Les 5 du Vin

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Quand les mots manquent (Graham’s Vintage Port 1980)

19 Commentaires

Il y a des vins devant lesquels les mots vous manquent. Ou en tout cas, expriment mal la profusion de ce que l’on ressent.
Ce fut le cas, pour moi, avec ce Porto Vintage 1980 de la Maison Graham, dégusté à l’Abadia Retuerta, lors du colloque sur le terroir dont je vous ai parlé ici même.

Ce qui m’a frappé, d’emblée, dans ce Porto, c’est sa jeunesse. Comme d’habitude, j’ai commencé à noter mes impressions du nez – pivoine, agrumes, cerises, pruneau, et puis j’ai arrêté, car tout se bousculait. La bouche, longue et veloutée, pas trop alcooleuse, reprenait toutes ces saveurs; le sucre me paraissait formidablement bien intégré. Et puis j’ai jeté l’éponge (ou plutôt le clavier).

Ce Porto-là est fait pour boire, pas pour déguster. Alors je l’ai bu.

 

graham

 

Hervé Lalau

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

19 réflexions sur “Quand les mots manquent (Graham’s Vintage Port 1980)

  1. Hervé, je ne me souviens malheureusement pas d’avoir bu le 1980 de Graham’s. Ce millésime, venu après le fabuleux 1977 chez beaucoup de déclarants, n’a pas joui d’emblée du crédit qu’il mérite. Avec le temps, il révèle ses qualités. J’ai par contre possédé, et bu, Warre’s et Gould Campbell’s 1980, aussi de chez les Symington. C’est un vintage aux tannins très fermes, d’ordinaire, à l’ancienne mais ‘Tao Bom ». Tu sais en plus que l’ossature des vintage de cette maison provient de la Quinta dos Malvedos (où flotte en permanence l’Union Jack) qui possède presque 20 % de Tinta Barroca dans son encépagement (en plus d’1/3 de Franca et d’1/3 de T. Nacional environ). Dans les années « un peu moins solaires », tout est relatif, cela lui confère un surplus d’âme. Dans les années « très splendides », cela peut le rendre un peu dur. Je suis d’ordinaire grand amateur des vintages de Graham’s et ai la chance de posséder « ce qu’il faut » du 1991 (magnums aussi), très réussi et année de naissance de ma fille.
    La notion de « pas trop alcoleux » est intéressante, puisque tu sais que – by law – le porto doit titrer entre 19,5 et 21,5 vol %, pas des mauviettes donc!

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  2. Merci pour les informations sur la composition, que j’ignorais – j’avoue que je suis loin d’être un vrai spécialiste du Porto.
    A propos de l’alcool, à tort ou à raison, j’emploie le mot alcooleux pour décrire la sensation d’alcool, le côté « chaud », voire trop chaud – une impression, donc, l’alcool que je ressens. Et il y a des vins où l’alcool est si bien intégré que je les trouve peu alcooleux, malgré un titre alcoolique élevé.

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  3. Cette discussion sur l’alcool et sa perception est intéressante (et même essentielle) à plus d’un titre. Et il rejoint des considérations similaires sur d’autre substances dans un vin : le sucre, l’acidité, etc. Comme le souligne Hervé, c’est bien la perception qui compte, et non pas le chiffre affiché sur l’étiquette ou sur un document d’analyse. Mais cette perception est, par définition, personnelle et lié au moment de la dégustation.

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    • Pourquoi dire que la perception de l’alcool est personnelle? Serait-elle plus personnelle que celle de l’acidité ou du sucre?
      Pierre Casamayor nous a appris à déguster les vins de liqueur en jugeant leur équilibre entre acidité, moelleux (dont les sucres, la sucrosité, le beurré, la viscosité) ET alcool. Parfois les tanins en plus. L’alcool ne doit pas dominer mais il donne de la tenue à la liqueur. L’alcool ayant été ajouté au vin, sa perception est considérée comme une appréciation de la qualité.
      Au contraire des vins liquoreux, vins naturellement doux et autres vendanges tardives, qui n’ont que l’alcool issu de la fermentation.Qui n’est, à priori, pas dissocié .

