Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Luberon rouge: du bon et du moins bon

16 Commentaires

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On dit parfois qu’à la différence des trains, les vins dont on doit parler sont ceux qui arrivent à l’heure: autrement dit, ceux qui nous donnent entière satisfaction. Et en général, j’ai tendance à adopter ce principe en passant sous une voile pudique les vins qui ne me plaisent pas pour différentes raisons. J’ai tourné ma récente dégustation de vins rouges de l’appellation Luberon (ex Côtes de Luberon) plusieurs fois dans mon esprit avant de me résoudre à en faire le sujet d’un article car j’étais un peu déçu par cette série: pas de véritable coup de cœur parmi les 13 vins que j’ai dégusté, mais quand-même une demi-douzaine de bons vins. Est-ce suffisant ? Certains diront oui, mais je suis peut-être trop exigeant. Après tout, quand j’ai commencé à travailler dans le vin, il y a plus de 30 ans, seulement 10% des vins d’une appellation me semblaient être acceptables ou mieux que cela. Aujourd’hui on est plus près de 50 ou de 60%. C’est un sacré progrès et il faut en être conscient et aussi reconnaissant aux producteurs pour leur efforts. Et, si je peux me permettre un bref item pro-domo, on peut également remercier l’ensemble des prescripteurs, journalistes ou pas, pour leurs niveaux d’exigence qui ont aussi poussé les producteurs à relever leur niveau de jeu.

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Avant de voir le cas de cette dégustation en détail et de tenter de donner les raisons de ma (petite) déception, voici quelques faits sur cette appellation situé à l’extrémité sud des appelations du Rhône et la beauté physique, très provençale, de ces paysages fait partie, très certainement, de sa capacité à séduire.

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Le vignoble du Luberon AOC couvre quelques 3,300 hectares et s’inscrit entièrement à l’intérieur du Parc naturel régional éponyme, touchant 36 communes. Il produit actuellement, selon les chiffres d’Inter Rhône, 53% de vin rosé, 27% de rouge et 21% de blanc. Si la montée de la part de vin rosé suit la triste tendance nationale, la part des blancs dans un vignoble sudiste me semble intéressante et souligne peut-être une aptitude climatique de cette zone. Effectivement, une rapide étude des températures moyennes, maximales et minimales pendant la phase végétative de la vigne indique que le température moyenne entre avril et septembre est de 17,6°C, tandis que l’amplitude thermique moyenne pour les 3 mois de juin, juillet et août est proche de 14 degrés. Les altitudes varient entre 200 et 500 mètres. Je ne sais pas si ces facteurs climatologiques sont inhabituels dans la zone sud, mais cela semble fournir un terrain favorable aux vins blancs dont une bonne partie est commercialisée sous l’étiquette La Vieille Ferme de la famille Perrin. Mais je n’arrive pas à m’expliquer, en tout cas par des facteurs liés au climat, le fait que beaucoup des vins rouges que j’ai dégusté manquaient de fraîcheur et avaient parfois des tanins amers.

Les cépages autorisés en rouge sont :  syrahgrenache noir, mourvèdrecarignan et cinsault, mais on autorise aussi, en cépages secondaires, picpoul noircounoise noiregamay et pinot noir

Ma dégustation en générale

Il s’agissait d’un envoi fait par l’appellation et qui s’est constitué uniquement de vins rouges. Les vins étaient de différents millésimes, entre 2011 et 2015.

Difficile dans ce cas de comparer réellement les productions de chaque domaine, mais l’idée était d’avoir une idée globale de ce qu’on peut trouver dans le commerce sous le nom Luberon.

Beaucoup de ces vins semblait rechercher un peu trop d’extraction et, du coup, ont produit des tanins un peu sévères et, parfois, des amertumes excessifs. Des acidités m’ont semblé aussi un peu déficientes dans certains vins. Bon nombre sont en agriculture biologique, mais sans que cela ait un lien évident avec la qualité des vins. Il y avait aussi une tendance vers la bouteille très lourde dans les cuvées les plus chères. Je pense que cela devrait passer de mode.

