez jusqu’à la finale en bouche ; l’élégance de la texture est soulignée par des tannins très lisses et une pointe d’épices douces.15/20

Mistral 2012

70% Grenache, complétés de Syrah et de Mourvèdre, nous offrent un vin assez gourmand ; un nez de mûre, une bonne structure assez souple, des tannins bien fondus. Etonnamment jeune pour un 2012. La vendange, non éraflée, fermente lentement et à basse température, pour plus de finesse – et le but est magistralement atteint. Elevage en barrique usagée pendant un an puis 18 mois d’affinage en cuve béton.

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Est-ce le vent qui donne sa fraîcheur à ce Mistral gagnant? (Photo (c) H. Lalau 2016)

Mistral 2014

Une acidité un peu plus marquée que dans le 2012. Le nez de cerise est relevé par de la cannelle; la bouche commence tout en délicatesse, mais se développe peu à peu, jusqu’à devenir opulente; à la cannelle du nez se mêlent du romarin, de la gentiane et des herbes sèches. Les tannins sont robustes, mais suaves, et sa belle fraîcheur de ce vin fait tout à fait oublier ses 14 degrés d’alcool.

Côtes du Rhône Villages Sainte Cécile

Re-situons le domaine dans son contexte et son actualité: 15 caves particulières et 3 coopératives se partagent la nouvelle mention Sainte Cécile. Celle-ci voisine avec la nouvelle AOP Cairanne, à l’Est (et oui, ça bouge dans le Rhône, au moins côté Méridional!), et avec Suze la Rousse, au Nord. Son aire  (1370ha) est plutôt caillouteuse, surtout au Sud ; ce sont les fameuses garrigues, des parcelles assez planes où affleurent les galets roulés. Des sols qui mélangent le calcaire, le sable et l’argile, qui donnent des vins fruités, épicés, et moyennement structurés (avec, bien sûr, des nuances dues à la patte du vigneron).

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Qui veut des cailloux? (Photo (c) H. Lalau 2016)

 

Je compte sur notre ami Georges Truc pour nous en détailler l’histoire géologique (est-ce la même qu’au Plan de Dieu?)… me doutant que les galets ne sont pas arrivés là par l’opération du Saint Esprit.

Hervé Lalau img_0702

http://www.rouge-bleu.com/fr/

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

8 réflexions sur “Rouge Bleu, à Sainte Cécile-les-Vignes

  1. J’ai rencontré Thomas Bertrand fin novembre autour d’un pot-au-feu chez Christophe Le Berre (Le Repaire du Sommelier). Je confirme que le gaillard est archi-sympathique, que ses vins sont enthousiasmants (grenaches bien mûrs notamment mais pas confiturés) et qu’il déguste avec beaucoup de précision. Comme nous travaillions tous deux le lendemain, j’ai quitté la soirée vers minuit. Il paraît qu’elle e’est prolongée jsuqu’à pas d’heures. Ah, les djeuns!

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  2. Si j’ai bon souvenir de ce que m’avait raconté Thomas, ce domaine, pourtant assez jeune, a déjà changé de mains. Thomas l’aurait repris après que le propriétaire précédent ait saisi l’opportunité d’acquérir un domaine en Bandol (j’ignore lequel).

    Le domaine était toujours aux mains du propriétaire précédent lorsque j’ai choisi Dentelle comme l’un des 2 rouges proposé lors de mon mariage, en 2011. Déjà de grands vins à cette époque selon moi donc.

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  3. Oui, Hervé, il s’agit bien de la même et vaste terrasse alluvionnaire très caillouteuse du Plan de Dieu (âge rissien), récemment (fin Quaternaire) incisée par la rivière Aigue, en sorte qu’il existe maintenant le panneau du Plan de Dieu, à l’Est, et celui de Sainte-Cécile-les-Vignes à l’Ouest. L’épaisseur peut en être très importante (plus de 20 m au domaine de la Courançonne ; 30 m en allant vers le Sud-Ouest, à Travaillan).

    La surface a subi les effets d’une altération climatique qui a mobilisé le fer présent dans les minéraux des roches formant les alluvions, d’où des sols brun-rouge en surface. Le stress hydrique se fait volontiers sentir dans le Plan de Dieu (nappe profonde) ; beaucoup moins sur le panneau de Sainte-Cécile (alluvions moins épaisses et présence d’une nappe à une profondeur modérée).

    Pour preuve, au nord du domaine Rouge Bleu, se trouve une source très importante (Alcyon) qui est l’émergence naturelle de cette nappe dans une petite dépression.

    Les vins produits sur cette terrasse de Sainte-Cécile sont marqués par beaucoup de fraicheur, des fruits rouges mûrs, une texture tannique assez soyeuse ; des vins souvent charmeurs, à l’image de ceux du domaine Rouge Bleu.