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      • Nadine, honnêtement, je n’avais jamais pensé à cette distinction entre produits à alcool naturel et ceux avec alcool ajouté, dans ma perception de l’alcool; le distinguo est pourtant très logique. Je vais y faire plus attention.
        Je ne savais pas que tu connaissais bien Pierre Casamayor. J’ai fait de très belles dégustations à ses côtés. Cela fait longtemps que je ne l’ai pas vu. J’espère qu’il va bien.

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      • « Que l’alcool issu de la fermentation » … C’est exact, mais cette fermentation est parfois celle du sucre ajouté par chaptalisation. Je ne nie nullement notre sensation que certaines « alcoolosités » semblént intégrées (et d’autant plus que le temps a passé, en général) et d’autres pas, mais je ne sais pas d’où cela provient. Des « illuminés » comme un guru de la Bdyn prétendent, de manière similaire, qu’il y a « plusieurs » vit. C (acide ascorbique) et qu’ils auraient des propriétés différentes. Or, dans la nature, il est énantiomèrement pur (ac. L-ascorbique) et celui (difficilement) préparé par synthèse (au départ du D-glucose) est identique, ayant notamment nécessité une fermentation du D-sorbitol par des bactéries pour aboutir à du L-sorbose. Il en va de même pour l’alcool: qu’il soit issu de chaptalisation, des hexoses naturellement présents ou bien du mutage, il devra arriver à un certain équilibre (gustatif) dans le vin produit. Certaines communes bourguignonnes, quand j’étais petit, mettaient un point d’honneur à proposer à la vente des rouges plus alcooleux que la concurrence (Pommard notamment), et donc chaptalisaient plus, en moyenne. Les vins étaient souvent déséquilibrés. Je pense que cette habitude a disparu. Mais il ne s’agissait pas d’un « autre alcool », simplement d’un problème de proportion. Idem entre les liquoreux de tries, d’enrichissement, de passerillage … sauf qu’ici le botrytis brouille les cartes (acide gluconique notamment).
        C’est un sujet fascinant. Hélas, le marché des vins doux va bien mal. C’est dommage pour les producteurs, bien sûr, mais aussi pour les consommateurs, qui se privent d’un tel plaisir. Et pourtant, le reste de la « bouffe » fait de plus en plus appel au sucre et aux édulcorations en tout genre.

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  4. A propos de ce vin, et des vintages de Graham’s en général.
    J’ai bu ce millésime. On le considère comme un « sleeper », c’est à dire un bon vintage qui a longtemps caché son jeu pour se révéler sur le tard. Les vins de Graham’s semblent en général plus ronds et un peu plus sucrés que ceux de Taylor’s et de Fonseca, par exemple.

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  5. Je n’ai pas eu l’occasion de faire la comparaison avec Taylor’s et de Fonseca lors de cette dégustation, David, mais en l’occurrence, j’ai trouvé le sucre très bien intégré (tout comme l’alcool, d’ailleurs). J’ai pu redéguster ce Graham à table, en fin de repas, et c’était encore plus somptueux. Peut-être parce ce qu’à ce moment là, j’ai totalement lâché prise, me laissant séduire sans arrière-pensée.
    Ce qui me fait songer à autre chose, en relation avec ce métier en général.
    Il nous faut avoir l’esprit critique, c’est certain; mais il faut aussi savoir l’abandonner pour se mettre dans les chaussures du consommateur qui lui, intellectualise sans doute moins et se laisse aller au plaisir. Mais cela demanderait réflexion. Il faudrait aussi pouvoir recueillir les avis des consommateurs, justement.
    Une idée pour un billet futur?

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  6. @ Hervé, Pierre Casamayor a été mon prof de dégustation, puis je l’ai remplacé au DNO de Toulouse et maintenant, en partie, pour le Guide Hubert. Il va bien, son jugement pour les vins est toujours aussi bienveillant et pertinent. Il fait encore de belles dégustations!