Sur le plan positif, la qualité du fruit et de la maturité est excellente dans l’ensemble des vins. On serait étonné à moins dans un climat sudiste, mais quand-même.

Le Lubéron est une région à la mode sur le plan touristique, et cela se reflète aussi dans les prix de ces vins, qui, sans être déraisonnables (sauf pour un vin), n’est pas non plus très bas, avec un prix moyen autour de 12 euros.

Les meilleurs de la série

Château La Verrerie, Grand Deffand 2013

Syrah 95%, 5% Grenache

(prix 35 euros)

Ce vin, issu d’une parcelle spécifique, a la robe dense et le nez mur et puissant qui évoque des fruits noirs, la terre et les feuilles mortes. En bouche il est structuré autour de tanins fermes qui assèchent un peu la finale. C’est un bon jus assez intense, dans un style qui frise un peu trop la violence à mon goût. Aura besoin de quelques années en cave. Vin ambitieux, certes, mais prix élevé pour cette qualité.

 

Les Terres de Mas Lauris 2015

Grenache 60%, Syrah 40%

(prix 9 euros)

Joli fruité de type fruit noir. Des tanins bien présents et une amertume agréable donnent un vin de caractère, un peu raide pour l’instant. A attendre deux ou trois ans. Prix très raisonnable : on constate, entre ce vin et le précédent, que l’écart de prix entre deux vins de cette appellation peut être conséquent sans que le plaisir gustatif ne suit le même écart !

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Domaine des Peyre, Le Méridional 2014

Grenache Noir 50%, Syrah 35%, Carignan 15%

(prix 12,50 euros)

La robe rubis est plus claire que la plupart des vins de cette série. J’ai aimé le côté accessible et souple de ce vin qui a soigneusement évité tout excès en matière d’extraction. Un fruité fin, assez discret mais avec une bonne persistance. Il a de l’intensité en bouche avec des saveurs précises et des tanins fermes mais bien intégrés. Bonne longueur.

 

La Cavale 2014, Vignobles Paul Dubrule

Grenache, Syrah, Carignan

(prix 20 euros)

Robe d’un rubis de moyenne intensité. Nez fin, équilibré entre fruité discret et notes boisés qui tendent vers le sous-bois. Ce raffinement d’ensemble se confirme en bouche par un toucher fin, une relative allégresse, des tanins discrets et un fruité suffisant. Joli vin.

 

Château Val Joanis, Les Griottes 2015

90% syrah, 10% Grenache

(Prix 13/14 euros)

Issu d’un vignoble situés à près de 500 mètres d’altitude, ce vin a une robe rubis sombre aux bords pourpres. Nez intense qui mêle fruits aux épices. Ce fruité semble acidulé et vif en bouche, dans une structure souple, fine et peu tannique. La fiche technique annonce un élevage en barriques dont 30% sont neuves, mais ce bois est totalement intégré et je ne l’ai pas remarqué (toujours déguster avant le lire une fiche technique !). Très agréable par sa fraîcheur et la qualité de son fruité.

 

Marennon, Versant Nord

Syrah 80% Grenache 20%

Prix : 8,50 euros

J’ai perdu mes notes sur ce vin mais je me souviens de l’avoir trouvé bien équilibré entre fruité et structure. Il représente aussi un excellent rapport qualité/prix.

 

Les moins bien ou mal aimés

 

Fontenille 2014

Grenache 70% Syrah 30%

(prix inconnu)

Robe intense, pourpre. Nez intense et complexe, aux fruits noirs mais avec un accent animal qui me fait craindre une contamination de type brettanomyces. Belle qualité de fruits et structure en adéquation. La finale est ferme mais assez équilibré. A l’aération le côté animal semble se renforcer, et ma crainte aussi.

 

Château Clapier, cuvée Soprano 2014

Syrah 55% Grenache 25% Pinot Noir 20%

(Prix 13 euros)

Nez réduit, puis des arômes peu nets, à l’expression fruité brouillonne. Amertume et raideur en finale.

