Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

La planète Grenache s’est retrouvée en Sardaigne à l’occasion du Concours Grenaches du Monde 2017

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C’était déjà la cinquième édition de ce concours né à Perpignan,  dont le succès incontestable confirme  l’engouement  du monde viticole pour ce cépage. On pouvait lire dans l’Indépendant, le quotidien de Perpignan : «  Le grenache, plus qu’un cépage, une marque mondiale en plein essor », et oui, c’est un peu ça, qui l’eut cru?  Je me rappelle qu’il n’y a pas si longtemps , dans les années 70 quand même, combien le Roussillon le rejetait  et n’avait qu’une idée:planter des cépages améliorateurs ! Beaucoup de vieilles vignes ont été hélas, arrachées, heureusement, le grenache représente encore plus de 200 000 hectares de vignoble répartis dans le monde. En France, il reste l’un des cépages les plus cultivés avec près de 100 000 hectares dont 8366 en Roussillon. C’est en Espagne qu’il est le plus présent, mais il est également très introduit en Italie et plus particulièrement en Sardaigne(7500 ha) où il est appelé Cannonau. C’est d’ailleurs pourquoi cette année, le concours a été délocalisé à Alghero, dans ce coin de Sardaigne à l’accent catalan ! L’agence pour le développement en agriculture LAORE au nom de la Région Sardaigne l’a accueilli en partenariat avec le CIVR (Comité Interprofessionnel des vins du Roussillon).

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ALGHERO

Nous étions une centaine de jurés, acheteurs, cavistes, journalistes, œnologues, sommeliers, venus de 10 pays, nous avons dégusté quelques 700 échantillons (dont 350 pour l’Espagne), en provenance de 8 Terres de Grenache et, toutes les catégories de vins présentant au moins 60% de grenache pouvaient tenter leur chance (tranquilles, effervescents, doux naturels, fortifiés).

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Plusieurs raisons ont motivé ma participation à ce concours: la plus importante J’AIME le GRENACHE et son langage, je trouve qu’il parle TERROIR, il me parle de mon terroir, le Roussillon,   et, je suis persuadée qu’il a un très fort potentiel; autre raison avouable: l’occasion de découvrir les vignobles sardes et d’approfondir les appellations de Nuoro et Jerzu que je connais mal, et enfin, je savais que j’allais retrouver de nombreux amis ! Il ne faut pas penser pour autant que ce soit une pure partie de plaisir ou un séjour style club Med, rien de tout ça et, d’ailleurs, il vaut mieux y arriver en forme, car si le programme est réellement intéressant, il est aussi épuisant !

Au menu du jeudi, la visite du vignoble de Nuoro, nous étions basés à Alghero, à 340kms aller/retour en bus, donc départ 7h30 du matin, hélas sous une pluie battante ce qui a ralenti notre allure et gaché notre balade dans les vignes. Arrivés sur place, on n’y voyait pas à un mètre, les plus téméraires ont quand même tenté une échappée dans les vignes, les autres se sont entassés dans une typique cabane de bergers « Su pinnettu » ,  autour d’un verre de vin et d’une excellent saucisson.

Plusieurs vignerons de la zone nous attendaient au restaurant à Dorgali, tandis que l’après-midi était consacré à la visite du Musée Ethnographique de Nuoro, où nous avons eu droit à des chants Polyphoniques sardes de toute beauté,  et dans la foulée, à  une dégustation de vins Cannonau des producteurs du centre Sardaigne. Après un somptueux buffet de fromages et charcuteries sardes, et quelques verres de vins nous avons repris la route pour Alghero. Journée très riche, et découverte   de vins intéressants, mais pas vraiment de coups de coeur, il faut dire que la fatigue n’aide pas la dégustation; à noter qu’ils ont aussi des vins natures. Ci-dessous, quelques vins retenus.

Arrivée 22h, halte bière au bar de l’hôtel…Dodo.

Vendredi, c’était le jour du concours, démarrage 8h. Le déjeuner a été suivi de conférences techniques plus ou moins passionnantes. Une heure de battement, et, à 20h nous voilà repartis pour la soirée « Alghero accueille les Grenaches du Monde » avec là aussi, exposition et dégustation de vins Cannonau des producteurs du nord Sardaigne, et de toute la Péninsule et une sélection de vins des Grenaches du concours GdM 2016, avec dîner buffet très appétissant et goûteux.

