Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Gascogne, Béarn et Pays Basque, un bref itinéraire gourmand

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Entre la France du Sud-Ouest et l’Espagne côté basque, je viens de consacrer quelques jours à un voyage de découverte sur la route qui mène de mon deuxième chez moi, en Gascogne, vers San Sebastian, en passant par Tarbes et Pau, le temps d’un long weekend et sous un ciel hivernal redevenu à peu près clément la plupart du temps.

Etape 1: Tarbes

La première halte fut à Tarbes (pas sur cette carte) après une paire d’heures de route dans la vieille mais vaillante Peugeot break (plus de 200.000 km au compteur et 20 ans d’âge) qui nous sert de moyen de transport quand on vient se poser dans le Sud-Ouest par le train. A première vue, cette ville de Tarbes ne m’inspire que très peu, voire pas du tout. C’est triste comme un dimanche après-midi, mais nous sommes un jeudi matin ! Et cette impression se confirme en me promenant dans le centre où tout semble dédié aux fringues, aux ongles (!), aux bijoux de pacotille et à d’autres futilités. Ce n’est malheureusement pas un cas unique en France, mais cela reste très déprimant ! Les seuls bistrots vus sont des cafés modernisés aux terrasses qui envahissent la place centrale, groupés côte à côte comme pour mieux s’affirmer par un effet de masse dans ce désert gastronomique. Leur offre, en mets comme en liquides, sans parler de la vulgarité des décors, ne me disait rien qui vaille. N’ayant rien trouvé d’autre après 15/20 minutes de marche, je me dirigeais vers la voiture pour repartir vers Pau sans manger quand, en esquivant la très pâle tentation d’un «You Sushi» (sic), j’aperçois, face à une grande halle moderne, deux barriques posées debout devant un petit bistrot. Bon signe peut-être ? Et, en effet, Le Comptoir du Marché à Tarbes s’est avéré l’endroit parfait pour une pause déjeuner délicieuse avec une douzaine de vins proposés dans un appareil de type Cruover et des tapas/pinxhos/raciones faits avec de bons produits aussi frais que variés. La sélection des vins est correcte, sans grande originalité peut-être, mais il y a du choix et de la qualité. Côté prix, 49 euros pour deux, avec trois excellentes tapas, un plat, deux cafés, et en incluant 20 euros de vins divers que nous nous sommes servis à la machine avec une carte. L’endroit est petit, le décor épuré et agréable, les produits sont de qualité et le service aimable. C’est suffisant et c’est bien.

Le Comptoir du Marché, 6 Place du Marché Brauhauban, 65000 Tarbes (Tel : 05 62 53 97 89)

Etape 2: Pau

Je ne connaissais pas cette ville, lieu de naissance d’Henri IV. Par l’internet, j’avais réservé une chambre dans le réseau airbnb dans une villa du 19ème, La Villa Dampierre, appartenant à un couple de montagnards qui l’ont adapté à cette nouvelle fonction avec goût, suite au départ de leurs enfants grandissants. L’endroit est facile d’accès par voiture mais un peu à l’écart du centre ville qu’on peut néanmoins gagner à pied en 15 minutes en passant par des zones assez peu avenantes. Pour dormir et se garer, c’est pourtant tranquille et assez agréable.

Villa Dampierre, 39 Avenue Duffau, 64000 Pau, (tel : 05 59 30 39 51)

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Après une visite à pied de la ville, du château et du musée des Beaux Arts, dîner tôt dans un joli lieu qui s’appelle La Cave à Manger des Contrebandiers. En s’associant avec le rugbyman fraîchement retraité, Imanol Harinordoquy, qui a démarré ce concept à Biarritz, l’enfant du pays et producteur de vin du Sud-Ouest Lionel Osmin tente ici une nouvelle aventure en parallèle avec son activité principale dont j’ai déjà parlé à cet endroit. Le lieu est sobre, voir sombre, avec cette tendance métal/bois dans le décor qui allie industrie et artisanat et qui sert de fond à une production alimentaire très inspirée du pays basque espagnol et de cette habitude des portions modulables entre tapas/pinxhos et raciones. Moi qui n’aime pas manger beaucoup le soir, cette approche de la nourriture me convient bien mieux que des traditionnels dîners français avec des portions plus copieuses. Et les ingrédients, comme les préparations, sont de très belle qualité. Point de pain partout en support des tapas, mais des petites portions de choses variées entre terre et mer, légumes et viandes, puis fromages et desserts. Côté liquide, un total de 24 vins est proposé au verre, dont un bon tiers est issu de la large gamme de Osmin & Cie qui est spécialisée dans le Sud-Ouest de la France, le reste ayant des origines diverses entre l’Allemagne, l’Italie, la France (hors Sud-Ouest) et, pour une large part, l’Espagne. En outre, il y a, pour ceux qui veulent aller plus loin, une carte de plus de 200 vins et une belle série de whiskies, ainsi que toute la gamme de la Chartreuse (miam-miam). Les prix de ces vins au verre sont raisonnables (entre 3 et 9 euros, ce dernier pour du Champagne Ruinart), ce qui, sans atteindre le niveau encore plus accessible que j’ai découvert à San Sebastian, est un cran en dessous de ce qu’on peut trouve à Paris pour des vins équivalents.

