Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Un bon Saint Amour, c’est rare !

5 Commentaires

J’ai cette impression, très certainement fausse, que les Beaujolais du charmant cru Saint amour se vendent tous à la Saint Valentin et que par conséquent les vignerons se fichent un peu de la qualité de leur vin. Bref, quand je tombe, sans me faire trop de mal, sur un Saint Amour à la hauteur du cru, qui l’aurait cru, j’en suis tout étonné et me donne envie d’en parler.

Voici donc,

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Saint Amour 2015 du Domaine de la Pirolette

La robe sombre comme une améthyste violacée à l’éclat velouté. Au nez, les fragrances florales se remarquent d’emblée quand la pivoine et la violette viennent sublimer le fruit, moment délicat qui mérite une attention particulière, presque un recueillement. Là à cet instant, l’air de rien, le vin explose en bouquet au crescendo inattendu. Épices et réglisse ombrent délicatement baies et pétales. La bouche en reprend le cheminement avec ses arômes de cassis, de framboise et de prunelles, soulignés d’un rien d’anis et de poivre qui les met encore plus en valeur. Les tanins encadrent le décor parfumé avec tact et simplicité. La fraîcheur ambiante nous laisse les papilles impatientes d’y revenir encore et encore. À chaque gorgée, les notes aromatiques se décalent pour se mêler autrement et nous révéler d’autres nuances.

Tout ceci bien inscrit dans une structure rigoureuse, du moins au départ, puis elle se laisse fléchir pour ouvrir son cœur gourmand et généreux.

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Les Gamay poussent dans un sol très hétérogène fait de sables granitiques mélangés d’éclats gréseux, d’argile et de pierres bleues d’origine volcanique, en légers coteaux exposés au sud-sud-est.

Vinifié en grappes entières avec la technique du chapeau maintenu immergé grâce à une grille de bois, agrémenté de remontage et de délestages. Macération d’une vingtaine de jours. Élevage en cuve béton pendant 1 an. Le domaine élabore d’autres cuvées, Vers l’Église, Les Poulettes et La Pirolette, le vin dégusté est donc une entrée de gamme. Gageons que ces trois vinifications parcellaires sont à la hauteur de leur hiérarchisation.

Ce genre de rouge truculent se marie fort bien avec un chou farci au lard les jours maigres et au homard les jours gras. Mais aussi avec un Comté comme celui qui s’affine lentement au creux du Fort des Rousses dans le Haut Jura. Un Comté au grain très fin et bien serré qui génère une impression de densité. Sa saveur salée se fond dans le volume torréfié qui nous évoque la croûte de pain brûlée, les grains de café, la chicorée, un ensemble très poivré que rafraîchit l’acidité de la rhubarbe et de l’écorce de pamplemousse à la légère amertume.

Accord avec le Comté Juraflore de 21 mois

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Le dialogue se noue rapidement. Fruits épicés du vin se confisent au contact torréfié du fromage. Marmelades fraîches qui évoquent les mélanges de prunelle, de mûre, de griotte et de fraise. Les épices réciproques se parlent de poivre noir nuancé de cannelle et de cumin. Un bouquet de fleurs séchées parfume les compères de pois de senteur et de giroflée. Le vin, certes facile d’accès, plaît d’entrée. Il développe toutefois son petit caractère, trait jovial qui ne déplait guère au Comté.

Même les rares individus qui n’aiment pas le fromage (ça existe), apprécie le Comté. Je leur recommande cet accord qui pour moi qui défend les accords des fromages avec des vins blancs, aime de temps à autres, y déroger et proposer l’association pointue d’un vin rouge et d’une pâte délicate.

Le Domaine de la Pirolette

Créé en 1990, le domaine a été repris en 2013 par Virginie et Gregory Barbet (avec quelques copropriétaires). Pirolette est à la fois le nom d’un des lieux-dits et celui d’une fleur blanche la pirole, c’est bucolique. La bâtisse se perche à hauteur de l’église du village de Saint Amour, mais sur la colline en face. Les 15 ha en culture s’enroulent autour de l’éminence.

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Le domaine fait partie de l’association Terroirs et Talents www.terroirs-et-talents.fr un groupement de domaines du Beaujolais et Mâconnais fondé en 2007.

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Ciao

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Marco

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

5 réflexions sur “Un bon Saint Amour, c’est rare !

  1. C’est quoi cette introduction ravageuse sur le Saint-Amour? Est-ce réellement un mauvais Cru?
    Est-ce que les vignerons qui ont un bon argument de marketing en profitent pour mal travailler?
    De l’humour belge?
    Vite une explication.

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    • Ma chère Nadine, la plupart du temps quand parmi les Crus du Beaujolais apparaissent quelques St Amour, ils ne sont guère à la hauteur des autres, voire à la hauteur de rien du tout, bref, souvent médiocres. Alors que point de vue terroir, le cru n’a rien à envier à ses voisins. J’explique cela par la vente relativement aisée lors de ce moment particulier de mi-février, un peu comme les rosés à la veille de l’été. Mais c’est bien entendu une impression, j’attends les réactions…
      Vous voilà éclairée très chère amie.
      Marco

      J'aime

      • Il persiste et signe le bougre!
        J’avoue être sensible au nom, faiblesse féminine sans doute, de la sensiblerie peut-être. Mais dans les faits, je n’achète pas pour l’étiquette.
        En son temps, ma cuvée Agapê, se vendait avec un petit message en collerette : DITES_LE AVEC UN VIN et en face, « Agapê : nom d’origine grecque, signifie amour au sens de partage et de générosité. Il a donné l’expression faire des agapes : un festin d’amour ». Je n’ai pas de chiffre pour évaluer l’impact de ce marketing, mais ce n’était pas vraiment significatif. Juste mignon, comme les petits coeurs et love rose ou rouge.

        Aimé par 1 personne

  2. Oui, c’est très girly, c’est tendance
    Marco

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  3. Hélas, je confirme. Pour avoir dégusté pas mal de vins lors de deux éditions de Bien Boire en Beaujolais, à trois ans d’intervalle, et malgré un a priori plutôt favorable (pourquoi s’en défendre, l’amour, c’est sympathique), les Saint-Amour ne m’ont jamais semblé au niveau des meilleurs crus (je citerai, personnellement, Brouilly, Chénas, Juliénas, Morgon et Moulin-à-Vent bien avant Saint-Amour). Je ne me rappelle pas en avoir sélectionné un seul dans les deux dossiers que nous avons réalisés suite à notre passage, pour In Vino Veritas.
    A quelques exceptions près, je les trouve fluets, et je soupçonne des rendements trop élevés et un manque de maturité, dans pas mal de cas. Bien sûr, il est toujours abusif de généraliser, comme partout, il y a des bons et des moins bons. Mais c’est mon expérience, qui rejoint celle de Marc.
    Allez, Saint Amour, faites-nous mentir!

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