Je dois dire que j’ai été impressionnée par la qualité de l’organisation, pour ceux qui aimons le grenache, il y avait de quoi gouter, et fait remarquable, les vins étaient à la bonne température, certes ça manquait de chaises, mais bon, ça n’a pas semblé gêner Marco…

Déjà samedi, il nous fallait rejoindre  Cagliari, encore un départ à 7h30, car nous étions attendu à  Barumini pour une Visite du site nuragique, « Su Nuraxi de Barumini », patrimoine de la Sardaigne,  cest le site le plus important, le plus complet et le mieux préservé de l’île pour les Nuraghes, de l’architecture préhistorique; avec,  en suivant, comme il se doit, une  dégustation de vins Cannonau, cette fois-ci, des producteurs du sud de la Sardaigne. Le déjeuner buffet était très réussi : des plats traditionnels de la cuisine sarde.

 

Agricola SOI et – Kelly McAuliffe : un célèbre sommelier américain basé à Avignon

Elisabeth de Meurville semble avoir trouvé son bonheur!

 

Deux heures de liberté nous ont permis de visiter Cagliari et de souffler avant la « Nuit des Grenaches » dans l’Ex Manifattura Tabacchi (ancienne usine à tabacs). De nombreux vignerons étaient présents, les catalans du sud, s’étaient déplacés en masse, ce qui peut se comprendre puisqu’en 2018, la 6e édition de ce concours se déroulera en Catalogne, dans la région viticole de Terra Alta. Au cours de cette soirée, on pouvait gouter si on était courageux tous les vins du concours en attendant l’annonce des vins médaillés. Ces médailles, véritables labels de qualité mondialement reconnus, doivent aider les consommateurs à distinguer les meilleurs vins issus de grenaches.

 

José  Peñin, véritable gouro espagnol, ne prend que très rarement le temps de se relaxer, il faisait partie des courageux!…

Je manque d’être toujours surprise par le nombre de médailles attribuées, mais c’est pareil dans tous les concours, 213 vins ont été médaillés: 104 ont obtenu une médaille d’or (dont 54 sont allées à l’Espagne), 87 une médaille d’argent et 22 une médaille de bronze. L’Espagne se classe au premier rang des pays récompensés avec 108 médailles devant la France et l’Italie (51 pour chacun) ; en même temps ça parait logique, c’est le pays qui a envoyé le plus grand nombre d’échantillons(322), l’Afrique du Sud, l’Australie et la Macédoine sont repartis avec une médaille chacun. J’ai regretté la faible participation du Rhône, quand au Roussillon, il s’est particulièrement distingué puisque sur les 86 échantillons présentés, 35 d’entre eux sont repartis médaillés, des vins doux essentiellement, dont 20 médailles d’or et 15 médailles d’argent.

Ci-dessous. quelques vins médaillés que j’ai aimés et dont j’avais les photos.

HORTOS 2011, CANTINA SOCIALE DORGALI, IGT ISCIA DEI NURAGHI

 

ROSATO 2016, CANTINA ARU DI ARU MARIO CANNONAU DI SARDEGNA

                     LE SABBIE 2013 MELONI VINI CANNONAU DI SARDEGNA

 

ABÉLARD 2010, DOMAINE DE LA VERRIÈRE VENTOUX ROUGE, 

                            LA CULOTTE DE VELOURS 2015, MAURY SEC ROUGE

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BANCAL DEL BOSC 2015, VINYES DOMENECH, MONTSANT BLANC

IL y manque  pas mal de vins frannçais et espagnols, la Terra Alta s’est particulièrement distinguée, notamment le Celler Edetaria avec 2 médailles d’or pour ses blancs SELECCIO 2014 et LA TERRENAL 2014, je vous ai déjà parlé de ce domaine. Davantage de détails sur le palmarès:  http://www.grenachesdumonde.com/media/palmares_gdm_alghero_2017.pdf 

Je suis revenue  la tête et les papilles pleines de cannonau et de grenache, plus que jamais convaincue qu’il s’agit d’un cépage de qualité qui a de réels débouchés. J’ai pris encore plus conscience de la diversité des vins qu’il offre, en fonction du pays dans lequel il pousse, il développe des caractéristiques sensiblement différentes,  diversité de vins mais aussi de territoires et de cultures : une vraie richesse ! Le cépage sarde Cannonau en est un magnifique exemple: le CANNONAU DI SARDEGNA, peut être obtenu sur l’ensemble de l’île, mais on distingue trois sous-appellations :

Jerzu, pour les vins provenant de Jerzu et Careddu dans la province de Nuoro

Capo Ferrato, pour les vins provenant de Castadias, Muravera, San Viti, Villaputzu et Villasimius (province de Cagliari)

Oliena, pour les vins provenant d’Oliena et Orgoloso dans la province de Nuoro.