 

Château La Dorgonne 2011

Syrah 95% Grenache 5%

(Prix 13 euros)

Semble fatigué, oxydé et manquant de fruit mais conservant encore un boisé excessif.

Le bio n’est pas une panacée !

 

Château Les Eydins, cuvées des Consuls 2011

Grenache 70% Carignan 20% Syrah 10%

(Prix 14 euros)

Etiquette horrible, arômes médicinaux et tannins secs. Mais c’est bio alors certains vont adorer !

 

Bastide du Claux, Le Claux 2014

Syrah 65% Grenache 25% Mourvèdre 10%

(Prix 14 euros)

Dur et asséchant, à la finale amère. Bouteille d’une lourdeur inutile.

 

Domaine Théric, Les Luberonnes, Le Puy des Arts 2011

Grenache 60% Syrah 40%

(Prix 12 euros)

Robe évoluée, aux bords pâles. Une amertume sensible en bouche qui masque le fruit. Vin solide mais trop rustique et à la finale dure.

 

Domaine Le Novi, Amo Roujo

Grenache 85%, Syrah/Cinsault/Marselan 15%

(Prix introuvable)

Bouteille lourde et présentation soignée mais j’ai trouvé ce vin trop extrait et alcooleux. Il peut plaire à certains palais par sa puissance. Et c’est du bio.

 

David

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

16 réflexions sur “Luberon rouge: du bon et du moins bon

  1. David, au niveau des cépages rouges, le Pinot noir ne fait partie des cépages autorisés, il y a juste une tolérance pour le Domaine Clapier. Le grand père de Thomas Montagne en avait planté, tant qu’il ne l’arrache, il peut l’employer. Mais ailleurs, il n’y en a pas. Quant au Gamay, jamais vu, ni entendu et ça m’étonnerait beaucoup.
    Marco

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  2. Moi aussi cela m’a surpris. J’ai trouvé cette information non pas sur le site officiel de l’appellation, plutôt sommaire, mais dans l’article, par ailleurs bien plus détaillé, de Wikipedia. Il y a peut-être d’autres cas similaires à celui du Domaine Clapier. Je ne comptais pas présenter des « faits alternatifs » !

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    • Le texte réglementaire : les parcelles de vigne plantées avant le 26 février 1988, avec les cépages counoise N, gamay N, pinot noir N, piquepoul noir N, continuent à bénéficier, pour leur récolte, du droit à l’appellation d’origine contrôlée jusqu’à leur arrachage et au plus tard jusqu’à la récolte 2038 incluse. Pour les vins rouges, la proportion des cépages counoise N, gamay N, pinot noir N, piquepoul noir N,ensemble ou séparément, est inférieure ou égale à 10 % de l’encépagement.
      Le gamay représente moins de 1 ha de vigne revendiquée sur l’ensemble de l’AOC
      Transmis par le syndicat du Luberon (Nathalie Archimbault)
      Marco

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  3. Je signale que Clapier, sur sa propre fiche, indique 20% de Pinot Noir, et donc se situe en dehors des la règle officielle annoncée par le syndicat. personnellement je trouve cela bien qu’on laisse davantage de liberté aux producteurs, mais alors cela veut dire qu’il y a un double langage au niveau du syndicat : pas plus de 10%, mais ok pour 20% de temps en temps ?

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    • Bonjour, la réglementation stipule 10% de l’encépagement max, l’encépagement s’entend par l’ensemble des parcelles revendiquées sur une couleur, donc ça ne présage en rien du % de cépage dans un assemblage particulier. Donc il peut très bien avoir au maximum 10% de l’encépagement en pinot et 20% dans la bouteille ! La liberté d’assembler est tout de même sous contrôle vu qu’il faut 50% de cépages majoritaires…