La Cave à Manger des Contrebandiers, 12 Rue Gachet, 64000 Pau (tél : 0559800325)

 

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Etape 3: Saint-Sébastien

Cette ville au double nom (Donostia/San Sebastián) est une légende et certainement un des temples de la gastronomie mondiale aussi bien pour les mets que pour des vins accessibles, mais aussi dans le registre du haut de gamme. N’ayant pas les moyens de la deuxième catégorie, je me suis défoulé dans la première, d’autant plus que je logeais dans la vieille ville, en plein dans le quartiers des bars à pinxhos. Quel bonheur ! C’était ma première visite, mais cela ne sera certainement pas ma dernière.

Deux nuits sur place, et 5 périodes de repas permettent à peine d’explorer les énormes ressources gastronomiques d’un seul quartier de cette belle ville, très 19ème dans ses atours architecturaux et très heureusement dédiée aux piétons. Je dis « périodes de repas » car on vit ici selon les horaires espagnols ce qui signifie que le repas de milieu de journée, surtout le weekend, commence vers 13h pour s’étendre jusqu’à 16h, voire plus, tandis que la plage du repas du soir est encore plus large et encore plus tardive. Il faut s’y habituer.

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Notre logement était propre mais très mal insonorisé, ce qui est un handicap la nuit vu les rentrées tardives des voisins (un conseil pour Saint-Sébastien : prenez un hôtel plutôt qu’une location, c’est moins cher et le service existe !).  Mais c’était dans le quartier des bars à pinxhos et les rues autour offrent un choix incroyable de lieux pour tâter des mets du coin et des vins de toute l’Espagne. On tombe bien (pour la suite) car le premier bar en sortant dans la rue, La Cantine, est tenu par un couple français et décoré par des tableaux voués au rugby. Comme il y avait le match Angleterre/Galles (et quel match ce fut !) qui se jouait le samedi en fin d’après-midi, j’ai demandé et obtenu une ouverture un peu prématurée du resto pour pouvoir voir le match. Je suis bien tombé : le patron a joué à Pau et à Lourdes. Merci Claudio ! Les gnocchis y sont excellents et la patronne fait une Sangria blanche au Prosecco de toute beauté. Des bons vins au verre aussi, dont une forte présence de Riojas de Muga, que j’ai vu un peu partout dans cette ville.

La Cantine, Calle San Jeronimo 22, Saint-Sébastien (tél : +34 913 427 508)

L’après-midi, après quelques autres essais, une promenade le long d’une des deux grandes baies de Saint-Sébastien, appelée La Concha. Pause dans le bar éponyme pour boire un PX de méditation devant l’océan et deux surfeurs aussi intrépides que privés de vagues.

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Puis la soirée de vendredi commence et quelques explorations de bars à tapas/pinxhos. Je ne sais plus comment dire entre ces deux appellations, mais c’est plutôt la dernière qui semble dominer ici. Pour environ 2 euros ou un peu plus vous avez une petite portion d’un mets dont la qualité, comme la sophistication, varie beaucoup selon l’endroit. Ma technique pour choisir le bon endroit et d’abord d’essayer de voir s’il est bien fréquenté par des locaux. C’est un premier bon point. Puis de regarder si les produits sont présentés systématiquement sur le comptoir et sur des morceaux de pain. Si ce dernier critère se vérifie, sans avoir respecté le premier, on passe son chemin. Dans le doute on essaie timidement. J’ai trouvé que cette grille à double ou à triple entrées fonctionne plutôt bien.

gettyimages-san-sebSan Sebastian (Photo (c) Getty)

Le meilleur endroit de la soirée fut indiscutablement le bar Borda Berri, lieu assez petit avec des serveuses efficaces mais pas très amènes, à la différence de la plupart des bars visités, il faut le dire ou l’efficacité règne mais avec le sourire en prime. Par contre, les tapas étaient d’une très grande qualité, servis dans de petites assiettes (et pas sur du pain), fraîchement préparés en cuisine : morcilla avec haricots rouges et poulpe magnifique, par exemple (et j’en oublie). Toujours des bons vins abordables, mais aussi une excellente bière artisanale de la catégorie IPA.