Il m’est difficile en si peu de temps et autant de vins, d’en retirer une impression générale, mais je garde la mémoire de vins  au caractère fort et vigoureux, plutôt floraux , et riches en fruits, d’une certaine épaisseur, chauds et robustes avec des tanins évidents. Les rosés sont souples et les vins portant la mention riserva doivent avoir reposé dans les caves du producteur deux ans au moins.  J’ai beaucoup aimé les LIQUOROSO, qui m’ont rappelé les grands vins de Méditation. En même temps, ils accompagnent parfaitement les typiques plats de l’île comme le cochon de lait à la braise et «porchetta» ou encore le pecorino sarde à la saveur intense ,et, plus généralement, tous fromages  de brebis affinés, à pâte dure et piquante .

Les domaines les plus présents et semblent-il les plus reconnus sont:  Il Nuraghe, Cantina Soc. della Trexenta, Sella & Mosca, domaines Soletta, Argiolas, Cantina Josto Puddu, Cantina Soc. Dorgali, Contini, Gabbas, j’en oublie surement, et l’un des plus fameux producteurs est la coppérative de Jerzu :  Cantina Sociale di Jerzu.
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Il est indéniable qu’il existe un véritable engouement pour le Grenache sur le marché, il est de plus en plus recherché et aimé et par les vignerons et par les consommateurs. Les Espagnols l’ont, bien et vite compris ! Certainement grâce à ce concours, la prise de conscience de son importance est réelle. Il fédère un mouvement de passionnés du grenache qui parlent un même langage, celui du Terroir. Merci à Fabrice Rieu président du CIVR  et des Grenaches du Monde qui a permis à ce concours de naitre à Perpignan, et de s’exporter, il faut continuer à le promouvoir et à le soutenir car il est le porte parole du label « Grenache ».

 

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

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Ça  n’était pas la Galère non plus!

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

7 réflexions sur “La planète Grenache s’est retrouvée en Sardaigne à l’occasion du Concours Grenaches du Monde 2017

  1. En bref, vous avez dégusté BEAUCOUP de vins: c’était le but. Et vous avez roulé en autocar, mangé beaucoup de saucisson, et souvent. Vous avez dû vous lever tôt, ce qui est dur pour des gens archi-célèbres (tout est relatif), même lorsqu’ils ont l’habitude de danser en rond sur le pont d’Avignon. Et vous avez décerné beaucoup de médailles. Le grincheux que je suis n’est pas sûr que ce soit le plus intéressant de l’histoire.
    Par contre, l’essor du grenache, ça oui. Néanmoins: « plus de 200.000 ha dans le monde », avec près de 100.000 ha en France et encore plus en Espagne, euh… si on faisait le compte on arriverait à combien? Je suppose que c’est le Vaucluse qui en compte le plus mais je peux me tromper.
    Récemment, comme MLB, je rappelais à Hervé l’éminence du cochon alaiton sarde, et du pecorino. Et puis, les cornets et autres bugles de Paolo Fresu, un peu le Sydney Bechet sarde (Parisien d’adoption plus connu en île de France que chez lui) sont les célébrités sardes la plus éminente. Avec les bandits, évidemment. En France, on les appelle des énarques.