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  4. Le Gamay est cité dans Wikipedia, ce qui n’est pas une garantie de bonne information. Le mieux consiste à interroger l’ODG Luberon. Que viendrait faire le Gamay dans cette région ? Même problème que celui de Thomas Montagne avec le Pinot noir ?
    On constate, à la lecture du billet de David et des contre-étiquettes de nombreux vins, que la Syrah a pris le pas sur le Grenache, phénomène que les pépiniéristes confirment à l’échelle de tout le Rhône sud. Le glissement vers des vins de Syrah majoritaire est en train de dénaturer progressivement nos vins classiques de Grenache…
    Cela ne concerne que moi et l’opinion que je m’en fais (prudence) mais j’estime cela regrettable, d’autant que la Syrah n’est pas plantée à chaque fois dans les situations qui lui seraient les plus favorables…Erreur pourtant facile à éviter. Alors que la Counoise donne en général d’excellents résultats, ainsi que le Mourvèdre, à condition de bien examiner les paramètres terroir (sol, sous-sol, eau, microclimat).

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  5. Désolé, les réponses de Marco et commentaires de David sont arrivées pendant que j’écrivais ce qui se trouve ci-dessus, au sujet du Gamay et du Pinot. Dommage que la Counoise fasse partie du lot qui disparaîtra avec l’arrachage des vignes qui en contiennent, car c’est un cépage très qualitatif. Quant à la liberté des vignerons de planter ce qu’ils veulent, je laisse tomber, ayant pris il y a quelques temps de la part d’un Bordelais une volée de bois vert… Beaucoup à dire, mais autre chose à faire.

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    • J’aime beaucoup la référence faite ici aux vins blancs, et je crois aussi que l’on pourrait beaucoup mieux faire que le producteur mentionné. Mais cette question devrait être posée aux vignerons locaux sur un tel potentiel.

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  6. Tout ce que vous écrivez, tant que vous êtes, est en fait un plaidoyer contre la rigueur des appellations. Je fréquente beaucoup le Lubéron (et y ai ma petite clientèle) et partage la vision de David: les vins y sont devenus très bons, en moyenne, mais aucun n’est transcendant (est-ce nécessaire?) et ils profitent du « bien-être » financier de la région pour pratiquer un niveau de prix qui permet aux producteurs de vivre et d’investir, surtout que les rendements sont confortables.
    Après, plutôt que d’édicter des règles très limitatives, si tant est qu’il faut des décrets d’appellation allant aussi loin dans le détail, ne serait-il pas mieux de les rendre un peu plus souples … mais de les faire respecter?

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  7. Je connaissais les arômes de poulailler et les arômes d’écurie. Je ne savais pas qu’il y avait aussi des arômes de clapier.

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  8. Hervé à son abonnement à la ferme. Mais cela ne change pas le fond des choses.

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  9. 35 euros pour un luberon faut pas abuser ! meme pour un vin de france du languedoc par exemple à plus de 30 euros comme déjà vu c’est trop !! Et certains vins millésime 2014 ont de l’amertume.. c’était une année difficile..

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  10. Bonjour M. Cobbold et merci pour votre focus sur l’appellation Luberon sur le site des 5 du vin.

    Nous n’avons malheureusement pas tous eu la chance de plaire à votre dégustation, mais il est important pour notre région de pouvoir faire l’objet d’une dégustation de ce style.
    Je me permets cependant de vous interroger sur le commentaire de mon vin, à savoir Le Claux 2014 qui visiblement vous a posé de gros problèmes, mais ce qui m’intrigue, c’est le qualificatif de bouteille d’une lourdeur inutile. En effet, j’utilise des bouteilles bourguignonne tradition bague carrée tout ce qu’il y a de plus normales et je m’étonne que vous ayez donc soulevé ce point, comme vous l’avez fait pour quelques autres domaines et dans votre présentation initiale de cette dégustation. J’espère qu’il ne s’agit pas là d’une confusion. En effet, on peut qualifier mes 2014 de beaucoup de maux mais certainement pas de lourdeur excessive, donc j’en déduis qu’il s’agit peut être du contenant et de ce fait, je suis dubitatif.
    Je suis bien sûr prêt à vous renvoyer un échantillon si nécessaire au cas où il y aurait eu un souci de classement, mais bien sûr vous êtes seul juge de cette utilité.
    Excellente journée et encore merci pour votre éclairage.

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