    Le toponyme « Garrigues » traine partout sur les cartes de l’IGN dans le secteur de Sainte-Cécile-les-Vignes, ce qui traduit l’ancien état de ces terres, c’est-à-dire des surfaces boisées. j’ai personnellement connu le Plan de Dieu encore très revêtu de bois de chêne verts. C’est le père Meffre qui a été le plus important défricheur de cet espace. En effet, à la fin de la deuxième guerre mondiale, les américains avaient laissé sur place, près d’une piste (aérodrome) située au milieu du Plan de Dieu, de gros engins de terrassement (scrapers, bulldozers) qu’il a pu acquérir au prix de la ferraille. Il a donc entrepris de défricher de vastes superficies de terres pour les planter en vignes.

    Sainte-Cécile-les-Vignes : un souvenir parmi tant d’autres. En 1955, le baron Le Roy de Boisaumarié a inauguré son propre buste sur une place de ce village. Mon père avait absolument voulu que je l’accompagne (j’avais 12 ans) et ce fut un grand moment d’humour et de philosophie…

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  4. Merci, Georges.

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  5. Ah bon, voilà le Truc comme on l’apprécie, quand il fait se rejoindre son savoir de la roche (sur le mode scientifique ou en tout cas rationnel) et nos ressentis empyriques et fantaisistes, ce que nous appelons notre « goût ». Ce lien existe, bien sûr et est passionnant.
    Je me suis livré à une manipulation, qui serait intellectuellement malhonnête si je ne l’avouais pas.
    Les lignes ci-dessus sont un « copié/collé » dont j’ai fait disparaître quelques mots, sans en ajouter aucun:
    Let’s go:
    « Ces sols se forment par altération des couches superficielles des roches silicatées ou carbonatées sous l’action des agents atmosphériques (…). Ils sont tout à fait impropres à quelque forme d’agriculture que ce soit ; extrêmement pauvres en cations échangeables, leurs complexes absorbants (alumine colloïdale associée à divers oxydes de fer) sont complètement désaturés.
    Les seuls écosystèmes adaptés à ces sols sont des écosystèmes forestiers. Si ces formations végétales sont détruites et remplacées par des formations graminéennes destinées à l’élevage bovin ou caprin et surtout par des cultures, en quelques années et toujours moins d’une décennie, ces sols se transforment et, s’ils sont soumis à une forte érosion, ils laissent apparaître les cuirasses installées profondément. Les sols deviennent définitivement stériles. »
    Quelle horreur, mais c’est à peu près ce que nous vivons ici (réchauffement climatique de la zone méditerranéenne, face nord).
    Je continue ma manipulation et vous verrez de quoi on parle. Nous subissons maintenant à peu près le même phénomène:
    « Il se produit dès l’instant où la couverture végétale forestière détruite ne protège plus les sols ferralitiques …. – allez, le mot est lâché, ferralitique, – à la fois du fort lessivage des pluies tropicales pendant la saison humide et des fortes évaporations et évapotranspirations pendant la saison sèche. Tous ces mouvements d’eau conduisent à la formation dans les horizons inférieurs du sol de nodules de précipitation de gibbsite (oxyde d’aluminium), d’hématite et de gœthite (oxydes de fer) … ».
    L’Europe deviendrait donc un gigantesque chantier de … latéritisation, grâce aux défrichements. Heureusement, ce n’est que très partiellement comparable, ouf! Toutefois, faisons gaffe.
    Autre comparaison avec l’Afrique: les jeunes pélicans naissent noirs, chacun le sait. C’est à peu près à cette époque-ci de l’année. Au Sénégal, il y en a beaucoup qui s’envolent vers le nord pour le moment, dès qu’ils ont acquis leur plumage blanc. Normal, une fois qu’ils sont devenus blancs, ils n’ont plus besoin de visa pour entrer dans l’espace Schengen!

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  6. Très habile, Luc, cette manipulation. Pour l’instant, par chance, nous sommes encore dans le stade fersiallitique ; les sols ferralitiques et allitiques sont très loin de s’installer chez nous. En revanche, ce qui est en train de se produire dans l’espace méditerranéen de notre territoire concerne surtout les accumulations carbonatées qui prennent de l’ampleur dans les piémonts des versants ; les classiques encroûtements carbonatés (calcrete des anglo-saxons) peuvent être à l’origine de sérieux problèmes d’enracinement. Les contrastes saisonniers, s’ils se font de plus en plus fréquents, risquent d’affecter nos sous-sols. L’échelle de temps nécessaire pour atteindre un stade significatif de ces transformations dépasse largement une génération…
    Nous étions sous climat tropical humide au Crétacé et au tout début du Tertiaire : les ocres de Provence sont des profils latéritiques tout à fait remarquables, parfaitement identifiés par Jean-Marie TRIAT dans sa thèse (Marseille St-Jérôme) ; l’altération qui en est à l’origine date de l’extrême fin du Crétacé / tout début du Tertiaire. Il s’agit d’une époque pendant laquelle les pélicans comptaient un grand nombre d’espèces…

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    • Je suis heureux de trouver un terrain d’intérêt commun. L’iconographie montre ce singulier oiseau tantôt en train de s’arracher le coeur (moi je n’en aurais pas, comme tous les cyniques, paraît-il), tantôt en train de se déchirer le foie pour nourrir ses petits. Là, par contre, les pauvres risquent l’indigestion.

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