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    • Bien résumé…J’ai cherche en vain davantage de chiffres , mais ça ne correspondait pas, alors j’ai laissé tomber, pensant que si j’avançais des chiffres erronés, il y aurait quelqu’un pour me recadrer! Evidemment, personnellement une médaille n’a jamais motivé un achat, mais j’ai pu me rendre compte que certains acheteurs, notamment en GD, y attachent une grande importance. Mais l’important n’est-il pas que l’on parle du Grenache!
      MLB

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      • Sur les 100.000 ha de grenache de France, j’en exploite moi-même un peu plus de 5, les bonnes années. On m’a évidemment sollicité, au début, pour ces organisations. Parmi d’autres défauts, je suis un individualiste – comme la majorité des vignerons, mais beaucoup refusent de l’admettre, ni face aux autres, ni même à eux-même. « Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt … » Je n’ai pas répondu positivement. Mais MLB a raison: dès lors qu’on en parle!
        J’apporte ma petite pierre, qui ne sera pas angulaire pour autant, à l’édifice en vous livrant cette … anecdote. Je la tiens de M. Willy Bizet lui-même, ingénieur agronome, qui fut l’acheteur principal des Ets Delhaize (Allied Lions) pour tout ce qui concerne le vin dans les années ’70, ’80 et ’90. Voici, « in a nutshell », son récit. Nous (= les acheteurs européens) avons demandé aux producteurs du Languedoc-Roussillon de remplacer partiellement les vieux carignans et ces grenaches aux tannins rustiques par de la syrah, plus souple et fruitée, CAR IL N’EXISTAIT à l’époque PAS D’EGRAPPOIR (ou si peu). Le « propterea quod », c’est lui qui me l’a livré aussi. On ne pouvait pas entièrement leur donner tort. Mais à présent, on peut se défaire des raffles (quand et si c’est nécessaire).

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  2. 60 % grenache minimum pour être sélectionné…
    Je trouve que pour correspondre vraiment à l’idée de « Grenache du Monde » le pourcentage minimum de ce cépage dans une cuvée devrait être rehaussé à 80 %. Maintenant c’est bien connu : pour faire vivre un concours de vins, il faut un max d’échantillons et donc plus de concessions. Comment accéder à la pureté d’un grenache s’il est mélangé à 40 % (plus ou moins) de syrah ???
    Il me semble l’avoir déploré dans un article sur le même sujet (ainsi que l’excès du nombre de médailles attribuées) mais qui me fait comprendre que je dois adorer prêcher dans le désert. 😉

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  3. Oui, Michel, j’ai bien lu ton article et je partage tes opinions, mais comme tu le soulignes si bien, il faut faire vivre un concours et les vins 100% ou 80% grenaches ne sont pas légions….quant au nombre de médailles, les jurés y sont pour quelque chose aussi, si j’en juge par ceux qui étaient à ma table. J’ai participé à plusieurs concours et c’est toujours la même chose, les oenologues et les jurés appartenant à un domaine ont un système de notation plus large que celui des sommeliers ou journalistes. A partir du moment où un vin est bien fait et sans défaut, il mérite une médaille, pourquoi pas, mais ça me parait le minimum qu’on puisse demander à un vin.
    MLB

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  4. Un bel article bien complet Marilou. Quant au concours, certes, les médailles fusent, mais c’est l’apanage des concours, avec ses travers et ses aspects positifs, rien n’est parfait en ce bas monde.
    Marco

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  5. D’accord sur la plupart de vos remarques sur les concours. Dans une semaine prochaine je participerai à celui dédié au Sauvignon Blanc (cépage cher à Marco) qui se tient cette année à Bordeaux après une escape en Espagne en 2016 (à quand la NZ ?).

    La question de Michel sur les pourcentage d’un cépage qui porte le nom et constitue le thème d’un concours mérite réponse. Il faut juste faire des catégories à part pour les vins d’assemblage, et dans lesquelles la variété en question domine nécessairement, comme pour les vins ayant suivi un élevage sous bois. Les choses sont plus claires ainsi. Je pense que tout bon concours opère de la sorte.

    Maintenant, sur le grenache, je suis un ignorant un peu sceptique, mais je ne demande qu’à être convaincu. Je reproche en particulier à ce cultivar un potentiel alcoolique trop élevé et qui est souvent réalisé. Mais cela ne m’obsède pas et je ne demande jamais le taux d’alcool d’un vin que je déguste, me fiant uniquement à ma perception. J’ai dégusté des Cannonau magnifiques en Sardègne et des Garnacha idem en Espagne, issu souvent de vignoble ayant un peu d’altitude. Je suis plus souvent déçu en vallée de Rhône ou la chaleur semble prendre le dessus. Mais je ne demande qu’apprendre.

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