Bar Borda-Berrin Fermin Calbeton 12, Saint-Sébastien (tél : +34 943 43 03 42)

Le dimanche matin, café dans un bar populaire à côté du marché puis visite du dit marché et, plus longuement, du musée de la ville dont l’architecture allie dans un contraste saisissant modernité bétonnante et passé religieux. Ce qui est sympa et bien lié à la culture locale est que votre ticket d’entrée au musée vous donne droit à une tapa et un verre de vin à prix réduit dans le café du musée. Une idée pour la France, si en retard sur l’accueil du touriste ?

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Cela a ouvert la voie au déjeuner (encore d’autres tapas, bien entendu) dans une autre très bonne adresse, fréquentée exclusivement par des locaux et servant, en plus des vins et de la bière, un très bon cidre basque sec qu’on sert à rasade en versant au bout du bras pour faire un peu mousser. Je crois bien d’ailleurs que ce breuvage est une invention du pays. Ce bar s’appelle La Viña et les mets proposés, dont beaucoup de poissons, s’étalent en vrac dans des grandes assiettes sur le comptoir ou, comme ailleurs, on doit jouer des coudes (avec patience si nécessaire) pour se faire une place ou bien prendre son assiette et aller s’asseoir sur un blanc s’il y a de la place.

La Viña, Calle 31 Agosto 3, Saint-Sébastien

J’ai fort peu parlé des vins dans cette chronique, mais j’ai bu surtout des Riojas de bonne facture et quelques blancs plus moyens, entre des Ruedas sur le versant végétal et des Rias Baixas corrects sans plus. Une excellente bière artisanale basque et un bon cidre. Et, ci-dessus, une série d’alcools et liqueurs très intéressants proposés gentiment par le patron de La Cantine : du haut en bas, pomme (le clair), une plante qui ressemble à de la gentiane (le jaune) et une excellente liqueur de prunelle (en bas). Ce fut un très bon weekend et je retournerai  avec plaisir à Saint Sébastien.

David Cobboldimg_8005

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

11 réflexions sur “Gascogne, Béarn et Pays Basque, un bref itinéraire gourmand

  1. Joli article, dans le style « Tribulations d’un British en Gasconie/Gascogne » ou de Peter Mayle (David’s year in Gascony), et sans polémique. Il apparaît très clairement que tu n’as pas vécu le martyre à Saint-Sébastien! Je suppose que tu n’as pas rencontré la maréchaussée, car, pour le moment, elle semble aussi prendre pour habitude de transpercer les gens à coup de … verges.

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  2. la prochaine fois, il faut rajouter El Museo del Whisky a San Sebastian…et peut etre aussi, un des 3 * les moins chers, et surtout le meilleur, que j’ai fait…. Arzak !

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  3. Il paraît aussi que Rekondo est très bien, mais je n’ai pas pu l’essayer cette fois-ci.

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  4. David, une amie qui n’arrive pas à te joindre me demande de plaider sa cause. Elle raffole des KTM, ou alors à la limite de bi- ou tricylindres anglais s’ils ne perdent pas trop d’huile. Elle habite dans la banlieue de Lourdes, où elle anime la campagne de M. Fillon. Tu peux la contacter sur : bernadette.soubirous@emploisfictifs.gouv.fr.

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  5. Luc, la fille d’un confrère de Médiapart vivant à Berlin mais employée à mi-temps à la mairie de Paris te demande ton avis sur le coût comparé des vélib dans les deux capitales. Je te donne son adresse: eve.pleinemploi@mariedeparis.fr

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  6. A Donostia, Rekondo et Ibaï sont à découvrir …

    Et Kaïa Kaïpe à Getaria : poissons sublimes et cartes de vins à se damner (prix doux).

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  7. Bien plus que celle du diable, Luc ! 🙂

    Carte gigantesque et haut de gamme.

    Des pépites avec notamment un beau domaine traditionnel de la Rioja, Gran Reserva 1981 à 16,90 euros (tu trouveras cela sur le site du restaurant).

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  8. Pour se faire plaisir avec des vins à maturité et convenablement facturés :
    Rias Baixas Pazo Senorans Seleccion de Anada 2008 : 15/20
    Champagne Selosse Les Carelles Extra Brut : 18,5/20
    Rioja Lopez de Heredia Tondonia blanco Gran Reserva 1991 : 17,5/18
    Rioja Conde de Valdemar Gran Reserva 1981 : 16/20
    Rioja CVNE Vina Real Reserva 1981 : 17/20
    Rioja Muga Prado Enea Gran Reserva 1994 : 17/20
    Madère Barbeito Verdelho Frasqueira 1992 : 18/20

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