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  7. Nadine, toute dégustation est forcément personnelle in fine, et pour toutes les substances, car nous sommes touts différents et les influences du moment, de l’environnement etc, etc., sont multiples. Prétendre qu’une dégustation peut être « objective » est, selon moi, un non-sens. Cependant, en relativisant nos impressions pour un vin donné avec d’autres du même type, nous arrivons à limiter, plus ou moins, cette subjectivité et surtout à en cerner les contours.

    J’ai aussi eu le privilège d’avoir Pierre comme prof pour un cours à Bordeaux, puis de déguster parfois avec lui.

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  8. Cela me semble aussi plus logique que Fédération française de Football, Fake Friend Forever… ou Flat Foreign Females!

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  9. Casamayor « travaillait » pour le Blanc et le Rouge (entre autres) jadis. Il m’avait donné l’envie de lire des chroniques sur le vin. Il avait aussi des papiers dans la RVF mais mon contentieux antique (personnel) avec ce magazine m’empêchait de l’y suivre. J’ai rencontré l’homme à deux reprises … et il m’a séduit par son côté simple et pratique, sa gentillesse sans ronds de jambe, et ses connaissances.
    Même ainsi, je constate que, dans le vin comme en médecine, la France attache bcp d’importance au rôle de « maître », presque de guru, qu’ont certaines personnes. Cela m’est fort étranger. Je ne nie nullement que certains personnages, surtout quand ils sont aussi compétents que celui-ci, puissent avoir une influence (positive) sur nos connaissances et qu’on leur en soit reconnaissant. Mais, dans ce pays plus qu’ailleurs, on ne vous demande pas: « Que savez-vous faire? » ni: « Montrez-nous! ». On vous dit: « quel diplôme avez-vous? » et « qui a été votre formateur? »
    Attention, ceci n’est pas un jugement de valeur, c’est une constatation, je ne nie pas du tout le rôle de l’apprentissage, j’en suis un pur produit. Je suis surpris par la valorisation presque mythique qu’on en fait Je sais que le Picon n’est plus fort en vogue, mais vous aimez encore beaucoup le… Mandarin.
    En ce qui concerne le Porto, mes … maîtres ont été Dirk van der Niepoort (pourtant de 10 ans mon cadet), Joao Nicolau de Almeida, la famille Calem et son staff (y compris l’oncle dont le petit roquet emportait à chaque fois votre pantalon…

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    • C’est difficile de généraliser sur un pays entier; reste que la diplomite sévit aussi en Belgique (au moins en zone francophone, je peux en témoigner). Et moi, ce qui m’étonne, c’est l’importance que l’on y donne encore aux études universitaires, alors qu’en France, l’université n’est pas forcément très cotée, en tous cas pas toutes. Mais ce n’est qu’une impression.
      Au fait, en Belgique, il y a aussi la culture du Mandarine… Napoléon.

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  10. Zut alors, encore une publication intempestive et sans relecture : … à chaque fois votre pantalon), Arnold Gilbert (de chez Burmester), M. Olazabal (du temps de Ferreira), M. Barros et puis un peu Cristiano van Zeller, David Guimaraes et son père Bruce … Pas mal de monde qui m’a gentiment guidé dans cet univers fascinant du Porto. Je leur en suis reconnaissant. Mais à présent, c’est MON goût qui me sert d’étalon. Arrogance? Aveuglement?
    Une amie, excellente guitariste classique, que je complimentais sur son son, m’a répondu un jour avec dépit: « Ce n’est pas le mien, c’est celui de X ». Ledit « X » avait été son professeur pendant une demi-décennie, puis leur harmonie s’était effritée. Ce n’est pas sans rapport.

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  11. Dis moi, Lukske, quand l’harmonie s’effrite, tu demandes de la mayonnaise?

    Bon, d’accord, c’est indigne, mais tellement jouissif, hi hi!

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    • Devant un tel niveau d’ironie, Hervé, si j’étais aux abois, je craindrais l’hallali, ou plutôt l’haLALAU. C’est juste avant la curée, comme tu le sais. Pourtant, dans ma famille, c’est nous qui les bouffions, les curés, pas l’inverse!

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